La caractéristique d’un grand champion, c’est de se remettre en question
Il faisait partie des hommes les plus attendus du printemps. Après son immense progression en 2025, ses victoires marquantes, sa deuxième place sur l’UTMB et son changement de statut dans le trail mondial, Ben Dhiman arrivait à la Transvulcania 2026 avec une pression nouvelle. Désormais, il n’était plus seulement un outsider talentueux ou un athlète en pleine ascension. Beaucoup le voyaient déjà comme un futur vainqueur d’UTMB, capable de faire basculer la hiérarchie mondiale dans les années à venir.
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Ben Dhiman finit cinquième de la Transvulcania et avoue son « échec »
Sa 5e place sur l’île de La Palma aurait donc pu donner lieu à une communication très classique : un discours rassurant, quelques circonstances atténuantes, ou cette manière qu’ont parfois les sportifs de haut niveau de protéger leur image après une course moins réussie qu’espéré.
Mais Ben Dhiman a choisi exactement l’inverse.
Dans un texte publié sur son Substack puis relayé sur Instagram, le traileur américain livre une analyse étonnamment lucide de sa course. Il ne cherche ni à dramatiser sa performance ni à l’embellir artificiellement. Il raconte simplement ce qu’il a ressenti, ce qu’il a compris, et surtout ce qui lui a manqué pour rivaliser avec les meilleurs sur cette édition historique de la Transvulcania.
Et c’est probablement là que beaucoup ont pris une claque.
Ben Dhiman refuse les excuses faciles
Dans le trail moderne, la communication des athlètes est devenue extrêmement maîtrisée. Les réseaux sociaux poussent souvent à préserver une image positive, parfois même quand les résultats ne suivent pas totalement. Les abandons deviennent des “apprentissages”, les défaillances se transforment en problèmes de matériel, de chaleur, d’alimentation ou de fatigue accumulée.
Ben Dhiman, lui, ne prend jamais cette direction dans son texte.
Il explique qu’il a bien couru, qu’il a respecté son plan de course et qu’il s’est longtemps senti capable de rester dans le match pour les premières places. Il raconte même avoir eu de très bonnes sensations dans les portions roulantes et descendantes du parcours. Mais progressivement, sur les longues crêtes volcaniques situées à plus de 2000 mètres d’altitude, il comprend que les meilleurs disposent d’un niveau supérieur dans les sections les plus explosives de la course.
Ce qui frappe surtout, c’est sa capacité à identifier précisément ce qui lui a manqué. Il parle d’un déficit de travail spécifique en montée raide, d’un manque d’efforts courts et dynamiques, et d’une préparation finalement davantage tournée vers l’UTMB que vers une course nerveuse et agressive comme la Transvulcania.
Autrement dit, il ne cherche jamais à expliquer que la course était injuste ou que les conditions ne lui convenaient pas.
Il reconnaît simplement que les autres étaient meilleurs ce jour-là.
Dans le sport de haut niveau actuel, cette honnêteté devient presque rare.
La phrase la plus forte de son texte n’est peut-être pas celle qu’on croit
Le passage le plus marquant de son récit n’est probablement pas celui où il décrit la violence de la descente finale vers l’océan ni celui où il raconte le moment où il perd définitivement le contact avec les leaders sur les crêtes de La Palma.
La phrase importante est beaucoup plus simple :
“Le sport évolue.”
En quelques mots, Ben Dhiman reconnaît quelque chose que beaucoup d’athlètes refusent parfois d’admettre : le niveau mondial du trail continue de monter extrêmement vite.
Pendant longtemps, certaines références paraissaient presque intouchables sur des courses comme la Transvulcania ou l’UTMB. Aujourd’hui, les chronos explosent régulièrement, les descentes se courent à des vitesses autrefois inimaginables et les meilleurs athlètes sont capables d’enchaîner puissance, vitesse et endurance avec une densité impressionnante.
Son texte est intéressant parce qu’il montre qu’il ne se considère déjà plus comme un athlète “arrivé”. Malgré sa saison 2025 exceptionnelle, malgré sa notoriété grandissante et malgré les projections qui le placent parmi les favoris naturels de l’UTMB 2026, il continue de se voir comme un coureur en construction, encore capable d’apprendre et d’évoluer.
