Durcissement des règles de retrait des dossards au Marathon de la Liberté – Pourtant les fraudeurs ne meurent pas plus que les autres
A un mois de l’évènement, l’organisation du Marathon de la Liberté alerte les participants et sort les barbelés. Pour retirer son dossard il faudra un retrait en main propre, une vérification d’identité et un bracelet scellé au poignet, comme on le voit déjà sur de plus en plus de courses. L’argument avancé est la sécurité médicale. Pourtant, derrière ce discours alarmiste je trouve qu’une réalité beaucoup plus nuancée se cache. Durcir les règles de retrait ne sauvera absolument pas de vies, cela rendra seulement la vie des coureurs plus compliquée.
ACHETER UNE MONTRE GPS SUR I-RUN
lien affilié
Le fantasme du drame médical
« On ne va pas attendre qu’il se passe un drame pour agir », avance le directeur de l’organisation. Le message est clair, le coureur sans dossard officiel serait une bombe à retardement pour les services de secours. Mais soyons honnêtes, les fraudeurs ne meurent pas plus que les autres.
L’urgence d’un drame médical ne demande pas de carte d’identité. Lorsqu’un coureur s’effondre sur une course, l’équipe médicale (SAMU, Protection Civile, Croix-Rouge…) n’attend pas de vérifier son identité pour agir. Le protocole d’urgence est universel : massage cardiaque, défibrillation, sécurisation des voies respiratoires. Que vous vous appeliez Michel (inscrit officiellement) ou Claude (le remplaçant anonyme), les gestes de survie sont strictement les mêmes. Le dossard n’est pas un médicament, c’est juste une grosse étiquette.
Quand l’organisation prétend que le dossard permet de connaitre les antécédents, en réalité, 95 % des coureurs ne remplissent pas ou peu leurs informations médicales spécifiques lors de l’inscription. Et en plus, lors d’efforts extrêmes comme un marathon, les drames sont souvent liés à des pathologies cardiaques indétectables ou à des coups de chaleur ; des situations ou les antécédents notés dans une base de données ne changeraient rien à une prise en charge immédiate.
Brandir la menace du drame pour justifier une augmentation du flicage est un peu facile et pratique pour occulter le vrai sujet qui pour moi se trouve plutôt du côté de la gestion administrative et commerciale de l’événement.
Un bracelet qui n’arrêtera rien
La nouvelle mesure phare, le bracelet posé lors du retrait, est présentée comme l’arme absolue contre la revente mais c’est une illusion. Un revendeur déterminé n’aura aucun mal à retirer son dossard officiellement, à sortir du village, puis à le céder avec son bracelet, qu’il suffit de ne pas serrer ou de scotcher, à un acheteur sur le trottoir d’en face.
Le contrôle physique ne supprimera pas la fraude, il ne fait que déplacer le problème ailleurs et pénalise le coureur honnête qui a un empêchement de dernière minute, tout en ajoutant une contrainte logistique supplémentaire pour les milliers de participants qui doivent désormais s’organiser pour être présents physiquement, parfois au prix de frais de déplacement supplémentaires. Et cela rajoutera aussi du travail aux bénévoles, déjà parfois rares à trouver, qui devront passer davantage de temps pour contrôler les identités des coureurs, et vérifier le port du bracelet à l’entrée dans le sas.
En résumé, le vrai remède c’est la souplesse
Si l’organisation veut vraiment éviter la revente, la solution n’est pas dans la contrainte, mais dans plus de souplesse. La question que les organisateurs doivent se poser c’est pourquoi est-ce que les coureurs fraudent ? Parce que les règlements sont souvent trop rigides !
Si le transfert de dossard était automatique, gratuit ou même à bas prix, et possible jusqu’à la dernière minute, la fraude disparaitrait d’elle-même. Personne ne prendrait le risque d’acheter un dossard au noir si une plateforme officielle permettait de régulariser sa situation en trois clics.
La sécurité est une priorité bien sûr, mais elle ne doit pas servir d’excuse à une logique administrative oppressante. En voulant tout contrôler, on oublie que la course à pied reste avant tout un moment de plaisir. Pour sauver des vies, mieux vaut investir dans des défibrillateurs et des postes de secours que dans des bracelets en plastique. Quand les organisations utilisent la peur du drame pour légitimer une gestion de la fraude, c’est absurde de mon point de vue. La fraude est un manque à gagner financier, et une lourdeur administrative peut-être, mais surement pas une histoire de vie ou de mort.
En conclusion, je milite davantage pour un “service client” coureur plus efficace, avec un transfert autorisé le plus longtemps possible, plutôt que pour un durcissement des règles de retrait car limiter la fraude ne limitera certainement pas le nombre de morts sur les courses !






