Julien Pasquier vient de faire valider deux énormes FKT en quinze jours : le GR30 en Auvergne et la Grande Traversée du Jura bouclée en moins de 100 heures.
lI y a des coureurs qui construisent leur saison autour des grands dossards, des live streams et des arrivées sous arche. Et puis il y a ceux qui choisissent un autre terrain de jeu : les longues traces, l’autonomie, les sentiers où personne ne regarde vraiment ce qu’il se passe… jusqu’au moment où le chrono devient impossible à ignorer.
En l’espace de quinze jours, Julien Pasquier vient justement de signer deux performances qui commencent à faire beaucoup parler dans le petit monde du trail longue distance. Après un énorme FKT sur le GR30 autour des volcans d’Auvergne, il a ensuite enchaîné avec la Grande Traversée du Jura bouclée en moins de cent heures, toujours dans une logique d’autonomie et de gestion extrême de l’effort.
Deux terrains très différents, deux aventures immenses, mais une même philosophie : avancer longtemps, vite, sans assistance lourde et sans mise en scène.
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Record du GR30 validé
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Julien Pasquier a parcouru le Tour des Lacs d’Auvergne en 30 heures et 34 minutes, avec une approche annoncée en autonomie complète.
La tentative a été validée par la plateforme officielle Fastest Known Time.
Le chrono réalisé sur le GR30 devient désormais une nouvelle référence sur cet itinéraire emblématique d’Auvergne. À ce jour, aucune marque unsupported n’était officiellement homologuée sur la base FKT pour cette trace. Si cette catégorie est bien retenue par la plateforme, Julien Pasquier établit donc la première référence officielle du genre sur le parcours.
L’impact est considérable. Son temps creuse un écart massif avec la meilleure marque précédemment enregistrée.
Autrement dit, quelle que soit la catégorie exacte retenue par FKT, cette tentative change déjà la manière dont le GR30 est perçu dans l’univers du trail longue distance.
Un chrono qui fait basculer le GR30 dans une autre dimension
Pour comprendre l’ampleur de la performance, il suffit de regarder les références existantes.
Le meilleur temps supported sur le GR30 appartient à Fabrice Davan et Arnaud Léger, auteurs d’un chrono de un jour, onze heures, quarante-et-une minutes et quatorze secondes, signé en deux mille vingt-deux.
En self-supported, la meilleure référence connue était jusque-là celle de Jean Torrens avec un jour, dix-huit heures, cinquante-quatre minutes et six secondes, réalisée en deux mille vingt-cinq.
Le GR30 n’est pourtant pas une trace où les records tombent facilement. Ce grand tour autour des reliefs volcaniques d’Auvergne est habituellement parcouru en plusieurs jours de randonnée. Le terrain alterne sentiers rapides, portions plus cassantes, chemins volcaniques, pâturages ouverts et longues sections isolées où il faut rester lucide malgré la fatigue.
Ramener près de deux cents kilomètres à un peu plus de trente heures impose une approche radicalement différente du parcours. Cela signifie maintenir un rythme extrêmement élevé malgré les arrêts, la gestion de l’alimentation, le sommeil quasi inexistant et l’usure progressive du corps.
Sur ce type d’effort, la vitesse pure ne suffit plus. Il faut surtout éviter les ruptures : ne pas exploser, ne pas perdre le fil, continuer à avancer même lorsque la fatigue commence à brouiller les décisions et la mécanique de course.
FKT validé de la Grande Traversée du Jura
Le Jura n’a rien pu faire : Julien Pasquier boucle la GTJ en autonomie complète en moins de 100 heures
Il y a les traileurs qu’on croise partout, sur les réseaux comme sur les grosses courses bien exposées. Et puis, alors qu’ils pratiquent le même sport avec le même niveau d’exigence, il y a ceux qui préfèrent l’ombre, les records en solo et une discrétion qui les pousse à renouer avec eux-mêmes et la nature.
