Les Championnats d’Europe de marathon 2026, qui se dérouleront à Birmingham en août, auront bien une équipe de France masculine. En revanche, aucune femme ne portera le maillot bleu sur l’épreuve reine du fond. Une absence qui surprend forcément dans un pays où la course à pied explose en popularité, où les marathons affichent complet en quelques heures, et où les performances féminines progressent régulièrement.
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Derrière cette absence des Françaises au Championnats d’Europe de marathon, il existe en réalité plusieurs explications.
Certaines sont purement sportives. D’autres relèvent davantage de la stratégie fédérale et du contexte actuel du marathon français.
Parce qu’aucune Française n’a atteint les minima demandés
La première raison est simple : aucune marathonienne française n’a réussi les critères fixés par la Fédération française d’athlétisme.
Pour Birmingham 2026, les minima A étaient établis à 2 h 23 min 30 s. Un chrono particulièrement exigeant à l’échelle européenne actuelle. Or, ces derniers mois, aucune Française n’a réussi à descendre sous cette barrière.
Pourtant, certaines performances restent solides. Mekdes Woldu a couru le marathon de Paris en 2 h 26 min 25 s. Méline Rollin a terminé en 2 h 28 min 52 s. Des chronos loin d’être anecdotiques sur un parcours comme Paris, réputé plus exigeant que Berlin ou Valence.
Mais dans le cadre des critères fédéraux, cela ne suffisait pas.
Parce que la France ne pouvait pas miser sur une équipe collective féminine
La Fédération n’a pas uniquement raisonné en termes individuels. Comme chez les hommes, l’objectif était aussi collectif.
Pour espérer jouer un classement par équipes crédible, il fallait plusieurs athlètes capables d’évoluer dans une zone de performance relativement proche. Chez les hommes, la France dispose actuellement d’un groupe dense sous les 2 h 08. Chez les femmes, ce réservoir est encore plus limité.
Construire une équipe uniquement pour “être présente” ne semble pas avoir convaincu les sélectionneurs. La logique retenue a été celle de la compétitivité immédiate, avec l’idée de ne sélectionner que des athlètes capables de viser un vrai résultat européen.
C’est un choix stratégique assumé, mais qui interroge forcément sur le long terme.
Parce que les blessures ont aussi pesé dans cette absence
Le contexte de la saison n’a clairement pas aidé le marathon féminin français.
Manon Trapp faisait partie des grandes attentes de l’année. À seulement 25 ans, elle préparait une grosse tentative lors du marathon de Barcelone après un stage au Kenya. Son objectif était ambitieux : approcher, voire battre, le record de France détenu par Mekdes Woldu en 2 h 23 min 13 s.
Mais une tendinite du moyen fessier a stoppé sa préparation durant l’hiver. Sans cette blessure, le scénario aurait peut-être été différent.
Dans une discipline aussi exigeante que le marathon, quelques semaines perdues suffisent à compromettre toute une saison. Et contrairement au trail, où certains athlètes peuvent improviser davantage sur la gestion d’effort, le marathon de haut niveau reste extrêmement dépendant d’une préparation parfaitement linéaire.
Parce que le niveau européen du marathon féminin a énormément augmenté
Il faut aussi replacer cette absence dans un contexte plus large : le marathon féminin européen est devenu beaucoup plus rapide.
Aujourd’hui, courir en 2 h 26 ou 2 h 27 ne garantit plus automatiquement une sélection internationale. Les standards se sont brutalement élevés ces dernières années, notamment sous l’influence des nouvelles méthodes d’entraînement, des stages en altitude, des chaussures carbone et de la professionnalisation du running féminin.
Le problème n’est donc pas forcément une chute du niveau français. C’est surtout que le niveau moyen européen est monté très vite.
Cette évolution rappelle d’ailleurs certaines dynamiques visibles en trail long. Là aussi, les performances explosent, les densités augmentent et les athlètes doivent désormais atteindre des standards qui semblaient irréalistes il y a encore quelques années.
Parce que le marathon féminin français est encore en construction
Chez les hommes, la France bénéficie aujourd’hui d’une génération dense et structurée avec Emmanuel Roudolff-Lévisse, Félix Bour, Hassan Chahdi ou encore Valentin Gondouin.
Chez les femmes, la dynamique paraît plus fragile. Les profils existent, mais le réservoir reste réduit.
Le marathon féminin français semble actuellement coincé entre deux générations. Certaines athlètes expérimentées approchent de la fin de carrière, tandis que les nouvelles venues sont encore en phase de progression.
Le vrai enjeu est peut-être là : réussir à construire une continuité durable plutôt que de dépendre uniquement de performances individuelles isolées.
Pourquoi cette décision peut malgré tout être critiquée et pourquoi cette absence envoie un signal inquiétant pour la course à pied française
Même si les critères n’étaient pas atteints, certains estiment qu’une équipe féminine aurait quand même pu être sélectionnée.
Pas forcément pour viser une médaille immédiate, mais pour permettre à plusieurs athlètes d’acquérir de l’expérience sur un grand championnat. Car le marathon international ne s’apprend pas uniquement à l’entraînement. Il faut aussi découvrir les départs tactiques, la gestion collective, la pression d’un maillot national et les courses sans lièvres.
Dans cette logique, construire un groupe autour d’une leader comme Mekdes Woldu aurait pu avoir du sens pour préparer les années suivantes.
Le débat dépasse donc largement la simple question des minima. Il pose surtout une question plus profonde : faut-il sélectionner uniquement pour performer tout de suite, ou aussi pour construire l’avenir ?
Cette absence intervient au moment où la pratique du running n’a jamais été aussi populaire en France.
Les chiffres de participation explosent, les marathons battent des records d’inscriptions et la course à pied féminine progresse fortement dans toutes les catégories. Pourtant, cette dynamique massive de pratique ne se traduit pas encore pleinement au très haut niveau sur marathon.
Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de talents. Mais plutôt que la passerelle entre pratique amateur et très haut niveau reste encore fragile.
Et c’est peut-être là le paradoxe actuel du marathon français : jamais autant de femmes n’ont couru, mais jamais la densité élite n’a semblé aussi difficile à construire durablement.
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