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🎧 Le trail aime se présenter comme un sport proche de la nature.
Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:50 Ce résumé se consacre notamment à Xavier Thévenard et sà on engagement face au climat.
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Pourtant, son modèle repose de plus en plus sur des athlètes, des marques et des pratiquants qui traversent régulièrement la planète pour courir.
Une semaine aux États-Unis, une autre dans les Alpes, puis un départ vers l’Asie ou une île située à plusieurs milliers de kilomètres : chez les élites, l’enchaînement des voyages est devenu une composante presque normale de la saison.
Même les champions les plus engagés ne parviennent pas toujours à échapper à cette contradiction. Kilian Jornet a lui-même publié et commenté son empreinte environnementale, largement alimentée par ses déplacements. Sa fondation présente d’ailleurs la réduction des voyages, particulièrement en avion, comme l’un des principaux leviers individuels à actionner.
Le problème dépasse donc largement quelques noms. Il concerne tout l’imaginaire actuel du trail : pour réussir, exister sur les réseaux sociaux et satisfaire ses partenaires, il faudrait courir partout.
En trail, la nature est locale mais les calendriers sont mondialisés
Le paradoxe est difficile à ignorer. Le trail dépend directement de montagnes praticables, de températures supportables, de forêts préservées et d’un enneigement suffisamment stable. Mais son développement économique encourage exactement l’inverse : davantage de destinations, davantage de courses internationales et davantage de déplacements.
L’avion permet à un athlète européen de courir aux États-Unis, en Chine ou à La Réunion au cours d’une même saison. Il permet également aux amateurs de transformer une course en voyage sportif à l’autre bout du monde. L’avion permet de courir au bout du monde pour se qualifier à la finale de l’UTMB à Chamonix.
Chaque déplacement pris isolément paraît anodin. Leur accumulation finit pourtant par construire un modèle dans lequel courir dans la nature suppose de parcourir des milliers de kilomètres pour l’atteindre.
L’avion est l’angle mort du trail international
Il n’existe pas un bilan carbone unique applicable à toutes les courses. La distance parcourue, le nombre de participants et leurs moyens de transport modifient fortement le résultat.
Une étude de ScienceDirect consacrée aux déplacements de participants à une épreuve internationale de trail a toutefois calculé une moyenne de 414 kilomètres parcourus et près de 95 kilogrammes de CO₂ émis par coureur uniquement pour le transport.
Dès qu’une épreuve attire un public venu de plusieurs continents, l’avion peut écraser presque tous les autres postes d’émissions. Ce constat ne concerne pas uniquement le trail : lors des grands événements sportifs internationaux, le transport des participants et des spectateurs représente régulièrement l’essentiel du bilan climatique.
Le matériel, les ravitaillements, les déchets et les balises sont visibles. L’avion l’est beaucoup moins, car ses émissions ont lieu loin des sentiers.
Les élites parlent rarement de ce que leurs voyages racontent
Les meilleurs traileurs communiquent énormément sur leur entraînement, leur matériel, leur récupération et leurs compétitions.
Ils parlent beaucoup plus rarement de la cohérence de leur calendrier ou du nombre de vols nécessaires pour le réaliser.
Cette discrétion est compréhensible. Les déplacements font partie de leur métier, les sponsors attendent une visibilité internationale et certaines courses déterminent une carrière. Reconnaître le problème reviendrait parfois à questionner directement le modèle économique dont ils dépendent.
Les élites du trail parlent peu d’écologie et, lorsqu’elles le font, leur discours est souvent contradictoire
Les grandes figures du trail s’expriment rarement sur le dérèglement climatique et encore moins sur l’impact de leurs déplacements. Lorsqu’elles le font, leur discours se heurte souvent à leur propre calendrier.
Mathieu Blanchard a ainsi fait la promotion de Green-Got, une banque qui revendique un positionnement écologique, tout en multipliant les courses et les projets nécessitant des déplacements lointains. Le contraste est difficile à ignorer.
Associer son image à une entreprise engagée ne suffit pas à construire une démarche écologique. Tant que les voyages en avion ne sont pas remis en question, le message ressemble davantage à une opération de communication qu’à une volonté de transformer réellement le modèle du trail.
