On vient sur la Barkley en sachant que l’on ne sera probablement pas finisher.
C’est un constat. En quarante ans, ils sont à peine une vingtaine à y être parvenus. Il en va ainsi de Mathieu Blanchard qui a abandonné lors du troisième tour de la course. La principale raison est celle du froid combiné à l’humidité. Il est tout de même l’un des quatre coureurs à avoir atteint cette étape.
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L’édition 2026, organisée exceptionnellement en février au lieu de mars pour retrouver les conditions climatiques originelles, s’est déroulée dans des conditions extrêmes de pluie, brouillard et froid. Tous les participants en ont souffert. Une fois encore, la Barkley se termine sans aucun finisher et avec un seul Fun Run complété par Sébastien Raichon.
Mais, même si cet échec de Mathieu Blanchard était aussi prévisible que celui de tous les autres participants, est-ce qu’il n’en dit pas plus de sa stratégie actuelle ?
Barkley 2026, les faits de course
Mathieu Blanchard (et plus généralement les Français) ont fait un excellent début de course. Il a d’ailleurs passé la seconde boucle dans les pas de Damian Hill et Sébastien Raichon. Ce n’est pas un hasard, c’est que Mathieu Blanchard maîtrisait à la fois les questions d’orientation, de solidité mentale face aux difficultés, et que du point de vue sportif il était toujours opérationnel.
C’est la troisième boucle qui viendra à bout du coureur. Le froid et le brouillard dense se sont intensifiés à la deuxième boucle et, les heures s’accumulant, Mathieu Blanchard a dû renoncer à la course pour des raisons liées au froid, et après plus de 30 heures de course.
Nous en saurons un peu plus dans les jours à venir, mais on peut s’interroger aussi sur la préparation matérielle adéquate. Il s’agissait de la première expérience de Mathieu Blanchard, et jamais la course n’avait été aussi précoce sur le calendrier. Il était donc difficile d’imaginer ce que seraient les nuits dans les bois de Frozen Head sans aucune expérience préalable. Etait-il prêt ? Les coureurs ont-ils eu connaissance de la date assez tôt pour s’y préparer ?
Mathieu Blanchard était-il taillé pour la Barkley
Mathieu Blanchard, c’est ce traileur propre sur lui, à mi-chemin entre la course d’ultra-distance, l’aventurier suréquipé et le communiquant maîtrisant parfaitement les codes des réseaux sociaux.
D’instinct, on pourrait se demander si c’est le type de course qui correspond à son expérience.
Cela serait alors déjà oublier qu’il a remporté son ticket pour la Barkley en remportant la Barkley Fall Classic, une course presque aussi secrète qui se déroule au mois de septembre. D’une longueur de 50 km, elle est aussi réputée pour sa difficulté. Et c’est pourquoi le vainqueur se voit remettre une invitation à la Barkley du printemps suivant. Mathieu Blanchard était donc parfaitement légitime à être là.
Et il faut rappeler sa grande connaissance des conditions difficiles.
Si Mathieu Blanchard n’est pas du style à faire des courses comme la Spin Racer hivernale, une course dont les conditions climatiques sont proches de celles de la Barkley en termes d’humidité ou de visibilité, il a un vrai passif d’aventurier. On pense en particulier à la Yukon Arctic Ultra où il a démontré sa capacité à résister au froid, à ses expéditions il y a quelques années dans le grand nord canadien.
Mathieu Blanchard vit une période compliquée

L’année 2025 ne fut pas celle à laquelle on pouvait s’attendre de la part de Mathieu Blanchard. Si elle a très bien commencé avec la Yukon Arctic Ultra, remportée dans des conditions de froid exceptionnelles, il a parcouru les plus de 600 km de sentiers enneigés avec une concurrence limitée à seulement quelques athlètes.
Sur les courses plus massives, il n’a plus retrouvé de première position durant des mois, sans jamais pourtant faire de mauvaises performances : 2e à Snowdonia, 2e derrière Ludovic Pommeret à la Hardrock, ou 1er ex-aequo sur l’Ultra-Trail Harricana au Québec. Il remporte ensuite à la sortie de l’été la Barkley Fall Classic, lui permettant donc de participer à cette édition 2026. Mais, là encore, et parce que c’est le principe de la course que d’être particulièrement secrète, on ne sait pas à qui il s’est confronté.
La traversée de l’Atlantique, un fiasco
En décembre 2025, Blanchard renonce au dernier moment à la Transmartinique après avoir contracté une infection bactérienne durant la Transat Café L’Or. Ce projet en partenariat avec Conrad Colman combine la traversée de l’Atlantique à la voile et un ultra-trail en enchaînement direct. Mais une infection bactérienne combinée à une extrême fatigue a vidé de son sens tout le projet. Mathieu Blanchard en a quand même fait un film !
Sport ou présence médiatique, Mathieu Blanchad finit par ne jamais trancher et se positionner sur les deux créneaux.
L’enchaînement de l’hiver 2026 qui interroge
La participation à la Barkley est connue depuis le mois de septembre dernier. Et Mathieu Blanchard a annoncé il y a quelques jours participer dès le 1er mars à la Lapland Arctic Ultra, une course similaire à la Yukon Arctic Ultra, et à priori dans sa version 500 km.
Que la Barkley ait été avancée ou qu’elle ait eu lieu à sa date habituelle, soit fin mars, pose tout de même question. Comment envisager sérieusement de terminer la Barkley avec un ultra polaire de plusieurs centaines de kilomètres à préparer (ou réalisé) dans un délai aussi court ? Cette stratégie de cumul d’aventures au détriment de la préparation spécifique pose question sur les priorités réelles de l’athlète.
Une préparation adéquate ?
Depuis quelque temps, Blanchard semble avoir progressivement délaissé la quête de performance pure pour une approche plus « aventurière » et médiatique de l’ultra-trail (présence sur les réseaux, tournages en cours, etc.).
C’est un parti pris intéressant et qui permet de le démarquer des autres coureurs. Mais quand les deux sont menés en parallèle, être à la fois sportif de l’élite mondiale et aventurier, on commence à avoir l’impression qu’il ne peut se spécialiser dans aucun des deux domaines.
Au regard de son passé, ce n’est sûrement pas un manque de compétences. Les 30 heures qu’il vient de passer dans l’enfer du Tennessee ne sont clairement pas à la portée de nombreux trailers professionnels. Mais Mathieu Blanchard donne de plus en plus l’impression de ne pas pouvoir préparer les épreuves comme elles mériteraient de l’être.
Il y a quelques années encore, une participation à la Barkley représentait la consécration d’une carrière, et des mois d’entraînements spécifiques. Certains faisant même de la reconnaissance des jours et des semaines à l’avance (tout en restant en sentier) pour s’imprégner de Frozen Head. Aujourd’hui, la course ne semble plus être l’objet d’une telle préparation, d’un tel engagement. Et c’est indéniablement ce qu’elle mérite pourtant si l’on veut pouvoir la vaincre.
En résumé, Mathieu Blanchard est désormais à la croisée des chemins.
Il devient au fil des mois un véritable aventurier, et un athlète des courses extrêmes. Son retour sur des dossards plus classiques devra se faire avec un engagement total s’il veut pouvoir continuer à performer au même niveau. Et on aura un début de réponse dans les semaines à venir avec la Lapland Arctic Ultra.
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