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đ§ Compte rendu TDS 2026 : entre dĂ©luge, nuit noire et rĂ©demption Ă Chamonix
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Créée en 2009, la TDS (pour Trace des Ducs de Savoie) est rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre la course la plus sauvage et technique de la semaine de l’UTMB. Avec ses 150 km et 9 300 mĂštres de dĂ©nivelĂ© positif, elle fait figure de monstre alpin. Si je prenais le dĂ©part cette annĂ©e, c’Ă©tait surtout pour replonger dans l’atmosphĂšre des Ă©preuves UTMB et retrouver cette Ă©motion indescriptible d’une arrivĂ©e Ă Chamonix, portĂ©e par la foule.
Le calme avant l’orage
Tout commence le lundi 23 aoĂ»t. DĂ©part Ă 19h dans le bus direction l’Italie. L’attente dans le gymnase de Courmayeur est interminable : l’air y est lourd, la tension palpable, et les coureurs tentent tant bien que mal de grappiller quelques minutes de sommeil sur le sol, sans jamais vraiment y parvenir.
Ă 23h50, le dĂ©part est enfin donnĂ©. Alors qu’une chaleur Ă©touffante rĂšgne sur la ligne de dĂ©part, l’organisation nous met en garde juste avant de nous lancer : un dĂ©luge est annoncĂ© dĂšs la premiĂšre ascension.
Nuit 1 â La mise en jambe sous le dĂ©luge
La promesse ne tarde pas Ă arriver. L’orage Ă©clate avec violence et une pluie battante transforme rapidement le sentier en une immense pataugeoire. Le terrain devient glissant, boueux, dangereux. Autour de moi, les chutes se multiplient et chaque appui demande une vigilance qui est Ă©puisante. TrĂšs vite, le vent s’invite Ă la fĂȘte et le froid devient saisissant. Ma veste impermĂ©able dĂ©clare forfait, et je finis totalement trempĂ©e jusqu’aux os.
Mais le jour finit par se lever. Je suis bien fatiguĂ©e par cette premiĂšre nuit Ă©prouvante, mais le retour du soleil relance complĂštement la machine : c’est une autre course qui commence dans la course !
Jour 1 â La course commence vraiment
Ceux qui ont dĂ©jĂ couru la TDS ont tendance Ă dire que la course commence ici, au km 50. Avant, câest un Ă©chauffement, une mise en jambe, car il nây a aucune difficultĂ© technique hormis quand la mĂ©tĂ©o fait des siennes.
Je quitte donc Bourg-Saint-Maurice en sachant exactement ce qui mâattend : une montĂ©e sĂšche de 1 600 mĂštres de D+ pour rejoindre le redoutable Passeur de Pralognan. Je me cale sur un petit rythme rĂ©gulier, et les sensations sont plutĂŽt bonnes.
L’organisation sur le parcours est irrĂ©prochable. Les ravitaillements sont bien fournis, chacun proposant sa spĂ©cificitĂ© avec d’excellents produits locaux (charcuterie italienne par ci, beaufort par lĂ , tomme de brebis de la ferme dâĂ cĂŽtĂ© pour un autreâŠ). MĂȘme le coca est local cette annĂ©e !
Autre point marquant, l’accent est mis sur la protection des sentiers. DĂšs que le chemin a tendance Ă se diviser, de la rubalise est posĂ©e pour Ă©viter de crĂ©er de nouvelles traces ou d’Ă©largir inutilement les passages existants. Un Ă©norme travail a Ă©tĂ© effectuĂ© par les bĂ©nĂ©voles et je suis assez admirative.
La journĂ©e se dĂ©roule ainsi sans accroc jusqu’Ă Beaufort. Je sens bien que la premiĂšre nuit a laissĂ© des traces dans l’organisme, mais je connais certaines portions du parcours Ă venir et je me sens en confiance. Je double pas mal de coureurs, je sens que je ne suis pas la seule Ă avoir laissĂ© beaucoup dâĂ©nergie dans le dĂ©but de course. Ă Beaufort au km 95, je prends le temps nĂ©cessaire. Je me change, je soigne mes pieds, et je mange un vrai repas chaud avec du bouillon et des pĂątes avant de repartir dans la nuit pour attaquer le dernier tiers de l’aventure.
