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Kilian Jornet a renoncé à Sierre-Zinal afin de ne pas compromettre sa présence sur l’UTMB.
Pourtant, à moins d’un mois du départ de Chamonix, le Catalan vient d’enchaîner une sortie qui ressemble davantage à une journée d’ultra qu’à une séance de reprise : 38 kilomètres et 5 000 mètres de dénivelé positif dans les montagnes norvégiennes.
La contradiction n’est qu’apparente. Kilian Jornet n’a pas arrêté de s’entraîner, mais il semble avoir choisi un terrain et une intensité qu’il peut davantage contrôler, contrairement à une compétition aussi rapide et exigeante que Sierre-Zinal.
Kilian Jornet vient de faire une sortie qui représente la moitié du dénivelé de l’UTMB
Sur le papier, les chiffres donnent le vertige. En seulement 38 kilomètres, Kilian Jornet a accumulé 5 000 mètres de dénivelé positif, soit environ la moitié de ce qui attend les coureurs sur l’UTMB.
La comparaison doit évidemment être maniée avec prudence. Cette sortie ne représente ni la distance, ni la durée, ni l’enchaînement des montées et des descentes d’un tour complet du Mont-Blanc. Elle montre néanmoins que le Catalan est déjà capable d’absorber un volume vertical considérable malgré les problèmes physiques qui ont perturbé sa saison.
Pour la plupart des traileurs, une telle journée constituerait un objectif à part entière. Pour Kilian Jornet, elle s’intègre dans une préparation menée à moins de quatre semaines de l’un des ultras les plus exigeants au monde.
Le forfait de Kilian Jornet à Sierre-Zinal pouvait laisser penser qu’il avait besoin d’une période de repos presque complet.
Sa dernière sortie montre que sa stratégie est plus subtile.
Sierre-Zinal n’est pas seulement une course de 31 kilomètres et 2 200 mètres de dénivelé positif. C’est une épreuve disputée à très haute intensité, avec des portions rapides sur lesquelles il faut allonger la foulée, relancer et supporter des impacts importants. Or ce sont précisément ces contraintes qui peuvent devenir problématiques lorsqu’un genou est fragilisé.
Une sortie personnelle en terrain très montagneux lui permet au contraire d’adapter son allure, de marcher dans les pentes les plus raides et de garder le contrôle sur son effort. Le volume reste exceptionnel, mais la sollicitation mécanique peut être différente de celle imposée par une course menée au maximum face aux meilleurs spécialistes mondiaux.
Son genou reste pourtant le grand point d’interrogation
Les problèmes de Kilian Jornet ne sont pas apparus après un simple faux mouvement. Depuis Zegama, les informations publiées autour de son état physique ont fait état d’une atteinte du ménisque latéral gauche, de problèmes cartilagineux et d’un œdème osseux.
Il avait malgré tout choisi de prendre le départ de la Western States, avant d’abandonner après une soixantaine de kilomètres lorsque son genou s’était progressivement raidi et que son énergie avait chuté.
Son renoncement à Sierre-Zinal s’inscrit donc dans une saison déjà largement perturbée. Même s’il peut encore accumuler beaucoup de dénivelé, cela ne signifie pas que la blessure a disparu ni qu’il pourra supporter sans difficulté 170 kilomètres de course.
Cette séance apporte une réponse sur sa capacité à grimper longtemps. Elle ne répond pas encore à la question de sa résistance après dix, quinze ou vingt heures d’effort, lorsque les descentes, la fatigue et les chocs répétés commencent à peser.
Une séance rassurante, mais pas encore une garantie
Voir Kilian Jornet avaler 5 000 mètres de dénivelé positif constitue forcément un signal encourageant. Un athlète incapable de s’appuyer sur sa jambe ou de tolérer plusieurs heures en montagne ne pourrait pas réaliser une telle sortie.
Mais il serait prématuré d’en déduire qu’il est totalement rétabli. Depuis le début de la saison, son problème n’est pas seulement de réussir une séance spectaculaire. Il doit parvenir à répéter les efforts, à absorber les descentes et surtout à empêcher son genou de se bloquer lorsque la durée et l’intensité augmentent.
Kilian Jornet a donc renoncé à Sierre-Zinal pour se ménager, mais sa définition du mot « repos » reste très éloignée de celle du commun des traileurs. À moins d’un mois de l’UTMB, il vient d’accumuler la moitié du dénivelé de la course en seulement 38 kilomètres.
La montagne norvégienne laisse penser que le moteur fonctionne toujours. Reste à savoir si la mécanique tiendra jusqu’à Chamonix, puis pendant toute une nuit autour du Mont-Blanc.
À 38 ans, Kilian Jornet doit désormais choisir ses risques
Kilian Jornet n’est évidemment pas devenu un coureur ordinaire. Ses capacités en montagne restent hors norme, comme le confirme cette sortie norvégienne. Mais son corps porte aussi les traces de près de vingt années passées au plus haut niveau, entre trail, ski-alpinisme, ultra-endurance et projets engagés en altitude.
À 38 ans, la question n’est donc pas de savoir s’il est encore capable de produire des entraînements impressionnants. La réponse est clairement oui. Le véritable enjeu consiste à déterminer combien de fois il peut encore imposer ce niveau de contrainte à un genou déjà abîmé sans provoquer une nouvelle dégradation.
Son forfait à Sierre-Zinal montre qu’il ne veut plus multiplier les risques inutilement. La course suisse occupe pourtant une place immense dans sa carrière : il l’a remportée dix fois et y détient le record en 2 h 25 min 34 s. Renoncer à un tel rendez-vous n’est donc pas anodin.
Kilian Jornet ne se prépare plus pour enchaîner plusieurs courses durant l’été. Il concentre ses efforts sur l’UTMB.
En supprimant Sierre-Zinal de son calendrier, il s’épargne une compétition courte mais extrêmement intense, disputée seulement trois semaines avant Chamonix. Dans le même temps, il poursuit en Norvège un travail très spécifique fondé sur l’endurance, le dénivelé et les longues heures passées en montagne.
Cette stratégie peut lui permettre d’arriver plus frais sur la ligne de départ. Elle comporte néanmoins une part d’incertitude, car l’UTMB ne pardonne aucune fragilité. Le parcours impose près de 10 000 mètres de dénivelé positif, de longues descentes et une accumulation d’impacts qu’aucune sortie isolée ne peut totalement reproduire.
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