Casquette Verte assume plus frontalement sa position. Dans une précédente interview, il expliquait poursuivre une pratique qu’il qualifiait lui-même d’« égoïste » et ne pas souhaiter être associé à un discours écologique.
Cette franchise évite le greenwashing. Elle montre également l’ampleur du problème : l’un des traileurs français les plus suivis considère que ce combat ne relève pas de son rôle.
Même Hugo Clément, pourtant identifié aux questions environnementales et désormais présent dans l’univers du trail, ne s’attaque pas frontalement au modèle aérien de cette discipline. En février 2026, il a même été publiquement interrogé sur les importantes dépenses d’avion et de taxi de son émission Sur le front : une contradiction embarrassante, même si la production assure limiter les vols autant que possible.
Les amateurs et les médias comme uTrail alertent, mais le peloton change peu
À notre niveau, nous pouvons publier des articles, rappeler les conséquences du dérèglement climatique et dénoncer les contradictions du trail. Cela ne suffit pourtant pas à transformer profondément les comportements.
Les réactions observées lors des premiers épisodes de canicule de l’été 2026 l’ont encore montré. Une partie des pratiquants continue de minimiser le dérèglement climatique, de réduire chaque épisode de chaleur à une simple variation météorologique ou d’accuser les alertes de dramatisation. Nous l’avions notamment constaté dans notre article consacré aux coureurs climatosceptiques face à la canicule.
Certains sportifs se sentent même injustement « persécutés » lorsque les autorités annulent une course ou recommandent de ne pas courir. Nous avions analysé cette réaction dans notre article : Pourquoi les coureurs se sentent persécutés pendant la canicule.
Cette résistance ne date d’ailleurs pas de cet été. Nous avions déjà montré que les coureurs restent largement dans le déni du bouleversement climatique, y compris après plusieurs accidents survenus pendant des compétitions organisées sous une chaleur extrême.
Certains coureurs aiment la montagne comme un terrain de jeu sans nécessairement s’interroger sur les conditions permettant de la préserver.
C’est précisément pour cette raison que les discours portés par les médias ou les associations atteignent rapidement leurs limites. Les pratiquants écoutent souvent davantage les champions qu’ils admirent.
Xavier Thévenard peut parler (et former les élites) là où les médias ne sont plus entendus
Xavier Thévenard occupe une place particulière.
Triple vainqueur de l’UTMB, il possède une légitimité sportive qui empêche de réduire son discours à celui d’un observateur extérieur au milieu. Il connaît les contraintes des partenaires, les déplacements internationaux et le fonctionnement du haut niveau.
Son engagement pour le climat ne date pas d’hier. Il alerte depuis plusieurs années sur la disparition des glaciers, les conséquences du réchauffement et les contradictions d’un sport de nature toujours plus mondialisé.
Il a longtemps été moqué pour cela.
Certains lui reprochaient de culpabiliser les coureurs. D’autres pointaient ses propres déplacements passés pour disqualifier l’ensemble de son discours. Comme s’il fallait avoir mené une carrière parfaitement neutre en carbone pour être autorisé à demander un changement.
Le regard porté sur lui évolue aujourd’hui. Sous la publication montrant sa participation à une Fresque du Climat destinée aux sportifs, les réactions sont largement positives. Plusieurs personnes saluent sa cohérence, son courage et sa capacité à transmettre.
Voir cette publication sur Instagram
Xavier Thévenard n’a pas radicalement changé de discours. C’est le trail qui commence progressivement à le rejoindre.
Qu’est-ce que la Fresque du Climat ?
La Fresque du Climat est un atelier collectif destiné à comprendre les causes et les conséquences du dérèglement climatique.
Les participants utilisent des cartes fondées sur les connaissances scientifiques synthétisées par le GIEC. Ils doivent relier les activités humaines, les émissions de gaz à effet de serre, la hausse des températures et leurs conséquences sur les écosystèmes et les sociétés.
L’intérêt de l’atelier ne consiste pas seulement à rappeler que la planète se réchauffe. Il permet de visualiser les chaînes de causes et de comprendre quels comportements ou secteurs produisent le plus d’émissions.