Et c’est probablement cette lucidité qui impressionne autant.
Peu de champions acceptent vraiment de parler de leurs failles
Ben Dhiman explique également quelque chose de très humain dans son texte : son ego a pris un coup.
Ce passage mérite d’être souligné parce qu’il rappelle une réalité souvent oubliée du très haut niveau. Les grands champions ne sont pas des machines capables d’encaisser les résultats sans émotion. Ils doutent, ils sont frustrés, ils se vexent parfois, et cette frustration devient souvent une partie essentielle de leur progression.
Là encore, ce qui distingue son discours, c’est qu’il ne transforme jamais cette déception en agressivité ou en excuse permanente. Au contraire, il semble déjà utiliser cette frustration comme une source de motivation supplémentaire.
On sent dans son analyse une volonté presque obsessionnelle de comprendre ce qui sépare encore un excellent coureur d’un vainqueur capable de dominer les plus grandes courses mondiales.
Et c’est probablement ce qui le rend particulièrement dangereux pour la suite.
Cette prise de parole change aussi la lecture de l’UTMB 2026
Depuis plusieurs semaines, Ben Dhiman monte très fort dans toutes les projections autour de l’UTMB 2026. Son profil intrigue parce qu’il combine désormais expérience, vitesse, endurance et capacité à performer sur des formats extrêmement exigeants.
Sa 5e place à la Transvulcania aurait donc pu refroidir certaines attentes.
Mais paradoxalement, cette prise de parole produit presque l’effet inverse.
Parce qu’on sent qu’il a déjà identifié précisément les secteurs dans lesquels il doit progresser. Parce qu’il refuse de se raconter des histoires. Et surtout parce qu’il semble avoir parfaitement compris ce qu’est devenu le très haut niveau en ultra-trail moderne.
Aujourd’hui, gagner un UTMB ne repose plus uniquement sur le talent ou sur la résistance mentale. Les écarts se jouent aussi sur la précision de la préparation, sur la capacité à développer des qualités extrêmement spécifiques et sur la faculté à s’adapter à des courses de plus en plus rapides.
Chaque faiblesse finit désormais par apparaître à un moment ou à un autre.
Traduction des principaux propos de Ben Dhiman en français
Dans son compte rendu de course, Ben Dhiman explique notamment :
- qu’il pensait qu’un chrono autour de 7 heures pourrait suffire pour gagner, ce qui montre à quel point le niveau a explosé ;
- qu’il a réalisé en analysant sa préparation qu’il avait surtout effectué un bloc d’entraînement “type UTMB”, mais pas assez spécifique à la Transvulcania ;
- qu’il lui manquait du travail en montée raide et des efforts plus explosifs ;
- qu’il considère malgré tout sa performance comme “solide” pour un coureur orienté UTMB ;
- mais aussi que tout ne va pas bien puisqu’il n’a pas atteint l’objectif majeur qu’il s’était fixé cette année ;
- enfin, qu’il compte utiliser cette déception comme carburant pour revenir plus fort.
Source anglaise
Au fond, c’est peut-être ça, un grand champion
Le trail adore raconter les victoires, les records et les images spectaculaires. Pourtant, certaines défaites disent parfois davantage sur un athlète qu’une ligne de palmarès.
Ben Dhiman aurait pu minimiser cette Transvulcania. Il aurait pu expliquer qu’il préparait autre chose, qu’il n’était pas dans son pic de forme ou que cette course ne correspondait pas totalement à ses qualités.
Au lieu de cela, il a choisi l’introspection, l’analyse et la remise en question.
Et dans un sport où beaucoup cherchent avant tout à protéger leur image publique, cette attitude mérite probablement autant de respect qu’un podium.
À plusieurs mois de l’UTMB 2026, une chose semble déjà certaine : Ben Dhiman n’a probablement pas fini de progresser. Et c’est peut-être précisément parce qu’il accepte encore de douter qu’il peut continuer à devenir plus fort.
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