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đ§ Dimanche 4 octobre 2026, lors de la 92e Ă©dition de Morat-Fribourg, en Suisse, un participant a attirĂ© davantage les regards que bien des coureurs engagĂ©s dans la compĂ©tition.
Lâartiste français Abraham Poincheval a parcouru les 17,17 kilomĂštres de lâĂ©preuve avec une armure mĂ©diĂ©vale de 30 kilos sur le dos. Une performance physique indĂ©niable, prĂ©sentĂ©e comme une Ćuvre artistique, qui pose une question : Ă partir de quand un effort sportif devient-il de lâart ?
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Il boucle Morat-Fribourg en 4 h 48 avec 30 kilos d’acier sur le dos
Sur la ligne de départ, au milieu des chaussures de running, des textiles techniques et des montres GPS, Abraham Poincheval avait choisi un équipement radicalement différent : une armure de chevalier.
L’artiste français s’est Ă©lancĂ© sur les routes suisses pour parcourir les 17,17 kilomĂštres sĂ©parant Morat de Fribourg. Une Ă©preuve vallonnĂ©e, avec plusieurs centaines de mĂštres de dĂ©nivelĂ© positif, qu’il a terminĂ©e en 4 h 48 selon les informations relayĂ©es par RTS Sport.
Sous le poids de ses 30 kilos de mĂ©tal, difficile Ă©videmment d’imaginer courir comme les autres participants. Chaque dĂ©placement demande un effort supplĂ©mentaire, chaque montĂ©e devient un obstacle, et la chaleur Ă l’intĂ©rieur d’une telle armure ajoute encore Ă la difficultĂ©.
Sa prĂ©sence s’inscrivait dans une Ă©dition particuliĂšrement populaire, qui a rassemblĂ© plus de 17 000 participants et quelque 45 000 spectateurs selon les chiffres rapportĂ©s par le mĂ©dia suisse Frapp.
Mais au-delĂ de la performance physique, l’objectif de ce coureur pas comme les autres Ă©tait ailleurs.
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Un hommage historique Ă la bataille de Morat
Cette initiative trouve son origine dans un événement vieux de 550 ans.
En 1476, les ConfĂ©dĂ©rĂ©s suisses remportaient la bataille de Morat contre les troupes de Charles le TĂ©mĂ©raire. Selon la tradition, un messager aurait alors couru jusqu’Ă Fribourg pour annoncer la victoire.
C’est prĂ©cisĂ©ment ce rĂ©cit historique que commĂ©more aujourd’hui la course Morat-Fribourg.
Pour Abraham Poincheval, revĂȘtir une armure mĂ©diĂ©vale et effectuer le parcours constitue donc une maniĂšre de faire revivre cette mĂ©moire collective Ă travers son propre corps.
L’artiste avait d’ailleurs dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© une performance autrement plus longue en juin dernier. Dans le cadre d’un projet menĂ© avec le MusĂ©e d’art et d’histoire de Fribourg, il avait parcouru environ 250 kilomĂštres en douze jours, toujours en armure, entre la prairie du GrĂŒtli et Fribourg.
Son projet artistique, intitulĂ© Le chevalier errant, fait dĂ©sormais l’objet d’une exposition au musĂ©e fribourgeois.
Mais finalement, est-ce que tout peut devenir de l’art ?
C’est lĂ que cette histoire devient intĂ©ressante.
Personne ne contestera la difficulté physique de parcourir 17 kilomÚtres avec une armure de 30 kilos. Beaucoup de traileurs savent déjà ce que représente une longue sortie avec un sac de quelques kilos, notamment sur un parcours accidenté.
Mais faut-il nĂ©cessairement considĂ©rer cette performance comme une Ćuvre d’art ?
Parce qu’un artiste dĂ©cide de parcourir une distance en costume, son effort change-t-il fondamentalement de nature ?
AprĂšs tout, les coureurs ordinaires rĂ©alisent parfois des exploits au moins aussi exigeants. Certains terminent des ultras aprĂšs plusieurs nuits sans dormir. D’autres courent dĂ©guisĂ©s pour dĂ©fendre une cause, collecter des fonds ou simplement faire rire les spectateurs.
Personne ne présente nécessairement leur course comme une création artistique.
Dans le cas d’Abraham Poincheval, la diffĂ©rence tient Ă l’intention revendiquĂ©e. L’artiste ne cherche ni un record ni une place au classement. Il utilise son corps, la contrainte physique et l’espace public pour raconter une histoire.
C’est le principe de l’art performatif, dans lequel l’action elle-mĂȘme constitue l’Ćuvre.
Encore faut-il adhĂ©rer Ă cette conception de l’art.
En résumé, le sport aussi raconte des histoires
Ce qui interpelle surtout, c’est la frontiĂšre de plus en plus floue entre performance artistique et performance sportive.
Un coureur qui traverse les Alpes en autonomie, un ultra-traileur qui repousse ses limites pendant plusieurs jours ou un amateur qui termine son premier marathon aprÚs des mois de préparation produisent eux aussi quelque chose qui dépasse le simple résultat chronométrique.
Il y a un récit, une démarche personnelle, une confrontation avec ses limites et parfois une dimension symbolique trÚs forte.
Pourtant, ces expériences restent généralement considérées comme du sport.
Ă l’inverse, lorsqu’un artiste contemporain dĂ©cide de s’imposer une contrainte physique similaire, sa dĂ©marche peut ĂȘtre exposĂ©e dans un musĂ©e.
Cela ne retire rien au travail d’Abraham Poincheval. Son projet possĂšde une cohĂ©rence historique, une intention artistique et une difficultĂ© physique rĂ©elle. Mais il interroge notre maniĂšre de distinguer l’art du simple exploit.
Finalement, la question n’est peut-ĂȘtre pas de savoir si courir avec une armure est de l’art, mais pourquoi courir 17 kilomĂštres avec 30 kilos d’acier pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une Ćuvre, alors que courir 170 kilomĂštres en montagne reste simplement une performance sportive.
Et si la vĂ©ritable Ćuvre d’art, c’Ă©tait parfois l’effort lui-mĂȘme ?
Sources
- RTS Sport
- MusĂ©e d’art et d’histoire de Fribourg
- organisation Morat-Fribourg, Frapp.
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