Appliquée au sport de haut niveau, la Fresque peut conduire les athlètes à s’interroger sur leurs déplacements, leur calendrier, leurs partenaires et l’influence qu’ils exercent sur leur communauté.
Former les élites peut être plus efficace que culpabiliser le peloton
Faire participer des champions à une Fresque du Climat n’est donc pas anecdotique.
Dans le trail, les élites ne vendent pas seulement des chaussures. Elles rendent désirables des courses, des destinations et des modes de vie.
Lorsqu’un Mathieu Blanchard annonce un nouveau défi, des milliers de coureurs le suivent. Lorsque Casquette Verte participe à une épreuve, celle-ci bénéficie immédiatement d’une exposition considérable. Lorsque Théo Detienne partage son calendrier, ses entraînements ou ses déplacements, il contribue à définir l’image moderne du traileur de haut niveau.
Le mécanisme fonctionne déjà pour le matériel.
Une chaussure portée par un champion apparaît quelques semaines plus tard dans le peloton. Une course mise en avant sur Instagram remplit plus facilement ses inscriptions. Une méthode d’entraînement adoptée par une élite est immédiatement reproduite par des amateurs.
Pourquoi en irait-il autrement pour les déplacements ?
Quand les élites arrêteront de banaliser l’avion, le peloton pourra les suivre
Le jour où plusieurs grands noms annonceront qu’ils réduisent volontairement leurs vols, ce choix deviendra visible.
Le jour où un athlète expliquera qu’il renonce à une course parce qu’elle exige un aller-retour aérien de plusieurs milliers de kilomètres, certains amateurs commenceront eux aussi à s’interroger.
Le jour où les sponsors valoriseront un calendrier régional plutôt qu’une présence sur trois continents, la réussite sportive cessera peut-être d’être mesurée au nombre de tampons sur un passeport.
Il ne s’agit pas d’interdire tout déplacement ni d’exiger des champions qu’ils restent dans un rayon de cinquante kilomètres autour de leur domicile.
Il s’agit de rompre avec la banalisation.
Un athlète peut conserver une grande compétition internationale tout en supprimant deux voyages secondaires. Il peut privilégier le train en Europe, regrouper plusieurs engagements dans une même région et refuser certains déplacements uniquement promotionnels.
Surtout, il peut le raconter.
Car un renoncement invisible ne change pas une culture. Un renoncement assumé et expliqué peut devenir un exemple.
La Fresque du Climat ne suffira pourtant pas, le trail n’a plus seulement besoin de sensibilisation, mais de rupture
Former les élites constitue une étape nécessaire. Ce n’est pas encore une révolution.
Le risque serait de multiplier les ateliers, les tables rondes et les photographies collectives sans toucher au calendrier international, aux exigences des sponsors et à la course permanente à la visibilité.
Le trail adore les gestes symboliques tant qu’ils ne contraignent personne.
Organiser une Fresque est relativement simple. Renoncer à une invitation aux États-Unis, demander à une marque de revoir sa stratégie ou supprimer une compétition lointaine de son calendrier est beaucoup plus difficile.
C’est pourtant à cet endroit que l’engagement climatique devient réel.
Pendant longtemps, faire connaître le problème pouvait suffire.
Ce n’est plus le cas.
Les glaciers reculent, les vagues de chaleur se multiplient, les massifs ferment pendant les incendies et certaines compétitions doivent déjà modifier leurs horaires ou leurs parcours. Continuer à expliquer le dérèglement sans changer le modèle du trail revient à commenter la dégradation du terrain tout en accélérant dessus.
Xavier Thévenard accomplit une partie indispensable du travail en allant former ceux qui possèdent le plus grand pouvoir d’influence.
Mais la suite ne dépend plus seulement de lui.
Elle dépendra des athlètes qui accepteront de transformer ce qu’ils ont compris en renoncements visibles. Elle dépendra des marques qui cesseront d’exiger une présence mondiale permanente. Elle dépendra des organisateurs qui valoriseront une participation plus locale.
Quand un Mathieu Blanchard, un Casquette Verte ou un Théo Detienne arrêteront de prendre systématiquement l’avion pour faire exister leur saison, le trail ne sera pas sauvé.
Mais il commencera enfin à cesser de confondre l’amour de la nature avec sa simple consommation.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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