Premier saut : mettre un vrai GPS dans une montre
Le premier tipping point n’a donc pas été l’autonomie. Il a été la miniaturisation.
Des modèles comme les Forerunner 305, puis Forerunner 310XT, ont progressivement rendu le GPS portable pendant plusieurs heures. La 310XT annonçait environ 20 heures d’autonomie, ce qui ouvrait déjà la porte aux longues compétitions.
Mais regardez aujourd’hui une 310XT : personne ne la confondrait avec une montre classique.
Le vrai changement esthétique intervient avec des générations comme la Forerunner 910XT, puis surtout avec la montée en puissance de la famille Fenix. Garmin comprend alors qu’une montre GPS outdoor peut devenir un objet porté toute la journée.
Une nouvelle bataille commence : conserver les fonctions tout en réduisant consommation et encombrement.
La Fenix invente une autre course : celle des jours d’autonomie
Avec les différentes générations de Fenix, la question n’est progressivement plus de savoir si la montre tiendra un marathon.
Elle le fera.
La question devient : tiendra-t-elle un ultra ? Deux jours ? Une semaine d’utilisation quotidienne ? Une expédition ?
Garmin exploite alors une solution très simple : proposer plusieurs tailles.
La génération Fenix 5 symbolise parfaitement cette stratégie avec les Fenix 5S, 5 et 5X. Petit, moyen, grand.
Mais derrière le choix esthétique se cache une contrainte énergétique : un gros boîtier permet d’installer une plus grosse batterie.
Cette règle va structurer les générations suivantes.
| Époque |
Modèle emblématique |
Tipping point |
| 2003 |
Forerunner 201 |
Le GPS arrive au poignet |
| 2009 |
Forerunner 310XT |
Environ 20 h : le GPS devient compatible avec l’ultra |
| 2012-2015 |
Fenix / Fenix 3 |
La montre GPS devient une vraie montre outdoor |
| 2017 |
Fenix 5S / 5 / 5X |
La taille devient un choix stratégique |
| 2019 |
Fenix 6 Solar |
Le solaire commence à prolonger l’autonomie |
| 2022 |
Fenix 7X |
Autonomies énormes et recharge solaire |
| 2024 |
Fenix 8 AMOLED |
L’AMOLED n’interdit plus la longue autonomie |
| 2026 |
Fenix 9 43 mm |
La petite montre devient suffisamment endurante |
Le solaire constitue un deuxième saut technologique
Avec les générations Solar, Garmin attaque le problème différemment.
Au lieu de simplement augmenter la batterie, pourquoi ne pas récupérer de l’énergie pendant l’utilisation ?
La Fenix 6X Pro Solar marque une étape importante. Le solaire ne transforme pas encore la montre en appareil autonome énergétiquement, mais il introduit une idée nouvelle : l’autonomie peut être prolongée sans augmenter continuellement la taille de la batterie.
Garmin perfectionne ensuite cette technologie avec les Fenix 7 Solar et 7X Solar.
Pour les ultra-traileurs, l’autonomie commence à devenir presque démesurée par rapport aux besoins ordinaires.
Et c’est précisément là qu’apparaît un phénomène intéressant.
Le point de bascule : quand davantage d’autonomie ne change plus grand-chose
Passer de 8 à 15 heures d’autonomie GPS change tout : on passe du marathon à l’ultra.
Passer de 15 à 30 heures change encore beaucoup de choses.
Passer de 30 à 60 heures ouvre les très longues épreuves.
Mais passer de plusieurs jours à encore davantage de jours ? Pour la majorité des utilisateurs, le bénéfice devient progressivement théorique.
C’est un classique de l’histoire technologique.
À partir d’un certain niveau, une caractéristique devient « suffisamment bonne ». Le consommateur commence alors à privilégier autre chose.
Pour les smartphones, ce fut la finesse, l’écran ou l’appareil photo. Pour les ordinateurs portables, le poids et la mobilité.
Pour les montres GPS, cela pourrait devenir la taille.
L’AMOLED aurait dû casser l’autonomie. Il ne l’a pas fait
L’arrivée massive de l’AMOLED constituait pourtant une menace. Un écran extrêmement lumineux et coloré consomme davantage qu’un écran MIP traditionnel.
Pendant quelque temps, le choix était presque philosophique : bel écran ou autonomie.
Mais l’amélioration des écrans, des processeurs, de la gestion énergétique et des batteries a progressivement réduit ce compromis.
La Fenix 8 AMOLED avait déjà démontré qu’une montre outdoor pouvait proposer un écran AMOLED tout en conservant une autonomie très importante.
La Fenix 9 pousse maintenant cette logique plus loin.
La Fenix 9 43 mm pourrait représenter le prochain seuil
Voilà pourquoi la petite Garmin Fenix 9 de 43 mm est technologiquement plus intéressante qu’elle n’en a l’air.
Elle n’a évidemment pas l’autonomie d’une énorme Fenix 9 de 51 mm. Les lois de la physique existent toujours : davantage de volume permet toujours davantage de batterie.
Mais ce n’est peut-être plus la bonne comparaison.
La question est plutôt : la 43 mm possède-t-elle suffisamment d’autonomie pour que son propriétaire cesse d’en vouloir davantage ?
Si la réponse devient oui pour 80 ou 90 % des usages, le marché change.
Un coureur n’a alors plus besoin de porter une énorme montre simplement pour se rassurer sur la batterie.
Il peut choisir une 43 mm parce qu’elle est plus légère, plus confortable pour dormir, plus discrète au quotidien et moins encombrante pendant la course.
La 51 mm devientrait alors une montre spécialisée
Le paradoxe serait magnifique.
Pendant des années, la grosse Fenix représentait la montre ultime et la petite version constituait le compromis.
Nous pourrions progressivement arriver à l’inverse.
Pour le sportif ordinaire, la petite montre pourrait devenir le choix rationnel parce que son autonomie est désormais suffisante.
La 51 mm deviendrait alors la version spécialisée : ultra-trails de plusieurs dizaines d’heures, expéditions, treks de plusieurs jours, utilisation intensive de la cartographie et situations où chaque heure supplémentaire compte réellement.
Ce serait un véritable changement de paradigme.
L’histoire des montres GPS a commencé par une lutte pour mettre suffisamment de batterie autour du poignet. Elle pourrait entrer aujourd’hui dans une nouvelle phase : celle où la batterie devient suffisamment performante pour que nous puissions enfin choisir la taille de notre montre pour notre poignet, et non pour son autonomie.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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