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🎧 La saison de chasse 2026-2027 a commencé en septembre, avec des dates d’ouverture variables selon les départements, notamment le 13 septembre dans de nombreux territoires et le 20 septembre dans d’autres.
Depuis cette reprise, chaque fois que uTrail aborde la question de la sécurité sur les sentiers, le même phénomène se répète dans les commentaires : au lieu de répondre directement à la question du partage de l’espace entre chasseurs, traileurs, randonneurs, familles ou promeneurs, le débat se déplace progressivement vers d’autres terrains.
Au début, on nous parlait de régulation du gibier. Ensuite, il a été beaucoup question de protection de la faune et de la nature, un argument devenu plus difficile à défendre après un été marqué par les incendies, la sécheresse et les demandes de report de l’ouverture formulées par plusieurs associations de protection de l’environnement. Puis est venu l’entretien des chemins, avec l’idée que les chasseurs seraient ceux qui maintiennent les sentiers praticables, avant que l’argument de la tradition ne prenne le relais. Et désormais, lorsqu’on continue malgré tout à parler de sécurité, une formule revient avec une régularité impressionnante : si nous critiquons la chasse, c’est que nous serions des « bobos parisiens » incapables de comprendre la ruralité.
Le problème, c’est que cet argument ne répond toujours pas à la question initiale.
Depuis l’ouverture de la chasse, le débat sur la sécurité n’a rien de théorique
Depuis septembre, plusieurs faits divers sont venus alimenter un climat déjà tendu autour de la chasse. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un chasseur de 90 ans est mort après une chute le jour même de l’ouverture générale, un drame qui n’était pas lié à un tir mais qui a relancé la question de l’âge et de l’aptitude à pratiquer une activité avec une arme.
Quelques jours plus tard, à Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales, Francis Lampe, alors président de l’association communale de chasse, a évoqué « quelques cartouches remplies de gros sel » à destination de ceux qui viendraient perturber l’ouverture, avant d’ajouter qu’ils auraient « très mal aux fesses ». Il s’est ensuite excusé et a démissionné.
Dans le Lot-et-Garonne, un autre chasseur a été jugé après avoir poursuivi des sangliers en 4×4 pendant une battue, dans une scène filmée où le véhicule traverse champs, routes et fossés alors que d’autres chasseurs armés se trouvent à proximité.
Pris séparément, aucun de ces faits ne permet évidemment de résumer l’ensemble des chasseurs français, et ce serait absurde de le prétendre. En revanche, ils expliquent pourquoi les questions de sécurité, de comportement et de partage de l’espace ne peuvent pas être balayées d’un revers de main par une simple caricature sociale.
D’abord, on nous a parlé de régulation
L’argument de la régulation est probablement le plus ancien et le plus récurrent. À chaque fois qu’un traileur explique qu’il ne se sent pas parfaitement à l’aise à l’idée de courir au milieu de personnes armées, on lui répond que les chasseurs régulent les populations animales, notamment les sangliers.
Cette question existe, bien sûr, et elle mérite son propre débat. Mais elle ne répond pas directement à celle qui est posée.
On peut parfaitement considérer qu’une population animale doit être régulée tout en demandant comment cette régulation est organisée lorsque des coureurs, des randonneurs ou des familles utilisent les mêmes espaces. Expliquer pourquoi on chasse ne suffit donc pas à expliquer comment les différents usages doivent cohabiter.
Ensuite, on nous a parlé de protection de la faune
Après la régulation, l’argument écologique s’est imposé. Les chasseurs seraient aussi des protecteurs de la faune, des observateurs du terrain et des acteurs de l’équilibre naturel.
Le problème, c’est que l’été 2026 a compliqué ce discours.
Après les incendies, les épisodes de sécheresse et les fortes chaleurs, plusieurs associations ont demandé que l’ouverture de la chasse soit repoussée dans les zones où les animaux avaient déjà été fortement éprouvés. Il n’y a pas eu de report général, et de nombreux préfets ont maintenu les dates prévues.
On peut tout à fait considérer que ces associations demandaient trop, ou que leurs arguments étaient contestables. Mais il devient alors difficile de présenter simultanément la chasse comme une activité guidée avant tout par la protection de la faune, tout en refusant l’idée même d’accorder quelques semaines de répit supplémentaire à des animaux déjà fragilisés par les incendies et la chaleur.
Puis on nous a expliqué que les chasseurs entretenaient les sentiers
L’autre argument très fréquent consiste à rappeler que des chasseurs débroussaillent, ouvrent des passages, entretiennent certains chemins et participent localement à leur maintien.
Cela peut être parfaitement vrai.
Des sociétés de chasse entretiennent effectivement certains secteurs, comme le font aussi des communes, des agriculteurs, des associations de randonnée, des organisateurs de trails ou de simples bénévoles. Mais participer à l’entretien d’un chemin ne transforme pas celui qui l’entretient en propriétaire exclusif de son usage.
Surtout, l’argument devient plus fragile lorsqu’il est utilisé pour opposer le chasseur présenté comme protecteur des chemins au traileur supposé destructeur de la nature, car les véhicules utilisés dans certaines pratiques rurales ou cynégétiques peuvent eux aussi dégrader les pistes, notamment lorsqu’ils circulent sur des terrains humides ou fragiles.
La réalité est donc beaucoup plus simple : plusieurs catégories d’usagers entretiennent, utilisent et parfois abîment les mêmes espaces.
