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đ§ Gels dosĂ©s au gramme prĂšs, boissons chargĂ©es en Ă©lectrolytes, poudres de rĂ©cupĂ©ration, protĂ©ines chronomĂ©trĂ©es, complĂ©ments, fenĂȘtres alimentaires : la nutrition en trail est devenue de plus en plus technique.
Kilian Jornet vient pourtant dĂ©fendre une approche beaucoup plus simple. Pour lui, les coureurs consacrent parfois une Ă©nergie Ă©norme Ă optimiser les derniers dĂ©tails alors que lâessentiel se joue ailleurs, dans lâalimentation quotidienne, lâhydratation et la rĂ©gularitĂ©.
Sa formule rĂ©sume parfaitement son propos. Kilian Jornet estime que beaucoup de sportifs consacrent « 99 % de leurs efforts » Ă rechercher « 1 % des rĂ©sultats », en se focalisant sur le timing des nutriments, les supplĂ©ments ou des protocoles alimentaires trĂšs rigides, alors que les fondations de la nutrition reprĂ©sentent selon lui lâessentiel du rĂ©sultat. Texte collĂ©
Le message est intĂ©ressant parce quâil arrive au moment oĂč le trail se passionne justement pour ces gains marginaux. Les plans nutritionnels se prĂ©cisent, les produits se spĂ©cialisent et les stratĂ©gies deviennent parfois presque aussi complexes que les plans dâentraĂźnement.
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Avant les gels et les poudres, Kilian Jornet revient aux fondamentaux
Kilian Jornet ne dit pas que les gels, boissons Ă©nergĂ©tiques ou poudres sont inutiles. Il dit surtout quâils arrivent aprĂšs le reste.
Dans sa logique, une stratĂ©gie nutritionnelle commence par des choses beaucoup plus simples : manger suffisamment, couvrir ses besoins en protĂ©ines, glucides et lipides, consommer des aliments variĂ©s, boire correctement et construire une alimentation que lâon peut tenir sur la durĂ©e.
Ce qui vient ensuite relĂšve de lâoptimisation. Le timing parfait dâune prise de protĂ©ines, la concentration idĂ©ale en sodium ou le complĂ©ment parfaitement choisi peuvent apporter quelque chose, mais seulement lorsque la base est dĂ©jĂ solide.
Autrement dit, Kilian Jornet inverse la logique que beaucoup de pratiquants finissent par adopter : on commence parfois par chercher le meilleur gel avant de se demander si lâalimentation du quotidien est rĂ©ellement adaptĂ©e Ă la charge dâentraĂźnement.
Il refuse de faire du timing nutritionnel une obsession
Câest particuliĂšrement visible sur la question des protĂ©ines.
Kilian Jornet situe les besoins gĂ©nĂ©raux autour de 1,2 Ă 2 grammes de protĂ©ines par kilogramme de poids corporel, mais il insiste surtout sur la quantitĂ© totale consommĂ©e au cours de la journĂ©e. Selon lui, le moment exact oĂč cette protĂ©ine est prise compte moins que le fait de couvrir correctement ses besoins quotidiens. Texte collĂ©
Cela va Ă contre-courant dâune nutrition sportive qui a longtemps insistĂ© sur la fameuse fenĂȘtre post-entraĂźnement, avec lâidĂ©e quâil faudrait absolument boire un shaker ou manger dans les minutes qui suivent la sĂ©ance.
Kilian Jornet ne supprime pas cette possibilitĂ©. Il remet simplement la chronologie Ă sa place : lâapport total compte dâabord, le timing vient ensuite.
MĂȘme aprĂšs lâentraĂźnement, il commence par quelque chose de beaucoup plus basique
AprÚs une séance, Kilian Jornet place la réhydratation en premiÚre ligne.
