Faire du trail à crédit
Une montre GPS en paiement en plusieurs fois. Des baskets à 200 euros. Un billet d’avion pour Chamonix. Des nuits d’hôtel à l’UTMB. Un sac de trail, un gilet, deux paires de bâtons, une lampe frontale, des flasques, et peut-être même une facture non réglée sur le compte d’équipement. Bienvenue dans le quotidien financier d’un traileur passionné, où la pratique du sport en montagne flirte parfois avec la spirale de l’endettement… sans jamais dire son nom.
Il n’existe aujourd’hui aucune statistique publique ou universitaire mesurant l’endettement lié à la pratique du trail en France. Un vide étonnant, à une époque où ce sport ne cesse de se démocratiser… et de se professionnaliser.
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Le trail, angle mort des enquêtes économiques
En France, les observatoires du sport, les fédérations, les instituts d’étude ou encore les grandes enquêtes de consommation n’ont jamais tenté de quantifier les emprunts contractés spécifiquement pour courir. Cela ne signifie pas que ces dépenses n’existent pas. Mais elles restent éclatées, diluées dans la vie quotidienne, noyées dans des crédits généraux ou dans les marges de tolérance bancaire. Résultat : rien qui ressemble à un “crédit trail” ne remonte dans les statistiques.
À l’inverse, l’endettement étudiant est un objet bien identifié : un prêt encadré, un montant clair, une durée connue. En trail, c’est tout l’inverse. On paie en plusieurs fois, on grignote ses économies, on repousse une facture, on vide un Livret A pour acheter une montre multisport. Aucun seuil, aucun encadrement, aucun suivi.
Ce que l’on sait néanmoins : la pratique coûte cher
Même sans chiffres sur la dette, plusieurs études françaises permettent d’estimer le coût réel de la pratique du trail. Sur une saison, un coureur amateur engagé dans un ou deux grands objectifs dépense en moyenne entre 1 000 et 2 000 euros, parfois bien plus.
Et cela ne concerne pas que l’élite. Tout traileur un minimum régulier cumule les frais d’inscriptions (jusqu’à 300 euros pour certaines courses), l’hébergement, les déplacements, l’équipement, la nutrition, les accessoires de sécurité… Un ultra-trail à l’étranger peut rapidement dépasser les 2 500 euros. Et c’est sans compter les stages, les plans d’entraînement payants ou les consultations médicales spécifiques.
Les profils qui s’endettent sans le dire
Il serait faux d’imaginer que tous les traileurs sont cadres dynamiques avec le budget qui va avec. Si le trail attire effectivement une classe moyenne à supérieure, comme le montrent les études nord-américaines ou européennes, certains pratiquants repoussent leurs limites financières autant que sportives.
Parmi eux :
- Des jeunes passionnés qui enchaînent les dossards en début de carrière.
- Des profils semi-pros qui tentent de percer sans sponsor stable.
- Des coureurs investis dans un “projet de vie” autour du trail, qui acceptent de faire des sacrifices économiques pour vivre leur passion.
Et dans ces cas-là, les crédits à la consommation, les paiements différés, ou même les découverts non maîtrisés deviennent parfois une solution.
Le trail est un sport devenu socialement plus fermé ?
L’absence de chiffre ne doit pas masquer une tendance de fond : le trail devient un sport à barrière d’entrée financière. À force de premiumisation, de valorisation du matériel, de courses mythiques à l’autre bout du monde et d’injonctions à “vivre une aventure”, on fabrique un modèle qui exclut doucement mais sûrement les moins favorisés.
Quand une pratique sportive repose sur une logique de voyage, d’investissement matériel et de temps libre extensible, elle tend inévitablement à se couper de certaines classes sociales. Et tant qu’aucune enquête ne pose la question de l’endettement de manière frontale, cette sélection restera invisible. Mais bien réelle.
Pourquoi personne n’en parle
Le trail véhicule des valeurs fortes : nature, liberté, dépassement de soi. Dans cet imaginaire collectif, parler d’argent est presque tabou. Reconnaître que certains doivent s’endetter pour vivre leur passion reviendrait à remettre en cause le mythe du “coureur libre dans la montagne”.
Et pourtant, cette question devrait être posée. Pas pour stigmatiser, mais pour comprendre. Pour adapter les offres. Pour alerter sur les dérives. Pour que le trail ne devienne pas, malgré lui, un sport réservé à ceux qui peuvent payer sans compter.
En résumé, à la question simple : “Combien de traileurs s’endettent pour courir ?”, une seule réponse est possible : on ne sait pas.
Parce que personne n’a voulu regarder. Parce que la dette sportive n’est pas un sujet encore légitime. Et parce que dans ce sport qui aime l’effort pur, le coût réel de l’aventure reste un impensé.
Sources
- Observatoire de la vie étudiante, enquêtes nationales sur l’endettement des ménages.
- Think Tank Trail, enquêtes sur les budgets et profils socio-économiques des traileurs en France.
- Enquêtes presse française sur le coût annuel de la pratique trail et ultra-trail.
- Rapport international « State of Trail Running » sur les comportements d’achat et profils des pratiquants.
- Articles économiques spécialisés sur le coût de la pratique compétitive en trail.
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