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🎧 Le Semi-Marathon du Mont-Ventoux a demandé sur ses réseaux sociaux comment il devait attribuer ses futurs dossards.
En 2026, plus de 10 000 personnes se sont préinscrites pour seulement 1 600 places disponibles. Face à une demande plus de six fois supérieure à sa capacité d’accueil, l’organisation envisage notamment de remplacer la course à l’inscription par un tirage au sort.
Dans les commentaires, certains coureurs proposent toutefois une solution beaucoup plus radicale : sélectionner les participants selon leurs chronos. Une telle méthode permettrait de réduire le nombre de candidats, mais elle reviendrait aussi à exclure les coureurs les plus lents d’une épreuve jusqu’ici populaire.
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Plus de 8 000 coureurs doivent nécessairement rester sans dossard
Le problème posé par le Semi-Marathon du Mont-Ventoux est d’abord mathématique. Même si toutes les personnes préinscrites sont suffisamment entraînées, plus de 8 000 d’entre elles ne peuvent pas prendre le départ.
Jusqu’à présent, les coureurs devaient se connecter au moment de l’ouverture des inscriptions. Mais lorsque plusieurs milliers de personnes tentent d’acheter l’un des 1 600 dossards au même instant, la rapidité ne dépend pas seulement de leur motivation.
Elle dépend aussi de leur disponibilité professionnelle, de leur connexion internet et du bon fonctionnement de la plateforme.
Le tirage au sort permettrait de supprimer cette course numérique, mais il ne ferait pas disparaître le problème de fond : la très grande majorité des candidats resterait refusée.
C’est dans ce contexte qu’une sélection selon le niveau sportif commence à être envisagée par certains coureurs.
Dans les réponses adressées à l’organisation, plusieurs internautes proposent d’exiger un chrono de référence.
Certains souhaitent demander un temps minimum sur un semi-marathon classique. D’autres imaginent des quotas par niveau ou une partie des dossards directement réservée aux coureurs présentant les meilleures performances.
L’argument avancé est celui de la difficulté. Le Semi du Mont-Ventoux ne ressemble pas à un semi-marathon plat. Son arrivée au sommet impose une longue ascension et nécessite une préparation spécifique.
Selon les partisans de cette sélection, un coureur capable de présenter un bon chrono aurait davantage sa place qu’un participant risquant de subir la course ou de terminer très loin derrière.
Mais ce raisonnement change complètement la question posée. Il ne s’agit plus seulement de vérifier que les participants sont capables de terminer. Il s’agit de déterminer si les plus rapides méritent davantage leur dossard que les plus lents.
Être finisher ne suffirait plus pour avoir le droit de revenir
Le Semi du Mont-Ventoux impose déjà des barrières horaires. Un coureur trop lent peut donc être arrêté pendant l’épreuve ou classé hors délai.
Ajouter une sélection sur chrono avant l’inscription créerait une seconde barrière, beaucoup plus stricte : certains coureurs ne pourraient même plus essayer.
Une participante explique ainsi courir un semi-marathon plat en moins de deux heures, mais avoir terminé le Semi du Mont-Ventoux en 3 h 01. Un seuil arbitrairement fixé à trois heures l’aurait exclue, alors qu’elle est bien parvenue au sommet.
Un autre commentaire souligne qu’un tel minimum écarterait plusieurs centaines de finishers de l’édition précédente.
Ces participants seraient donc jugés assez entraînés pour terminer la course, mais pas assez rapides pour avoir le droit d’y revenir.
Un chrono sur le plat ne mesure pas forcément la capacité à monter le Ventoux
La sélection pose également un problème sportif.
Un semi-marathon classique mesure principalement la capacité à maintenir une vitesse élevée sur un parcours roulant. Le Semi du Mont-Ventoux demande un effort différent, avec une montée longue, une gestion particulière de l’allure et un temps de course nettement plus important.
Un coureur rapide sur le plat n’est pas automatiquement le mieux préparé pour une ascension. À l’inverse, un sportif moins rapide sur route peut posséder davantage d’endurance, mieux gérer les fortes pentes et atteindre le sommet sans se mettre en difficulté.
Le chrono de référence ne garantirait donc pas que les coureurs sélectionnés soient les plus adaptés au parcours. Il permettrait surtout de les classer selon une performance réalisée ailleurs et dans des conditions différentes.