Il recommande notamment de se peser avant et aprĂšs lâeffort pour estimer la quantitĂ© de liquide perdue et Ă©voque une rĂ©hydratation dâenviron 125 % du poids de liquide perdu afin de compenser les pertes qui se poursuivent ensuite. Texte collĂ©
LĂ encore, son discours tranche avec les rĂ©flexes trĂšs codifiĂ©s de la nutrition sportive moderne. LĂ oĂč certains pensent immĂ©diatement rĂ©cupĂ©ration glucidique, protĂ©ines, shaker ou boisson spĂ©cifique, Kilian Jornet commence par lâeau et par la restauration de lâĂ©quilibre hydrique.
Ce nâest pas spectaculaire, mais câest prĂ©cisĂ©ment le cĆur de son message : les bases avant les outils.
Les électrolytes ne sont pas, selon lui, une obligation permanente
MĂȘme logique avec les Ă©lectrolytes.
Le sodium, le potassium et le magnĂ©sium ont pris une place considĂ©rable dans lâunivers de lâendurance, au point que beaucoup de coureurs les consomment presque systĂ©matiquement dĂšs quâils partent courir.
Kilian Jornet adopte une approche beaucoup plus ciblĂ©e. Il rappelle que lâalimentation quotidienne apporte dĂ©jĂ des Ă©lectrolytes et considĂšre quâun apport supplĂ©mentaire devient surtout pertinent dans certaines situations prĂ©cises, notamment chez les sportifs qui perdent beaucoup de sel en transpirant ou sur des efforts longs, en particulier au-delĂ de quatre heures lorsque le volume de boisson devient important. Texte collĂ©
Son message nâest donc pas « les Ă©lectrolytes ne servent Ă rien », mais plutĂŽt : tout le monde nâen a pas besoin tout le temps.
Câest une nuance importante, car elle remet en cause une consommation devenue parfois automatique.
Les compléments doivent rester des compléments
Kilian Jornet applique exactement le mĂȘme raisonnement aux vitamines, minĂ©raux et autres supplĂ©ments.
Face Ă une carence, il recommande dâabord de revoir lâalimentation, la variĂ©tĂ© des aliments consommĂ©s et leur densitĂ© nutritionnelle. La supplĂ©mentation nâintervient quâensuite, lorsquâun besoin prĂ©cis reste difficile Ă couvrir par lâalimentation seule. Texte collĂ©
LĂ encore, il refuse dâinverser lâordre des prioritĂ©s.
Un complĂ©ment alimentaire peut ĂȘtre utile. Il ne doit simplement pas devenir une maniĂšre de compenser une alimentation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e ou une stratĂ©gie quotidienne mal construite.
En résumé, pour Kilian Jornet, la nutrition du trail est devenue inutilement compliquée
Le débat posé par Kilian Jornet dépasse finalement son propre régime alimentaire.
Le trail moderne sâest fortement professionnalisĂ© et une partie de cette professionnalisation est arrivĂ©e chez les amateurs. On parle dĂ©sormais de 90 ou 120 grammes de glucides par heure, de concentrations de sodium, de sweat tests, de boissons spĂ©cialisĂ©es, de poudres de rĂ©cupĂ©ration et de stratĂ©gies alimentaires ajustĂ©es Ă chaque sĂ©ance.
Ces outils ont leur intĂ©rĂȘt, surtout sur les longues distances et chez les coureurs expĂ©rimentĂ©s qui savent dĂ©jĂ prĂ©cisĂ©ment ce quâils cherchent Ă optimiser.
Mais le message de Kilian Jornet est quâils restent des outils de deuxiĂšme niveau.
Avant eux viennent lâapport Ă©nergĂ©tique suffisant, la qualitĂ© globale de lâalimentation, lâhydratation, la diversitĂ© des aliments et la rĂ©gularitĂ© sur le long terme.
Câest lĂ que son discours prend rĂ©ellement le contre-pied de la tendance actuelle : au moment oĂč la nutrition sportive devient toujours plus sophistiquĂ©e, lâun des meilleurs trailers du monde rappelle que lâessentiel reste Ă©tonnamment simple.
Et que, parfois, le meilleur progrĂšs nutritionnel ne consiste pas Ă acheter une nouvelle poudre, mais Ă commencer par mieux manger tous les jours.
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