Plongée dans la mécanique de l’acquisition des followers.
Clemquicourt est un créateur très récent dans le paysage du trail.
Derrière ce pseudonyme, on retrouve Clément Deffrenne, qui découvre le trail à la fin de ses études, lors d’un séjour à l’Île Maurice. Il lance son compte Instagram en juillet 2023 pour partager ses premières courses, avec un ton immédiatement identifiable mêlant performance, humour et références à la pop culture.
En moins de deux ans, sa progression est spectaculaire. À l’été 2025, lors de l’UTMB, il revendique déjà plus de 300 000 abonnés cumulés sur ses réseaux, avec des contenus capables de générer plusieurs centaines de milliers de vues. Cette croissance rapide s’accompagne logiquement d’un phénomène souvent observé chez les créateurs très exposés : une fluctuation permanente de l’audience.
Dans cet écosystème, perdre des abonnés n’est pas nécessairement un signal négatif. De nombreux analyses du fonctionnement des réseaux sociaux montrent que ces variations sont structurelles, dès lors que la visibilité augmente et que les publications se multiplient. Tant que la balance reste positive, avec davantage de nouveaux abonnés que de départs, cette dynamique est considérée comme normale.
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Au détour d’un live Twitch, entre deux discussions sur le Chianti et l’EcoTrail, Clemquicourt lâche une phrase qui résume à elle seule la réalité des créateurs aujourd’hui
« Le mois dernier, j’ai perdu 5000 abonnés. »
La phrase pourrait passer pour une simple anecdote, glissée au milieu d’un échange sans véritable intention d’en faire un sujet. Pourtant, elle dit beaucoup plus qu’elle n’en a l’air, d’autant qu’elle est immédiatement accompagnée d’une précision essentielle.
« J’en gagne plus, il y a une balance. Heureusement. »
En quelques mots, Clemquicourt met en lumière une réalité souvent invisible : la croissance existe, mais elle ne se fait jamais sans pertes, et c’est précisément dans cette tension permanente entre acquisition et désabonnement que se construit aujourd’hui une audience.
Une réalité rarement assumée
Sur les réseaux sociaux, la narration dominante reste largement orientée vers la réussite. Les chiffres mis en avant sont ceux de la progression, de l’engagement ou de la visibilité, tandis que les pertes, pourtant inévitables, sont le plus souvent passées sous silence.
En évoquant ouvertement cette dynamique, Clemquicourt sort de ce cadre habituel et rappelle une évidence que peu formulent clairement : chaque prise de parole attire de nouveaux abonnés, mais elle en fait également partir, car publier ne consiste pas uniquement à fédérer, mais aussi à exposer une ligne, un ton et une personnalité qui ne peuvent pas convenir à tout le monde.
« À chaque message, on perd des gens »
Ce qui rend cette séquence particulièrement intéressante, ce n’est pas seulement le volume des abonnés perdus, mais la manière dont il décrit le phénomène.
« À chaque fois que j’envoie un message dans un canal, on perd des centaines de membres. »
Autrement dit, chaque publication agit comme un point de bascule, dans lequel une partie de l’audience se reconnaît davantage tandis qu’une autre choisit de se retirer, ce qui transforme progressivement la communauté en un espace en mouvement constant, loin de l’image figée d’une croissance continue et linéaire.
Parler, c’est aussi perdre
Ce mécanisme n’a rien d’exceptionnel et dépasse largement le cas de Clemquicourt, puisqu’il constitue l’un des fondements mêmes des réseaux sociaux. Plus un créateur affirme son identité, plus il attire un public spécifique, mais plus il s’expose également à un rejet de la part de ceux qui ne s’y retrouvent pas.
Ainsi, chaque contenu publié ne se contente pas d’élargir une audience, il la redéfinit en permanence, en opérant une sélection implicite entre ceux qui adhèrent et ceux qui décrochent, ce qui explique pourquoi la perte d’abonnés n’est pas une anomalie, mais une conséquence logique de toute prise de parole incarnée.
Derrière les chiffres, une réalité profondément humaine
Le discours change de nature lorsqu’il quitte le terrain des statistiques pour aborder celui du ressenti, car le chiffre, jusque-là abstrait, prend soudain une dimension beaucoup plus concrète.
« Je me dis qu’il y a 5000 personnes qui ont cliqué sur “se désabonner”. »
Ce basculement est important, car il transforme une donnée quantitative en une accumulation de gestes individuels, ce qui la rend plus difficile à appréhender sur le plan mental.
