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🎧 Habituée aux défis d’ultra-endurance, aux conseils nutritionnels et aux projets qui attirent l’attention sur les réseaux sociaux, Nouchka Simic vient de partager une aventure beaucoup plus familiale, dont le contenu soulève pourtant quelques questions.
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Ce samedi 10 octobre 2026, la traileuse a accompagné sa sœur Léna sur son tout premier trail de 14 kilomètres, à Nancy. Une aventure familiale qui aurait pu se résumer à un joli moment de complicité, mais dont certains passages interrogent. Entre une cigarette électronique transportée dans un sac de trail, un refus de boire pendant l’effort et des affirmations fantaisistes sur l’alimentation, la vidéo publiée par cette professionnelle de la nutrition pose aussi la question de la responsabilité des influenceurs sportifs.
Nouchka Simic, de l’ultra-trail au Grand Rex, en passant par la nutrition et les réseaux sociaux
Nouchka Simic appartient à cette nouvelle génération de personnalités du trail qui ne se contentent plus de courir, mais construisent autour de leur pratique sportive un véritable univers médiatique et commercial. Diététicienne du sport, créatrice de contenu, autrice et entrepreneuse, elle développe plusieurs activités à destination de sa communauté, entre conseils nutritionnels, aventures d’endurance et vente de vêtements.
Cet été, elle s’est notamment illustrée en réalisant une traversée des Alpes par le GR5, sur quelque 630 kilomètres et 35 000 mètres de dénivelé positif. Cette aventure fera l’objet d’un documentaire intitulé VIVANTE, présenté le 30 novembre 2026 au Grand Rex, à Paris, une consécration médiatique qui témoigne de la place grandissante occupée par les influenceurs dans l’univers du trail.
Mais ce week-end, Nouchka a délaissé les grandes traversées et les défis spectaculaires pour accompagner sa sœur Léna sur son premier trail de 14 kilomètres, organisé à Nancy dans le cadre du Trail des Lumières. L’initiative avait tout pour séduire : une sportive expérimentée qui partage sa passion avec une débutante, une aventure familiale et une occasion de rappeler que le trail reste accessible à tous les niveaux.
Seulement, la vidéo publiée dimanche sur Instagram prend rapidement une tournure assez particulière. Entre les plaisanteries parfois grossières, les références répétées à la cigarette électronique et les affirmations pour le moins fantaisistes concernant l’hydratation et l’alimentation, le spectateur peut légitimement s’interroger sur le message que choisit de diffuser une professionnelle de la nutrition sportive.
Sa sœur Léna découvre le trail avec une cigarette électronique dans son sac
Dès les préparatifs de la course, les différences entre les deux sœurs apparaissent clairement. Alors que Nouchka connaît parfaitement les exigences de l’effort prolongé et l’importance du matériel adapté, Léna aborde sa première expérience avec une décontraction qui confine parfois à la désinvolture.
Lorsque la diététicienne s’étonne de la faible quantité d’eau emportée par sa sœur, celle-ci explique tout simplement qu’elle ne boit pas lorsqu’elle court. Une réponse déjà surprenante dans le contexte d’une épreuve sportive, mais qui n’est rien à côté de l’explication donnée quelques secondes plus tard à propos de son sac de trail.
Léna précise en effet qu’elle l’a emporté pour ranger son argent, sa carte d’identité et sa cigarette électronique. L’accessoire destiné à transporter de l’eau, de la nourriture et du matériel de sécurité devient ainsi, dans cette séquence, une sorte de sac à main sportif dans lequel le dispositif de vapotage occupe une place de choix.
Le décalage peut évidemment prêter à sourire, et les deux sœurs semblent prendre beaucoup de plaisir à se taquiner. Reste qu’en choisissant de conserver cette scène au montage, Nouchka transforme la cigarette électronique en ressort comique d’un contenu destiné à une communauté de passionnés de course à pied.
Or, la banalisation du vapotage dans un contexte sportif mérite tout de même davantage de recul, particulièrement lorsqu’elle intervient sur le compte d’une professionnelle de santé spécialisée dans la nutrition.
Les cigarettes électroniques ne sont pas des produits sans risque. Leurs aérosols peuvent contenir de la nicotine, des particules fines et différentes substances susceptibles d’avoir des effets indésirables sur la santé. Si le vapotage peut constituer une solution de réduction des risques pour certains fumeurs qui abandonnent complètement le tabac combustible, il ne présente aucun bénéfice particulier pour la pratique de la course à pied.
Les autorités sanitaires américaines, notamment les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), rappellent d’ailleurs que les cigarettes électroniques ne sont pas inoffensives et que leurs effets à long terme continuent d’être étudiés.
Nouchka a précisé dans les commentaires que sa sœur n’avait finalement pas vapoté pendant la course, étant trop occupée à éviter les chutes et les nausées. Cette précision est importante, mais elle ne règle pas entièrement la question éditoriale : pourquoi avoir choisi de faire de la cigarette électronique l’un des éléments les plus amusants et les plus commentés de cette vidéo, sans l’accompagner d’une véritable mise en perspective ?