Nuit 2 – Colin-maillard dans le Beaufortain
Ă cet instant de la course, lâĂ©norme flot des coureurs du dĂ©part sâest largement Ă©crĂ©mĂ©. Je me retrouve seule avec moi-mĂȘme dans le noir, m’efforçant de garder une allure Ă peu prĂšs correcte dans la pente. Je sais pertinemment que cette deuxiĂšme nuit est dĂ©cisive et qu’elle concentre un nombre massif d’abandons. La fatigue est bien prĂ©sente, mais je me fixe un objectif clair : tenir jusqu’au ravitaillement du Signal, 15 km plus loin, pour y dormir.
La montĂ©e est un vrai calvaire mental. Sur les bords du chemin, plusieurs coureurs dorment dĂ©jĂ Ă mĂȘme le sol, Ă©puisĂ©s avant mĂȘme d’avoir pu atteindre le point de contrĂŽle.
Et comme si le terrain et la fatigue ne suffisaient pas, mon matĂ©riel dĂ©cide de me lĂącher, ma frontale tombe en panne. Impossible d’activer la pleine puissance, je me retrouve contrainte de continuer avec le simple mode veilleuse. Ne voyant quasi rien, ma course se transforme en une partie de colin-maillard gĂ©ant oĂč chaque pas consiste Ă essayer de deviner oĂč poser le pied. Le coup au moral est terrible. UsĂ©e, et rĂȘvant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de dormir, je n’avance plus. Je croise quelques coureurs qui me dĂ©passent, eux aussi au bout du rouleau.
Je finis par atteindre le ravitaillement du Signal sans trop savoir par quel miracle j’ai rĂ©ussi Ă parcourir ces derniers kilomĂštres. Sur place, les bĂ©nĂ©voles sont formidables et me reboostent le moral. AprĂšs une bonne sieste, je dĂ©cide de repartir immĂ©diatement sans trop rĂ©flĂ©chir, car la tentation de poser le dossard est immense. Il reste 36 km : c’est Ă la fois Ă©norme et si peu…
La délivrance vers Chamonix
Comme souvent en ultra, dĂšs que le jour se lĂšve, le dĂ©cor change. AprĂšs avoir Ă©tĂ© au plus bas quelques heures plus tĂŽt, je me sens contre toute attente en plutĂŽt bonne forme et le moral revient. La vue devient grandiose en montant vers le col de Tricot puis en enchaĂźnant vers Bellevue, avec le Mont-Blanc en toile de fond pour nous encourager. Dans le peloton, nous sommes tous bien entamĂ©s, mais l’excitation de sentir la ligne d’arrivĂ©e se rapprocher prend le dessus.
Sur la portion finale depuis les Houches, j’ai mal absolument partout, mais je me force Ă courir. L’ivresse de l’approche de Chamonix fait totalement oublier la douleur.
Je franchis enfin cette ligne d’arrivĂ©e aprĂšs ĂȘtre passĂ©e par tous les Ă©tats Ă©motionnels imaginables. C’est ça, la magie et la rĂ©alitĂ© de l’ultra-trail : aller au bout de soi-mĂȘme, et rĂ©ussir Ă puiser dans des ressources qu’on ne soupçonnait mĂȘme pas au moment oĂč l’on croyait tout perdu. AprĂšs lâarrivĂ©e, tous ces instants difficiles sont dĂ©jĂ presque oubliĂ©s pour ne retenir que les meilleurs moments.
Cette TDS 2026 aura Ă©tĂ© une traversĂ©e extrĂȘme, avec 44% dâabandons. Lâaventure a pris tout son sens entre la tempĂȘte de la premiĂšre nuit, une panne dâĂ©clairage la deuxiĂšme, la boue des cols italiens, la beautĂ© du dĂ©cor, la solitude parfois, la fatigue, puis lâexcitation dâarriver Ă Chamonix
La frontiĂšre entre lâabandon et la dĂ©livrance sâest jouĂ©e au mental, mais au-delĂ de lâĂ©puisement, le corps et lâesprit peuvent (presque) toujours trouver la force dâaller au bout.
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