Demain, Mathieu Blanchard prendra le départ du Lapland Arctic Ultra. Il ne s’alignera pas sur le format 500 km, comme au Yukon l’an dernier où il avait remporté le 640 km, mais sur le 185 km. Une distance plus courte, en apparence plus accessible, mais qui ne dit rien de l’intensité réelle de l’engagement.
Dans une interview accordée à L’Équipe, il précise son intention sans ambiguïté : « J’ai prévu de faire ces 185 km en « one-push », c’est-à-dire d’une seule traite, sans dormir. »
C’est cette phrase qui change tout. Car cette stratégie renvoie directement à un précédent très récent observé sur la Yukon Arctic Ultra, dans des conditions polaires comparables. Et c’est à la lumière de ces faits que son choix mérite d’être interrogé.
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Parce que le pari du « one-push » a déjà montré ses limites au Yukon
Sur la Yukon Arctic Ultra 2026, plusieurs Français de tête avaient fait le choix de limiter drastiquement le sommeil afin de conserver un avantage stratégique. Guillaume Grima, alors en position favorable, faisait partie de ceux qui avaient opté pour cette approche offensive.
La suite est connue : il a été contraint à l’abandon, notamment en raison de pieds saturés d’humidité, devenus trop abîmés pour poursuivre. Le manque de récupération, combiné aux conditions de neige humide et au froid, a fini par peser plus lourd que l’avance accumulée.
Le sujet n’est pas de comparer les profils ou les capacités individuelles. Le sujet est la mécanique de l’effort en milieu polaire. Réduire le sommeil dans ces environnements ne se traduit pas seulement par de la fatigue. Cela affecte la lucidité, la capacité à gérer l’humidité, la prévention des blessures et la lecture des signaux d’alerte du corps.
Parce que le matériel est un facteur décisif en environnement arctique
Autre élément factuel récent : la Barkley Marathons 2026. Mathieu Blanchard y a abandonné (après trois boucles) et, pour la première fois dans sa carrière, il a assumé une erreur matérielle. Ce n’était pas une question de niveau physique ni de motivation, mais un problème d’adéquation entre équipement et conditions.
Or le Lapland Arctic Ultra repose précisément sur cette dimension technique. L’autonomie totale impose une gestion fine de chaque détail : isolation thermique, protection contre l’humidité, choix des couches, gestion des pieds, couchage, alimentation.
Dans son entretien, il évoque d’ailleurs le côté « geek » du matériel et son envie de progresser en confort par rapport au Yukon. Cette volonté d’optimisation est logique. Mais elle souligne aussi un point central : dans ces courses, le matériel n’est pas un accessoire, il conditionne la performance et parfois la poursuite même de l’épreuve.
Parce que 185 km en Laponie ne sont pas un format “réduit”
Choisir le 185 km plutôt que le 500 km peut donner l’impression d’un engagement mesuré.
En réalité, dans le contexte arctique, la distance brute ne résume pas la difficulté.
Le Lapland Arctic Ultra impose une autonomie complète sur deux grandes boucles, avec gestion de l’eau, du couchage et de la progression en terrain enneigé. La pulka alourdit l’effort, la fatigue s’installe rapidement et les conditions peuvent évoluer en quelques heures.
Transformer ces 185 km en tentative “one-push” revient à concentrer l’effort maximal sur une fenêtre plus courte, mais plus intense. L’absence de sommeil ne se contente pas d’augmenter la fatigue musculaire ; elle modifie la thermorégulation, la coordination, la prise de décision. En environnement polaire, ces paramètres ne sont jamais secondaires.
Parce que l’histoire récente montre que l’extrême ne pardonne rien
Les faits récents forment une trame cohérente.
-> Sur la Yukon, une stratégie de sommeil minimale s’est soldée par un abandon en tête.
-> À la Barkley, une erreur matérielle a conduit à l’arrêt prématuré d’un athlète expérimenté. Le Lapland Arctic Ultra réunit les mêmes ingrédients : isolement, conditions instables, gestion fine du matériel et choix stratégique sur le sommeil.
En résumé, Mathieu Blanchard part demain pour 185 km en Laponie avec l’intention affichée de les parcourir sans dormir.
Cette décision s’inscrit dans une logique d’engagement maximal et de quête d’expérience extrême.
Mais elle rappelle un précédent récent sur la Yukon Arctic Ultra, où une stratégie similaire a conduit à l’abandon. Elle intervient également après une Barkley où le matériel a déjà joué un rôle déterminant. Le Lapland Arctic Ultra ne sera pas simplement une course de 185 km.
Ce sera un test de gestion du sommeil, de l’humidité et de l’équipement dans un environnement qui ne tolère pas l’approximation. C’est en cela que le pari est dangereux.
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