L’eau qui fait vomir : une affirmation particulièrement problématique dans une vidéo de diététicienne
La séquence consacrée à l’hydratation est encore plus étonnante, puisqu’elle touche directement au domaine de compétence professionnelle de Nouchka Simic. Après avoir expliqué avant le départ qu’elle n’avait pas l’habitude de boire lorsqu’elle courait, Léna poursuit sur le même registre à l’arrivée, en lançant cette recommandation :
« Ne buvez pas d’eau, ça fait vomir. »
La phrase est manifestement prononcée sur le ton de la plaisanterie, mais elle reprend une idée totalement erronée dès lors qu’on la considère comme un conseil sportif. L’eau ne provoque pas systématiquement de vomissements et l’absence d’hydratation pendant l’effort ne constitue pas une stratégie recommandable de manière générale.
Pendant une activité physique prolongée, l’organisme perd de l’eau par la transpiration, avec des variations importantes selon la température, l’intensité de l’effort et les caractéristiques individuelles du coureur. Une hydratation adaptée permet de limiter les effets d’une déshydratation excessive, qui peut notamment altérer les capacités physiques et augmenter les risques liés à la chaleur.
Cela ne signifie pas qu’il faille boire sans mesure, puisque les apports excessifs en eau peuvent également entraîner des complications. Les recommandations de l’American College of Sports Medicine concernant l’hydratation pendant l’exercice soulignent précisément l’importance d’adapter les quantités consommées aux pertes hydriques et aux conditions de pratique.
Il est également vrai que boire rapidement un grand volume de liquide pendant un effort intense peut provoquer des troubles digestifs chez certaines personnes. Mais cette réalité physiologique ne justifie absolument pas d’affirmer qu’il faudrait éviter l’eau lorsqu’on court.
Ce qui surprend ici n’est donc pas tellement qu’une débutante puisse tenir des propos approximatifs, mais qu’une diététicienne du sport choisisse de les diffuser sans véritable explication. Nouchka disposait pourtant d’une excellente occasion de rappeler, avec humour et pédagogie, quelques principes simples sur la façon de s’hydrater pendant une course. Au lieu de cela, l’affirmation sert essentiellement de chute comique à la vidéo.
Les pommes de terre bio qui rendent malade : le festival des contre-vérités continue
Léna poursuit son intervention avec une autre recommandation alimentaire qui ne manque pas de surprendre, en déconseillant cette fois les pommes de terre biologiques au motif qu’elles seraient susceptibles de rendre malade.
« Et ne mangez pas de patates bio non plus, ça rend malade. »
L’explication donnée dans la vidéo est pour le moins originale : les pommes de terre biologiques seraient problématiques parce qu’elles peuvent présenter du sable à leur surface. Comme si la présence de terre sur un légume cultivé dans le sol constituait une particularité de l’agriculture biologique.
Il n’existe évidemment aucune raison de considérer qu’une pomme de terre présente un danger sanitaire du seul fait de sa certification biologique. Comme pour les autres légumes, ce sont avant tout les conditions de conservation, de nettoyage et de préparation qui déterminent les précautions à prendre.
Là encore, la plaisanterie paraît évidente, et il serait excessif de prétendre que Léna cherche réellement à délivrer des conseils de nutrition à la communauté de sa sœur. Mais l’accumulation des séquences finit par produire un effet assez particulier : dans une publication diffusée par une diététicienne, on plaisante successivement sur le vapotage, sur l’inutilité supposée de boire pendant une course et sur les dangers imaginaires des pommes de terre biologiques.
Le résultat relève davantage du sketch familial que d’un contenu sportif, ce qui serait parfaitement anodin s’il ne s’inscrivait pas dans l’univers professionnel d’une influenceuse qui communique régulièrement sur la santé et l’alimentation des coureurs.
Pourquoi une diététicienne choisit-elle de filmer et de diffuser ces séquences ?
La question n’est pas de reprocher à Léna ses habitudes personnelles, son manque d’expérience ou son humour parfois approximatif. Elle participe à son premier trail, découvre une discipline exigeante et n’a jamais prétendu devenir une référence en matière de nutrition ou de préparation physique. Sa liberté de plaisanter, de se tromper et d’aborder la course à sa manière ne fait aucun doute.
La situation est différente pour Nouchka Simic, dont la profession et la visibilité donnent une autre portée aux contenus publiés sur ses réseaux sociaux. En tant que diététicienne, elle bénéficie d’une crédibilité particulière lorsqu’elle aborde les sujets liés à l’alimentation, à l’hydratation et aux habitudes de vie des sportifs. En tant que créatrice de contenu, elle décide également des images qui seront montrées, des propos qui seront conservés et de la manière dont l’ensemble sera présenté à son public.
C’est précisément cette double responsabilité qui rend le choix éditorial discutable. Pourquoi sélectionner plusieurs passages mettant en scène des comportements contraires aux recommandations habituelles de santé sportive, sans profiter de l’occasion pour les contextualiser ? Pourquoi réserver autant de place aux plaisanteries sur la cigarette électronique et le refus de boire, alors que la vidéo aurait pu raconter exactement la même histoire familiale tout en apportant quelques informations utiles aux débutants ?