Julien Pasquier appartient clairement à cette seconde catégorie : tout début mai, il a bouclé la Grande Traversée du Jura, plus de 400 km avalés en moins de 100 heures, ce qui constitue un FKT en autonomie complète sur cet itinéraire, reconnu par FKT.com.
Présentation du monstre jurassien : Grande Traversée du Jura
La GTJ, pour Grande Traversée du Jura, emprunte notamment des portions des GR 5 et GR 9 pour un total de 400 km et plus de 15 000 m de D+. Si vous avez une carte sous la main, vous partez de Mandeure, vous arrivez à Culoz dans l’Ain, et vous comprendrez tout de suite à quel point la balade n’a rien de la sortie longue de la semaine. Habituellement, le parcours est une itinérance que l’on découvre en une vingtaine d’étapes de 15 à 25 km chacune. Là, on parle de moins de 100 heures en un bloc, et presque sans dormir.
Ces 100 heures étaient l’objectif visé par Julien Pasquier, un objectif qu’il a effectivement atteint en parvenant à boucler le trajet en 98 heures et 15 minutes.
Une traversée qui n’a rien à envier aux références du trail
Il y a toujours ces courses dont on parle parce qu’elles ont su se faire un nom pour leur difficulté, l’attrait du public ou parce que l’on suit des sentiers de randonnée grandioses. Et puis il y a des traces qui recueillent moins l’adhésion du public, sans pour autant être moins méritantes. C’est le cas de cette GTJ.
Côté performances, on peut dire que Julien Pasquier a donné de sa personne. Sans reprendre tout le contenu du récit qu’il a publié sur son site à propos de cette aventure, on notera que, selon ses informations, il a réalisé le parcours sans assistance. Il est donc parti avec ses 2,4 kg de boisson isotonique à diluer au fil des sources d’eau trouvées sur le chemin, et un sac à dos de 6,5 kg au total, incluant le nécessaire pour dormir, ainsi que de quoi recharger chaque jour la frontale pour la nuit suivante.
Dormir fut d’ailleurs une option sur cette trace, le sommeil ne venant que difficilement malgré la difficulté du parcours. Courir 100 km par jour, et se retrouver à dormir à même le sol ou sur des rondins de bois pour respecter l’idée du FKT en totale autonomie, ça n’aide pas vraiment à trouver le sommeil.
Julien Pasquier est comme nous, mais en plus fort
Ce que l’on pourrait faire ressortir de cette traversée de 400 km, c’est que Julien Pasquier ressemble un peu au traileur amateur que nous sommes tous plus ou moins. Son équipement reste très simple, loin des standards ultra-médiatisés du trail professionnel. Son esprit a eu le temps de vagabonder, jusqu’à parfois lui jouer des tours, entre la longueur et la difficulté de l’effort. L’accumulation de fatigue et le manque de sommeil ont visiblement pesé sur sa lucidité au fil des heures.
Et puis surtout, les 100 derniers kilomètres ont tourné au calvaire : longues descentes, quadriceps fortement endoloris, et un genou droit qui n’était plus du tout d’accord avec l’idée même de finir ce FKT.
C’est là que sont passionnants ces FKT. Ils ne sont pas forcément l’apanage des champions les plus médiatiques, mais aussi de sportifs plus discrets, capables eux aussi de performances remarquables et de nous faire rêver. Il venait d’ailleurs de réaliser une performance comparable en Auvergne avec un chrono de 30 h 34 sur le GR 30 Lacs et volcans d’Auvergne.
Entre les grosses affiches et les traces oubliées
Les grands chelems du trail, comme l’UTMB ou la Diagonale des Fous, sont des courses qui font rêver parce qu’elles concentrent la lumière, la densité des athlètes, le récit et la foule.
Les FKT, ce n’est pas le même théâtre. Loin des traces médiatiques, le FKT se joue dans la gestion, l’improvisation, l’autonomie, le long cours et la capacité à avancer quand le corps dit stop. Il n’y a pas qu’une façon d’être grand.
Cette GTJ n’a fait aucun cadeau, et c’est ce qui rend cette aventure discrète encore plus intéressante.
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