Les coureurs populaires paieraient le succès des courses
Cette proposition révèle surtout une conséquence du succès grandissant des courses.
Lorsque le nombre de candidats devient plusieurs fois supérieur au nombre de dossards, il faut nécessairement établir un critère de sélection. Le hasard écarte des coureurs sans tenir compte de leur niveau. Le système du premier arrivé favorise les plus disponibles et les mieux connectés. La sélection par chrono, elle, privilégie directement les plus performants.
Ce dernier système peut sembler cohérent pour un championnat ou une épreuve élite. Il l’est beaucoup moins pour une course populaire, dont une partie de l’intérêt consiste précisément à réunir des coureurs aux niveaux très différents.
Les moins rapides ne seraient plus seulement ceux qui ferment le peloton. Ils deviendraient ceux dont la présence empêcherait supposément les meilleurs d’obtenir un dossard.
Les courses populaires pourraient progressivement devenir semi-élitistes
Le Semi-Marathon du Mont-Ventoux n’a pas annoncé qu’il instaurerait des chronos minimums. L’organisation a seulement demandé l’avis des coureurs et indiqué qu’elle réfléchissait encore à son futur système d’inscription.
Mais le débat dépasse cette seule épreuve.
Les marathons, les semi-marathons et les trails les plus populaires attirent de plus en plus de candidats pour un nombre de places qui reste limité. À mesure que l’écart se creuse, la sélection selon la performance peut apparaître comme une solution simple.
Une partie des dossards pourrait alors être attribuée selon des chronos, des classements ou des résultats obtenus sur d’autres courses. Le tirage au sort resterait réservé aux places restantes.
Sur le papier, les courses demeureraient ouvertes aux amateurs. Dans les faits, les coureurs les plus rapides disposeraient de portes d’entrée supplémentaires, tandis que les plus lents dépendraient uniquement de la chance.
En dehors d’une sélection selon les chronos, les coureurs ont avancé plusieurs autres pistes.
Certains défendent un tirage au sort classique afin que chacun dispose des mêmes chances, quelle que soit sa connexion internet. D’autres proposent d’accorder davantage de chances aux candidats refusés les années précédentes.
Plusieurs participants souhaitent également donner la priorité à ceux qui n’ont encore jamais couru le Semi du Mont-Ventoux, ou empêcher une même personne d’enchaîner plusieurs éditions consécutives.
Des inscriptions groupées sont aussi demandées pour les couples et les groupes d’amis, afin qu’ils soient tous retenus ou tous refusés. Enfin, certains suggèrent de maintenir des quotas spécifiques, notamment pour les femmes, les licenciés ou les coureurs locaux.
Aucune de ces solutions ne permet toutefois de créer davantage de places : avec plus de 10 000 demandes pour 1 600 dossards, plusieurs milliers de coureurs resteront nécessairement exclus.
Courir lentement ne signifie pas être incapable de terminer
Le débat mélange enfin deux questions différentes : le niveau nécessaire pour terminer une course et la vitesse à laquelle elle doit être terminée.
Une organisation doit s’assurer que les participants sont suffisamment préparés, notamment pour garantir leur sécurité et respecter les contraintes de fermeture des routes. C’est précisément le rôle des barrières horaires et du règlement.
Mais être plus lent ne signifie pas nécessairement être moins entraîné. Certains coureurs préparent pendant plusieurs mois un objectif qu’ils termineront en trois heures, quand d’autres le boucleront beaucoup plus rapidement.
Sélectionner les inscriptions selon un chrono ne permettrait donc pas seulement d’écarter les personnes insuffisamment préparées. Cela écarterait aussi des coureurs parfaitement capables de devenir finishers, simplement parce qu’ils ne font pas partie des plus rapides.
Le succès des courses pose ainsi une question de fond : lorsqu’il n’y a plus assez de dossards pour tout le monde, faut-il les distribuer équitablement ou considérer que les meilleurs coureurs les méritent davantage ?
Pour le moment, rien n’a été décidé au Semi-Marathon du Mont-Ventoux. Mais le simple fait que l’exclusion des plus lents soit sérieusement proposée montre jusqu’où la saturation des courses pourrait transformer leur caractère populaire.
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