Il ne s’agit évidemment pas d’exiger qu’une diététicienne transforme chacune de ses publications personnelles en conférence scientifique. L’humour, l’autodérision et la spontanéité ont toute leur place sur les réseaux sociaux, y compris lorsqu’on exerce une profession de santé.
Mais à partir du moment où l’on choisit de faire de l’hydratation, de l’alimentation et du vapotage les sujets récurrents d’une vidéo sportive, on peut aussi s’attendre à un minimum de pédagogie.
Un simple rappel sur les dangers du vapotage ou sur l’importance d’une hydratation adaptée aurait suffi à donner une autre dimension à ces séquences, sans nécessairement leur retirer leur caractère humoristique.
Au lieu de cela, l’ensemble repose essentiellement sur les réactions provoquées par les propos de Léna, avec une tonalité volontairement provocatrice qui semble davantage pensée pour divertir que pour informer.
Une vidéo qui amuse les internautes, mais dont le message mérite d’être discuté
À en juger par les réactions publiées sous la vidéo, cette formule fonctionne très bien auprès de la communauté de Nouchka. Les commentaires sont majoritairement enthousiastes, de nombreux internautes saluant la complicité des deux sœurs, le courage de Léna et les échanges qui ponctuent leur aventure.
La cigarette électronique suscite elle aussi beaucoup d’amusement, certains abonnés ironisant sur ce nouvel usage du sac de trail tandis que d’autres demandent si Léna a finalement vapoté pendant les 14 kilomètres. Plusieurs personnes racontent également avoir croisé les deux sœurs sur le parcours, parfois sans reconnaître immédiatement l’influenceuse.
Au-delà de ces réactions humoristiques, les messages les plus touchants concernent surtout le partage d’une expérience sportive entre membres d’une même famille. Beaucoup de coureurs rappellent que les sorties réalisées avec un parent, un enfant, un frère ou une sœur comptent parmi les moments les plus précieux de leur pratique, indépendamment de la distance parcourue ou du résultat obtenu.
Cette dimension mérite évidemment d’être saluée, car terminer son premier trail peut représenter un défi considérable lorsqu’on découvre la course en nature. Mais reconnaître la réussite sportive de Léna ne signifie pas qu’il faille approuver sans réserve la manière dont cette expérience a été racontée.
La popularité d’une vidéo ne constitue pas en elle-même une garantie de pertinence, particulièrement lorsque l’humour repose sur des messages qui pourraient être mal interprétés par des pratiquants débutants.
Et si la sœur de Nouchka était finalement la plus inspirante des deux ?
C’est tout le paradoxe de cette publication. Alors que Nouchka Simic a développé sa notoriété en relevant de grands défis sportifs et en construisant plusieurs activités autour de sa pratique du trail, notamment avec sa marque de vêtements Chamois Gang, ses formations en nutrition et ses projets audiovisuels, elle choisit cette fois de consacrer une vidéo à une personne dont les ambitions sont beaucoup plus modestes.
Le 30 novembre prochain, l’influenceuse présentera son documentaire au Grand Rex, à Paris, devant un public venu découvrir une aventure de plusieurs centaines de kilomètres. Sa sœur Léna, elle, vient simplement de terminer son premier trail de 14 kilomètres, sans chercher à réaliser une performance exceptionnelle ni à impressionner qui que ce soit.
Nouchka explique d’ailleurs dans sa publication que cette expérience lui a rappelé une dimension essentielle du sport : le dépassement de soi ne se mesure pas uniquement en kilomètres, en dénivelé ou en chronomètre, mais aussi dans la capacité à se lancer dans une aventure qui semblait auparavant hors de portée.
Sur ce point, son message est pertinent et mérite d’être entendu, particulièrement dans un univers du trail où les exploits d’ultra-endurance occupent une place considérable sur les réseaux sociaux.
La difficulté vient plutôt de la manière dont ce message est mis en scène. À force de rechercher les séquences amusantes, les petites provocations et les réactions des abonnés, la vidéo finit par accorder une importance disproportionnée à des comportements qui auraient mérité davantage de recul.
Une professionnelle de la nutrition sportive disposait pourtant d’une belle occasion de montrer qu’une débutante peut découvrir le trail, surmonter ses difficultés et prendre du plaisir tout en apprenant quelques réflexes utiles pour sa santé.
Elle a préféré retenir, parmi les moments marquants de cette première expérience, une cigarette électronique transportée dans un sac de trail, des plaisanteries sur l’eau qui ferait vomir et des affirmations sans fondement concernant les pommes de terre biologiques.
On peut apprécier l’autodérision et la complicité familiale tout en regrettant qu’une diététicienne aussi visible laisse passer une occasion aussi simple de faire de la prévention. Car lorsqu’on s’adresse à une communauté de coureurs, dont certains débutent et cherchent justement des repères, le contenu diffusé ne se résume pas toujours à une plaisanterie entre proches.
Et c’est peut-être là toute la différence entre une histoire familiale sympathique et un contenu réellement inspirant : la première fait rire quelques minutes, tandis que le second peut aussi transmettre quelque chose d’utile à ceux qui le regardent.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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