La tradition ne suffit pas davantage à clore le débat
Lorsque la régulation, la protection de la faune ou l’entretien des chemins ne suffisent plus, revient alors l’argument de l’ancienneté : la chasse existerait depuis toujours, tandis que le trail serait une pratique récente, presque importée de la ville.
Oui, la chasse est bien plus ancienne que le trail en tant que discipline sportive organisée. Mais cela ne lui donne pas pour autant un droit supérieur sur les espaces naturels.
Courir, marcher, se déplacer dans la montagne, traverser une forêt ou ramasser des champignons ne sont évidemment pas des inventions récentes, pas plus qu’ils ne sont réservés aux habitants des grandes villes.
Surtout, l’ancienneté d’un usage ne répond toujours pas à la question de la sécurité. Un traileur qui demande s’il peut emprunter un chemin pendant une battue ne cherche pas à savoir quelle activité est historiquement apparue la première ; il veut savoir comment éviter de se retrouver dans une situation dangereuse.
Et maintenant, nous serions donc des « bobos parisiens »
C’est aujourd’hui l’attaque la plus commode, parce qu’elle permet de déplacer complètement le débat.
Le « bobo parisien » est devenu une figure presque automatique : une personne supposément citadine, privilégiée, déconnectée du monde rural, qui arriverait le week-end avec son gilet d’hydratation, ses chaussures coûteuses et ses certitudes pour expliquer aux habitants de la campagne comment ils devraient vivre.
À partir du moment où l’adversaire est enfermé dans cette caricature, il n’est même plus nécessaire de répondre à ce qu’il dit. Son opinion serait disqualifiée à l’avance parce qu’il ne serait pas « du coin ».
C’est précisément là que l’argument commence à s’effondrer.
Une grande partie des traileurs vivent justement en zone rurale
Le trail ne se pratique pas principalement dans les rues de Paris. Il se pratique dans les Alpes, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif central, en Ardèche, dans la Drôme, en Bretagne, dans le Lot, l’Aveyron, en Provence, à La Réunion et dans des centaines de territoires où les pratiquants vivent eux-mêmes toute l’année.
Beaucoup de traileurs connaissent donc parfaitement la chasse, non pas parce qu’ils l’ont étudiée dans un rapport, mais parce qu’ils la vivent autour d’eux chaque automne et chaque hiver. Ils entendent les tirs, croisent les véhicules, voient les panneaux de battue, adaptent parfois leurs parcours et savent quels bois éviter certains jours.
Certains ont des chasseurs dans leur famille, d’autres ont grandi avec eux, et beaucoup habitent simplement dans les mêmes villages.
Les réduire à des « bobos parisiens » permet surtout d’éviter une réalité moins confortable : une partie des critiques adressées à la chasse vient précisément de personnes qui vivent au milieu d’elle.
Les personnes les plus agacées sont souvent celles qui vivent à côté
C’est même tout le paradoxe.
Un Parisien qui court dans un parc urbain est finalement assez peu confronté à une battue dans son quotidien. Celui qui habite dans un village entouré de bois, en revanche, peut entendre les tirs depuis chez lui, voir son secteur fréquenté par des chasseurs plusieurs jours par semaine ou devoir vérifier avant chaque sortie si une battue est organisée.
Ce sont donc parfois précisément les habitants des zones rurales qui accumulent les frustrations, parce qu’ils vivent cette cohabitation sur la durée et qu’ils ne la découvrent pas ponctuellement lors d’un week-end.
Bien sûr, tous les ruraux ne pensent pas ainsi, pas plus que tous les citadins ne sont opposés à la chasse. Mais c’est justement ce qui rend l’opposition « campagne pro-chasse contre ville anti-chasse » aussi artificielle.
La ruralité n’est pas un bloc idéologique.
Être rural ne signifie pas être favorable à la chasse
Derrière l’expression « bobo parisien », il y a souvent l’idée qu’un vrai habitant de la campagne comprendrait forcément la chasse, voire l’approuverait.
Or rien n’est plus faux.
On peut vivre toute sa vie dans un village et adorer la chasse. On peut vivre toute sa vie dans le même village et ne plus supporter les battues. On peut être agriculteur et chasseur, agriculteur et opposant à la chasse, traileur et chasseur, ou traileur et anti-chasse.
La géographie ne détermine pas une opinion.
Surtout, le fait d’habiter à proximité immédiate des zones chassées peut justement rendre certaines personnes plus critiques, parce qu’elles subissent directement les contraintes que les habitants des grandes villes ne rencontrent pratiquement jamais.
« Bobo parisien » sert surtout à éviter la question de départs, le vrai sujet reste surtout celui du le partage de la nature
Que celui qui pose la question vive à Paris, en Ardèche, dans le Cantal ou dans un village de montagne ne change rien au fond du problème.
Les sentiers sont fréquentés par plusieurs catégories d’usagers, dont certaines pratiquent une activité armée et d’autres non. Dès lors, il est parfaitement légitime de demander comment organiser cette cohabitation, comment informer les autres usagers, comment éviter les conflits et comment garantir un niveau de sécurité maximal.
On peut débattre de tout cela.
On peut parler des jours sans chasse, de la signalisation, des applications permettant de localiser les battues, de l’information préalable ou simplement d’une meilleure coordination locale.
Mais répondre « bobo parisien » ne règle absolument rien.
Cela permet seulement de transformer un débat de sécurité et de partage de l’espace en caricature sociale, alors que les personnes qui expriment leur ras-le-bol sont souvent précisément celles qui vivent toute l’année à quelques centaines de mètres des chasseurs.
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