« Il y a des moments où je suis sous la douche… je pense à ces gens qui ne m’aiment plus. »
Cette phrase, presque maladroite dans sa formulation, révèle une réalité rarement exprimée : derrière les indicateurs se cache une expérience personnelle, où la perte d’abonnés peut être vécue comme une forme de rejet, même lorsqu’elle ne correspond pas à une intention négative de la part du public.
Une relation devenue émotionnelle
En effet, la relation entre un créateur et son audience ne se limite pas à une simple consommation de contenu. Elle s’accompagne souvent d’une projection, d’une impression de lien, qui donne au désabonnement une portée émotionnelle plus forte qu’elle ne l’est en réalité.
Car, du point de vue de l’utilisateur, se désabonner peut simplement traduire une lassitude, un changement d’intérêt ou une envie de renouvellement, sans qu’il y ait nécessairement de jugement négatif. Mais pour celui qui publie, cette distinction est rarement perçue de manière aussi neutre.
« Ils en ont marre de voir ma tête »
Cette différence de perception apparaît clairement dans l’anecdote qu’il partage lors du live. Lors d’une sortie running, une personne le reconnaît, échange avec lui, puis lui explique qu’elle s’est désabonnée, non pas à cause d’un désaccord ou d’une polémique, mais simplement par saturation.
« Elle en avait marre de voir ma tête. »
Cette remarque, formulée sans agressivité, met en évidence un point essentiel : sur les réseaux, le désabonnement ne traduit pas toujours une opposition, mais peut simplement refléter le fait que l’attention est limitée et que chacun fait évoluer ses centres d’intérêt.
Le revers de la personnalisation
Depuis plusieurs années, les athlètes sont devenus des figures publiques à part entière, dont la visibilité ne repose plus uniquement sur leurs performances, mais aussi sur leur capacité à produire du contenu et à incarner une identité.
Cette évolution est devenue presque indispensable pour exister dans un environnement saturé, mais elle implique également une exposition accrue aux réactions, positives comme négatives. Plus un contenu est incarné, plus il suscite d’engagement, mais plus il accentue aussi les mécanismes de rejet.
Ainsi, ce qui permet de construire une audience peut également contribuer à la fragiliser.
Ce fonctionnement éclaire aussi la manière dont certains contenus sont conçus. Pour capter l’attention, il devient souvent nécessaire de provoquer une réaction, ce qui peut passer par des prises de position marquées, des oppositions ou des sujets clivants.
Ces formats génèrent de la visibilité et de l’engagement, mais ils amplifient en parallèle les départs, car ils accentuent les lignes de fracture au sein de l’audience.
Dans ce contexte, l’équation est simple : plus un contenu suscite de réactions, plus il attire… mais plus il fait également fuir.
Le vrai sujet : une pression silencieuse
Derrière cette mécanique, il existe une dimension plus discrète, mais tout aussi importante : la pression mentale liée à l’exposition permanente. Sur Twitch, Clemquicourt adopte un ton léger, enchaîne les blagues et se présente avec une forme de distance, mais cette apparente décontraction coexiste avec une réalité beaucoup plus exigeante.
Chaque contenu est observé, chaque publication est mesurée, et chaque variation d’audience devient immédiatement visible, ce qui crée un environnement où la performance ne se limite plus au sport, mais s’étend à la capacité à maintenir l’attention.
En résumé, ce que met en lumière ce live, c’est finalement une règle contre-intuitive : plus un créateur se développe, plus il est exposé à la perte d’abonnés, car l’élargissement de son audience entraîne une diversification des attentes et des sensibilités.
Dans ce contexte, ce qui séduit une partie du public peut en lasser une autre, rendant la perte inévitable, voire nécessaire, dans le processus de croissance.
Les réseaux sociaux ne fonctionnent pas selon une progression linéaire, mais selon des cycles, faits d’adhésion et de désengagement. La croissance ne consiste donc pas uniquement à accumuler des abonnés, mais à accepter que cette accumulation s’accompagne d’un renouvellement constant.
Chaque prise de parole devient ainsi un choix éditorial, entre la recherche du consensus et l’affirmation d’une ligne plus marquée, qui implique nécessairement une part de rejet.
Perdre 5000 abonnés ne constitue pas un échec en soi. Cela reflète au contraire la dynamique normale d’une présence forte, où l’audience évolue en permanence.
Et c’est peut-être, au fond, le signe le plus clair d’un contenu qui ne laisse pas indifférent.
Source
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