La LyonSaintéLyon 2025 a tenu toutes ses promesses, entre coups de théâtre, résistance mentale et renversement de scénario en pleine nuit.
Résultats LyonSaintéLyon
Sur l’aller-retour intégral entre Lyon et Saint-Étienne, Elwan Mehl s’est imposé en 16 h 48 min 37 s, au terme d’une démonstration parfaitement maîtrisée qui a tenu Jeffrey Dorsey et Samuel Caignan à distance dans les derniers kilomètres. Chez les femmes, Enora Niort a livré une course tout aussi solide, coupant la ligne en 18 h 37 min 31 s et reléguant Caroline Sebert à près de 25 minutes. Deux victoires nettes, construites dans la nuit et confirmées sur le retour, qui rappellent à quel point la LyonSaintéLyon ne récompense que celles et ceux capables de rester lucides quand tout vacille.


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Casquette Verte a pris le départ avec une fracture au pied, une sinusite et une dette de sommeil accumulée.
Était-ce raisonnable ? Peut-être pas. Mais ce choix raconte l’intensité de l’attente, le poids de l’image, et la violence de la compétition quand on s’y accroche coûte que coûte.
Relire notre article sur son état de fatigue avant son départ.
Longue de 164 kilomètres, avec un aller-retour complet entre Lyon et Saint-Étienne, cette version extrême de la SaintéLyon a, une fois de plus, repoussé les coureurs dans leurs retranchements les plus profonds. L’aller vers Sainté n’est jamais simple, mais c’est le retour, dans le froid du petit matin, qui décide du classement. Et c’est là que tout a basculé.
Elwan Mehl remporte la LyonSaintéLyon 2025
La vérité du terrain est parfois implacable, et cette édition l’a rappelé dès le retour vers Lyon. Au terme d’une nuit longue, froide et nerveusement tendue, c’est finalement Elwan Mehl qui s’est imposé avec une maîtrise impressionnante. Le coureur du Fuga Moutain Club n’a pas seulement gagné : il a construit sa victoire, segment après segment, jusqu’à prendre la tête à Saint-Étienne, qu’il ne lâchera plus.
Sa gestion est restée exemplaire, sans emballement inutile, sans excès, avec cette faculté rare à accélérer quand tout le monde s’effondrait. Son passage à Saint-Christo-en-Jarez au retour en dit long : une vitesse retrouvée, une aisance dans la nuit, et une allure qui trahissait une lucidité totale. Au final, il coupe la ligne en un peu plus de sept heures, large sourire et foulée encore étonnamment propre après un aller-retour complet entre Lyon et Saint-Étienne.
Elwan Mehl ne s’impose pas par hasard.
Sa victoire sur la LyonSaintéLyon s’inscrit dans la continuité d’une trajectoire construite loin des projecteurs, sur les sentiers lorrains où il a appris à empiler les heures d’effort sans jamais perdre la fluidité. Ceux qui suivent sa progression le savent : Mehl n’est pas seulement solide, il est complet, méthodique, capable de maintenir une intensité stable là où tant d’autres explosent en vol.
Son exploit récent sur les deux cents kilomètres de l’Infernal Trail l’avait déjà révélé dans une autre dimension. Cette course, disputée sous des trombes d’eau dans des Vosges détrempées, il l’avait gagnée comme on remporte un duel à l’usure. Jambes tétanisées, corps secoué, mais regard clair, il avait tenu à féliciter son dauphin en personne, preuve d’un état d’esprit aussi robuste que son endurance. Ce jour-là, il racontait avoir eu « l’impression de voler » alors même que son corps criait stop : une phrase qui en disait long sur sa capacité à dépasser ses propres limites.
La LyonSaintéLyon n’a fait que confirmer cette science de l’endurance absolue. Sur le retour depuis Saint-Étienne, Mehl n’a pas seulement tenu le rythme : il a imposé le sien. Une progression implacable, posée, presque silencieuse, avec cette énergie froide qui distingue les coureurs capables d’encaisser l’aube comme un dernier col. Rien n’a été laissé au hasard, ni la manière dont il s’est isolé devant, ni sa gestion des transitions, ni sa façon de traverser la nuit sans jamais vaciller.
Et si sa victoire impressionne autant, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans une dynamique remarquable. Quelques semaines plus tôt, il dominait déjà l’Infernal Trail, un ultra boueux et nerveux où chaque appui devenait un pari et où la météo transformait le terrain en piège permanent. Face à de telles conditions, la LyonSaintéLyon apparaît presque plus fluide. Être capable d’exceller dans ces deux univers opposés – l’un technique et collant, l’autre long, roulant et mental – révèle l’étendue de son registre.
Elwan Mehl gagne comme les très grands : en observant, en construisant et en frappant exactement au moment où les autres vacillent. Cette LyonSaintéLyon marque peut-être l’entrée officielle d’un nouveau visage parmi les ultra-résistants français. Et au regard de ce qu’il montre déjà, il serait surprenant que cette victoire soit la dernière.
Samuel Caignan, l’autre révélation de la nuit
Derrière lui, Samuel Caignan signe une prestation d’une grande maturité. Longtemps dans le groupe de chasse, il a profité de la descente d’énergie générale du peloton pour remonter un à un les coureurs les plus exposés. Sa seconde place est tout sauf un accident : elle résulte d’une finesse stratégique rare, avec un retour parfaitement calibré pour ne jamais exploser.
