À force de chercher la cohérence absolue, Kilian Jornet finit parfois par donner le sentiment d’aller trop loin.
Non pas dans la provocation ou l’excès gratuit, mais dans une forme de perfection méthodique qui, mise bout à bout, interroge.
ACHETER LE NOUVEAU LIVRE DE KILIAN JORNET
Alpes, au-delà des limites
Kilian Jornet surveille son hydratation en mesurant l’osmolarité et le sodium dans sa salive
Dans une récente publication, le traileur catalan explique utiliser un dispositif permettant de mesurer l’osmolarité et la concentration en sodium afin de mieux surveiller son hydratation lors d’entraînements menés en conditions de chaleur et d’altitude. Il rappelle que les indicateurs traditionnellement utilisés par les sportifs, comme la sensation de soif ou la couleur des urines, peuvent parfois être trompeurs, et que cet outil lui sert de support de suivi sur le terrain.
Pris isolément, le propos est clair, mesuré et parfaitement cohérent avec son approche de la performance. Kilian Jornet ne donne aucune leçon, n’impose aucun modèle et se contente de décrire une pratique personnelle, dans un contexte très spécifique, celui d’un athlète professionnel évoluant aux limites de l’effort humain.
Une logique cohérente, mais cumulative
Hydratation, hygiène, données physiologiques
Ce n’est pourtant pas cette publication en elle-même qui interroge. C’est ce qu’elle révèle lorsqu’on la replace dans une trajectoire plus large.
L’attention extrême portée à l’hydratation s’ajoute à d’autres gestes déjà largement commentés. Le fait de redescendre systématiquement ses selles de la montagne, qu’il avait lui-même expliqué publiquement, en est un exemple marquant. Le port d’un brassard connecté pour collecter davantage de données physiologiques en est un autre. À chaque fois, la démarche est rationnelle, argumentée et difficilement contestable sur le fond.
Mais à force d’accumulation, une forme de malaise s’installe. Non pas face à l’homme, mais face à ce qu’il incarne malgré lui.
Le trail à l’ère du monitoring permanent
La montée en puissance des data analysts
Kilian Jornet apparaît aujourd’hui comme l’expression la plus aboutie d’un trail devenu ultra-scientifique, où tout peut être mesuré, quantifié, contrôlé et optimisé. Hydratation, sodium, charge interne, récupération, sommeil, altitude : rien ne semble désormais devoir échapper à l’analyse.
Ce mouvement dépasse largement son cas personnel. Il s’inscrit dans une tendance de fond, celle de l’arrivée massive des données et des profils de type data analyst dans le sport d’endurance. En 2025, les athlètes de haut niveau parlent d’osmolarité, de variabilité cardiaque ou de biomarqueurs avec la même familiarité qu’ils parlaient autrefois de kilomètres ou de dénivelé.
Pourquoi ressent-on le besoin de tout mesurer ?
La question n’est pas de savoir si ces outils sont utiles. Dans certains contextes, ils le sont. La véritable interrogation porte sur le besoin presque systématique de tout objectiver.
Le décalage avec la pratique amateur
Quand l’exemplarité devient une norme implicite
Le décalage apparaît surtout lorsque cette approche ultra-optimisée est observée par une majorité de pratiquants amateurs, qui n’ont ni l’encadrement, ni les moyens, ni l’utilité réelle de tels dispositifs.
Voir le traileur le plus emblématique de sa génération mesurer son hydratation à l’aide d’un appareil portable peut, malgré lui, contribuer à installer l’idée que courir au ressenti ne suffit plus, ou qu’il serait presque irresponsable de ne pas tout mesurer. Ce n’est évidemment pas le message que Kilian Jornet cherche à transmettre, mais c’est parfois celui que renvoie l’image.
En résumé, Kilian Jornet n’est pas “too much” par excès personnel.
Il est le curseur poussé à l’extrême d’une évolution collective. Un révélateur d’un trail qui change, se professionnalise, se médicalise et se rationalise.
À chacun ensuite de décider jusqu’où il souhaite suivre cette trajectoire, ou à quel moment il préfère, encore, faire confiance à ses sensations.
Lire aussi
- Attention : le TOP 10 des choses à ne (surtout) pas négliger en trail !
- Court, moyen, ultra-trail : les 3 sacs de trail en promotion Salomon à avoir
- En direct : conseils et analyse du parcours du marathon de New York
Lire encore ces articles sur la nutrition et l’hydratation en trail
- Sodium et potassium : 2 minéraux clés de l’activité physique et du trail
- Sur la SaintéLyon, mangez toutes les 45 minutes
- Diagonale des Fous : gérer son alimentation et son hydratation
Cet article ne vise ni à mettre en cause une personne, ni à porter un jugement sur des pratiques individuelles. Il s’inscrit dans une réflexion éditoriale plus large sur la place croissante des données, des outils d’analyse et de l’optimisation dans le trail et les sports d’endurance, à partir d’exemples publics et assumés.






