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🎧 Kilian Jornet, 38 ans, figure majeure du trail mondial et multiple vainqueur de l’UTMB, critique la place prise par les chronomètres et les statistiques dans la course en montagne.
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Le champion catalan s’est exprimé dans la préface du livre Correr per sentir-se viu (« Courir pour se sentir vivant »), écrit par le traileur espagnol Abel Carretero et paru le jeudi 22 octobre 2026. Dans ce texte relayé par le quotidien espagnol Mundo Deportivo, Jornet défend une pratique du trail davantage tournée vers les émotions, la liberté et la connaissance de soi.
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Kilian Jornet estime que le trail est devenu prisonnier des chiffres
C’est probablement le passage le plus marquant de sa préface.
Kilian Jornet décrit un sport qui lui semble aujourd’hui dominé par les chiffres, les statistiques de performance et ce qu’il appelle la « dictature du chronomètre ».
Le constat est intéressant venant d’un athlète dont la carrière s’est construite autour de performances exceptionnelles.
Vainqueur de certaines des courses de montagne les plus prestigieuses, auteur de records sur des sommets emblématiques et habitué aux défis d’endurance extrêmes, Jornet a lui-même contribué à faire du trail une discipline où les performances sont scrutées et comparées.
Mais il considère désormais que cette dimension quantitative peut finir par masquer l’essentiel.
Dans sa préface, il salue justement la capacité d’Abel Carretero à raconter la course autrement, loin des graphiques et des résultats.
Pour Jornet, le trail ne peut pas être réduit à une accumulation de kilomètres, de dénivelé positif et de temps de passage.
Derrière chaque dossard, il y a autre chose qu’une performance
Le deuxième argument développé par Kilian Jornet concerne la dimension humaine de la course à pied.
Le Catalan insiste sur le fait qu’un coureur ne se résume jamais à ses résultats.
Il évoque la discipline nécessaire pour progresser, mais aussi la vulnérabilité, les périodes de doute et les difficultés auxquelles les sportifs peuvent être confrontés.
Il s’intéresse notamment à la capacité des athlètes à modifier leurs objectifs lorsque les circonstances les y obligent.
Cette réflexion prend une résonance particulière dans une discipline où la réussite est souvent associée à la capacité de repousser toujours plus loin ses limites.
Une blessure, une contre-performance ou un abandon peuvent pourtant obliger un sportif à reconsidérer ses priorités.
Pour Jornet, ces expériences font également partie de la construction d’un coureur.
Le champion souligne ainsi que derrière les performances et les classements se trouve une recherche plus personnelle, qui dépasse largement le cadre de la compétition.
Kilian Jornet défend un trail où l’on apprend à écouter son corps
Dans sa préface, Kilian Jornet insiste également sur l’importance des sensations.
Il décrit la course en montagne comme une expérience qui permet d’apprendre à écouter son corps, à reconnaître ses limites et à développer sa confiance.
Cette approche contraste avec une pratique dans laquelle les données numériques occupent une place toujours plus importante.
Montres GPS, capteurs de fréquence cardiaque, indices de performance, charges d’entraînement : les coureurs disposent aujourd’hui d’une quantité considérable d’informations pour analyser leurs efforts.
Ces outils peuvent être précieux pour s’entraîner, progresser et limiter certaines erreurs.
Mais ils ne remplacent pas les sensations.
Savoir reconnaître la fatigue, comprendre les signaux envoyés par son organisme ou accepter de ralentir lorsque les conditions l’exigent reste essentiel, particulièrement en montagne.
Jornet valorise cette relation directe entre le coureur, son corps et son environnement.
Une façon de rappeler que l’expérience du trail ne se vit pas uniquement sur l’écran d’une montre.
La liberté et le bonheur comptent davantage que les classements
Le quatrième argument de Kilian Jornet concerne le sens même de la pratique sportive.
Dans son texte, il explique que le trail peut devenir un chemin vers une forme de liberté.
Il évoque notamment les sensations éprouvées pendant les longues heures passées en montagne, le silence de la nuit et les moments où le coureur se retrouve seul face à lui-même.
Ce sont ces expériences qui donnent, selon lui, une profondeur particulière à la course.
À travers le livre d’Abel Carretero, Jornet met en avant une conception du sport dans laquelle l’ambition et la recherche de performance ne constituent pas nécessairement une finalité.
La progression personnelle, la découverte et le bonheur peuvent compter tout autant.
Il termine d’ailleurs sa préface en expliquant que la ligne d’arrivée la plus importante n’est pas forcément celle qui est matérialisée au sol à la fin d’une compétition.
La véritable réussite peut aussi être intérieure.
Un discours qui invite les pratiquants à s’interroger sur leurs propres motivations : courent-ils pour améliorer leurs résultats, pour obtenir une reconnaissance ou simplement parce qu’ils aiment être dehors ?
Kilian Jornet rappelle que la course en montagne ne se résume pas aux kilomètres parcourus
Enfin, le Catalan insiste sur la difficulté de traduire en mots ce que les coureurs ressentent en montagne.
Il décrit ces moments pendant lesquels les paysages, la fatigue et les émotions rendent presque impossible toute explication.
C’est précisément cette capacité à raconter l’expérience intérieure du coureur qu’il apprécie chez Abel Carretero.
Le traileur espagnol, également philologue, a choisi de consacrer son livre à ce que la course lui apporte sur le plan personnel.
Pour Jornet, cette démarche offre une autre lecture du trail, loin des statistiques habituelles.
Elle rappelle que deux athlètes peuvent parcourir exactement le même itinéraire, dans des temps très différents, et en retirer des expériences tout aussi importantes.
La valeur d’une sortie ne dépend donc pas exclusivement de sa distance, de son dénivelé ou de sa vitesse.
En résumé, Kilian Jornet a raison, mais c’est aussi plus facile à dire quand on a déjà tout gagné
Le discours de Kilian Jornet mérite d’être entendu. La course en montagne ne se résume évidemment pas à des chronomètres, et la recherche permanente de performance peut parfois faire oublier le plaisir de courir.
Mais cette prise de recul appelle aussi une remarque.
Il est peut-être plus facile de relativiser l’importance des résultats lorsqu’on a déjà construit l’un des plus grands palmarès de l’histoire du trail.
Kilian Jornet a remporté les courses les plus prestigieuses, établi des records et bénéficié pendant des années de la reconnaissance sportive qui accompagne ces exploits.
Aujourd’hui, à 38 ans, alors qu’il a connu des problèmes physiques et vient de subir une opération du genou, son rapport à la compétition évolue nécessairement.
Son discours rejoint, dans une certaine mesure, celui de Mathieu Blanchard, lui aussi confronté à des blessures et amené à réfléchir à son rapport à la performance.
Cette évolution peut être parfaitement sincère. Elle n’en soulève pas moins une question : ces champions tiendraient-ils exactement le même discours à 25 ans, lorsqu’ils cherchaient encore à remporter leurs premières grandes victoires ?
On peut défendre la liberté, les émotions et le bonheur de courir tout en reconnaissant que les chronomètres, les classements et l’ambition ont largement contribué à construire leur carrière.
Le message de Kilian Jornet est donc intéressant, mais il arrive aussi à un moment où son heure de gloire sportive est, pour l’essentiel, déjà derrière lui.
Et c’est peut-être là tout le paradoxe : il faut parfois avoir passé sa vie à courir après les records pour pouvoir expliquer que les records ne sont pas le plus important.
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