Jeffrey Dorsey complète le podium
En troisième position, Jeffrey Dorsey confirme une nouvelle fois sa régularité absolue. Le professeur d’EPS a déroulé sa course comme on déroule un plan de bataille soigneusement préparé. Pas un geste de trop, pas une panique, pas un écart : juste une cadence stable, une manière de traverser la nuit qui rappelle les coureurs les plus méthodiques du très long.
Cette place est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans la continuité de son victoire au challenge cent quatre-vingts de l’UT4M, un format cumulatif exigeant où seules comptent la régularité et la gestion parfaite de plusieurs épreuves enchaînées. Dorsey n’a pas flambé : il a construit. Et son podium de LyonSaintéLyon le confirme.
Casquette Verte : la fracture visible du héros attendu
C’est l’un des récits les plus suivis de la saison trail. Casquette Verte, silhouette médiatique, coureur populaire, traînait depuis plusieurs semaines une fracture, une sinusite et une fatigue dont il parlait sans filtre. Ce corps abîmé, il l’a quand même amené au départ. Il est parti prudemment, a contenu les allures, géré les pauses, et longtemps, tout semblait tenir. Jusqu’au moment où, à une quinzaine de kilomètres de Lyon, la mécanique s’est déréglée.
“J’ai vomi, les grandes eaux, déshydratation de ouf”
La phrase filmée par Cécile Bertin dans sa story dit tout d’un corps à la limite. Virus digestif contracté avant la course ? Réaction à la douleur ? Ou simple effondrement physiologique après des heures d’effort sous tension ?
La toux persistante évoque un virus respiratoire, partagé par plusieurs coureurs OU LE RETOUR DE SON ASTHME qui l’avait mis KO pendant la TDS.
Mais les vomissements pourraient aussi s’expliquer par un trop-plein de stress, une déshydratation massive ou un organisme poussé trop loin. Quoi qu’il en soit, Casquette Verte a couru dans un état critique.
Les appuis ont vacillé. Les traits se sont figés. Le rythme s’est effondré. Et pourtant, il a continué. Refusant de s’arrêter, refusant même de ralentir plus que nécessaire, Casquette Verte s’est accroché à son podium comme on s’accroche à une bouée dans un torrent glacé. Il franchit la ligne troisième, vidé, usé, mais debout. Cette troisième place, obtenue au courage, vaut bien des victoires. Et raconte l’autre vérité de cette course : celle de ceux qui ne lâchent rien, même quand le corps hurle.
Pierre-Antoine Cueff intercalé entre deux figures
La deuxième place revient à Pierre-Antoine Cueff, qui a parfaitement su lire la course. Patient dans l’ombre pendant la première moitié, il a su accélérer au bon moment pour revenir dans le match lorsque les leaders montraient des signes de faiblesse.
Portrait : Jeffrey Dorsey, le coureur méthodique que personne ne regardait
Jeffrey Dorsey est professeur d’EPS. Ce métier, il le vit avec la même rigueur que son approche du trail : cadrée, réfléchie, sans bavure. Longtemps, il est resté dans l’ombre. Pas d’apparitions médiatiques. Pas de fanfare sur Instagram. Juste une progression linéaire, presque scolaire. Il ne court pas pour qu’on parle de lui. Il court pour faire bien les choses.
Lors de l’UT4M, il avait surpris en remportant le challenge cumulatif, un format qui additionne plusieurs épreuves techniques sur plusieurs jours. Une victoire sans esbroufe. Une démonstration de gestion. Cet été, Le Dauphiné Libéré avait salué sa rigueur. Et ce week-end, sur la LyonSaintéLyon, tout cela a trouvé son aboutissement. Pas besoin d’exploser les chronos quand on sait les tenir. Pas besoin de flamboyer quand on peut durer.
Une édition 2025 qui rebat les cartes
La LyonSaintéLyon 2025 ne s’est pas contentée de désigner un vainqueur. Elle a dessiné une tendance. Celle d’un trail qui valorise de plus en plus les profils sobres, précis, peu visibles mais redoutablement préparés. Dorsey est le visage de cette nouvelle vague. Casquette Verte reste l’icône, mais il a trouvé ce week-end un alter ego discret qui n’a pas besoin de micro pour faire entendre sa légitimité.
Le podium 2025 ne fera pas consensus, tant les attentes étaient centrées sur un seul homme. Mais il est juste. Il est complet. Il est le reflet de ce que cette course impose : du froid, du doute, de la solitude… et la capacité d’avancer malgré tout.
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uTrail rappelle que cet article s’appuie sur les données publiques issues du suivi officiel LiveTrail ainsi que sur les informations diffusées au fil de la nuit par les coureurs eux-mêmes. Des erreurs ou évolutions restent possibles en fonction de la dynamique de course. Ce travail de synthèse vise uniquement à informer, sans intention de nuire à qui que ce soit.
La photo intégrée provient d’une story publique publiée sur Instagram par la journaliste Cécile Bertin. Sa reprise s’inscrit dans le cadre du droit à l’information et du traitement journalistique d’un événement d’intérêt général.






