Vouloir briller trop vite peut coûter très cher
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Courir Sans Limite: Marathons, 100km et ultra-trails 
Chaque printemps, des dizaines de milliers de coureurs s’alignent au départ d’un marathon avec la même promesse en tête : finir. Mais derrière cette déclaration raisonnable se cache souvent un objectif secret. Un chrono espéré. Une allure rêvée. Une projection parfois trop optimiste.
Le Marathon de Paris en est l’exemple parfait. Sur les grandes épreuves françaises et internationales, une part très importante des participants découvre la distance mythique des 42,195 km pour la première fois. Et c’est précisément là que tout se joue. Parce qu’un premier marathon ne pardonne pas l’approximation.
L’enjeu n’est pas seulement de courir longtemps. Il s’agit de gérer un effort que le corps n’a encore jamais expérimenté.
Le piège de l’ambition mal calibrée sur son premier marathon
Sur 10 km ou sur semi-marathon, une erreur d’allure se paie, mais reste souvent rattrapable. Sur marathon, c’est différent. Partir trop vite crée une dette énergétique qui finit presque toujours par exploser au-delà du 30e kilomètre. Ce fameux “mur” n’est pas une légende. Il est souvent la conséquence d’un départ trop ambitieux.
Le problème vient d’une mauvaise évaluation de son niveau réel. Beaucoup extrapolent leur forme à partir d’un entraînement réussi ou d’une sortie longue confortable. Mais le marathon n’est pas une simple addition de kilomètres. C’est une équation physiologique complexe : gestion des réserves de glycogène, résistance musculaire, économie de course, capacité mentale à maintenir l’allure dans la fatigue profonde.
Sans repères solides, viser un chrono trop agressif revient à construire une stratégie sur des hypothèses fragiles.
Se connaître avant de se juger
La prudence ne signifie pas manquer d’ambition. Elle consiste à s’appuyer sur des données fiables. Les performances récentes sur 10 km ou semi-marathon offrent des indications précieuses. Elles permettent d’estimer une allure marathon réaliste, généralement bien inférieure à celle tenue sur des distances plus courtes.
Mais les chiffres ne suffisent pas. Le ressenti joue un rôle déterminant. Être capable de parler en phrases complètes en endurance fondamentale, sentir que l’effort reste sous contrôle, identifier les zones d’intensité sans dépendre uniquement de la montre : tout cela construit une base solide.
Le premier marathon n’est pas le moment d’expérimenter des stratégies risquées. Il doit servir de référence, de point d’ancrage pour la suite.
Le corps apprend, parfois brutalement
La fatigue spécifique du marathon est différente de tout ce que l’on connaît avant. Les quadriceps se raidissent, la foulée se dégrade, la coordination diminue. Même avec une préparation sérieuse, la dernière heure de course devient un test mental autant que physique.
C’est pourquoi les entraîneurs insistent sur un principe simple : mieux vaut finir légèrement frustré que complètement détruit. Une gestion prudente permet d’accélérer dans les derniers kilomètres. À l’inverse, une allure excessive transforme souvent la fin de course en survie.
Sur une première expérience, l’objectif prioritaire devrait être d’apprendre. Comprendre comment le corps réagit, comment l’alimentation est tolérée, comment l’allure évolue avec la fatigue. Ce capital d’expérience vaut plus qu’un chrono arraché au prix d’un effondrement.
Construire sur la durée
Un marathon réussi n’est pas nécessairement un marathon rapide. C’est un marathon maîtrisé. La progression en course à pied s’inscrit dans le temps. Respecter ses allures aujourd’hui, c’est préserver sa capacité à progresser demain.
La tentation de la performance immédiate est forte. Les réseaux sociaux, les comparaisons, les standards affichés peuvent créer une pression inutile. Pourtant, la régularité reste le facteur clé. Un premier marathon prudent ouvre la porte à des objectifs plus ambitieux lors des éditions suivantes.
C’est une stratégie.
Et sur 42,195 km, la stratégie l’emporte presque toujours sur l’orgueil.
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