Attrition 1 – Casquette 0. C’est peu après avec ces mots que Alexandre Boucheix a annoncé sur ses réseaux sociaux avoir dû se résoudre à abandonner la Arc of Attrition, son premier Ultra de l’année 2026.
Avant même que le premier Doliprane ait fini de faire son effet, on était déjà tenté d’analyser les premiers faits de course, les réactions à chaud de Casquette Verte et de les lire au regard de son historique récent.
Peut-être que sortir de sa zone de confort ne lui réussit pas.
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Arc of Attrition : un terrain piégeux, une météo infernale
Nous avons eu le temps de vous détailler ici depuis le début de la semaine ce qu’était Arc of Attrition. Pour rappel, c‘est un trail très particulier, avec 160 km de longueur pour 5300m de D+. Mais surtout, un D+ qui se divise en 94 montées (et autant de descentes) sur les falaises des Cornouailles. Les pentes ne sont jamais très longues, parfois abruptes tout de même, et demandent donc un effort de relance constant. Et à ce profil très spécial, en “peigne” pour reprendre la propre description du coureur; il faut ajouter les conditions météo.
En janvier dans cette partie sud-ouest du pays, on est sans cesse soumis aux intempéries, ou au moins à l’humidité naturelle de l’air, puisque le sentier ne l’éloigne jamais de la côte. Entre les escaliers taillés dans une pierre toujours humides, la boue, les tourbières, les racines, et la trace qui surplombe la mer de quelques dizaines de mètres, on est bien sur un tracé piégeux.
Et les conditions météo se sont dégradées avec l’arrivée sur cette fin de semaine de la tempête Ingrid. Le terrain s’est transformé en une vraie patinoire. Les nombreuses vidéos partagées par le média Distances+, présent sur place, ne laissent aucune place au doute : le terrain était très compliqué. À l’heure où ces premières lignes sont écrites, il est minuit passé, il y a déjà plus de 160 DNF et c’est Junno Simpanen qui mène la course. C’est un habitué des ultra du nord de l’Europe, là où les conditions ressemblent souvent à celles du jour.
Blessure, malchance ou fin de cycle : que dit vraiment cet abandon ?
Un accident classique sur un parcours casse-gueule
160 km, 160 000 pas environ, soit 160 000 raisons de se tordre la cheville sur ce parcours. Si les vidéos qui tournent ce soir sur Instagram ne sont pas encore assez convaincantes, prenez le temps de découvrir le parcours de jour et sous un climat clément (YouTube est votre ami). Et vous comprendrez que courir sous une tempête, et pour une bonne partie du trajet, en pleine nuit, c’est forcément casse-gueule.
Et que Casquette Verte n’ait pas vu ce rocher qui lui a tourné la cheville s’entend évidemment parfaitement. C’est arrivé à lui, et cela arrivera à d’autres sur cette édition.
Une cheville de trop : le signe d’un corps trop sollicité ?
Une cheville qui tourne, c’est la fatalité. C’est un destin qu’ont connu de nombreux traileurs. Et c’est peut-être là que nous avons la puce à l’oreille. Cela arrive aux autres, cela arrive à Casquette Verte. Mais ce dernier a toujours su rebondir ou passer outre. On se souvient de ce Kullamannen 2023 couru avec une entorse à la cheville gauche à partir du km 35. Aujourd’hui, c’est la droite qui est blessée. Les douleurs se sont enchaînées tout au long de 2024 avant de vivre une année 2025 un peu plus sereine de ce côté-là.
Mais là encore, « sereine » est un bien grand mot. Les podiums le disent, il n’a pas alors retrouvé son niveau d’avant cette période. Il a toutefois fait une course exceptionnelle à la Diagonale des fous, arrivant dans le top 10 malgré des douleurs à la cheville, là encore tordue quelques jours avant le départ.
Alors évidemment, cette cheville sur AoA, c’est la droite. C’est un coup à pas de chance. Sauf que si Casquette Verte n‘était pas déjà passé par là, s’il n’avait pas un corps plus ou moins douloureux depuis déjà deux ans maintenant, peut-être que cette histoire ne se serait pas achevée ici, devant une caméra de Distances+, deux ou trois heures après le départ de la course.
Inévitablement, on a envie de relier ça à ces accidents techniques que connaissent les traileurs et dont ils ne se remettent jamais totalement. Il y a quelques jours encore sur ce même site, on vous parlait de François d’Haene qui n’a plus jamais été aussi concurrentiel suite à ses blessures de 2022. On a mis en avant aussi Claire Bannwarth dont l’état du pied lui promet un retour aux courses d’ultra-endurance de haut niveau pas avant l’année prochaine.
Casquette Verte, qui encaisse les kilomètres comme une locomotive diesel, qui ne s’arrête jamais quel que soit son état, et qui court chaque jour des distances énormes, a usé son corps prématurément. Il peut le dire de la façon dont il veut, on peut encourager le mouvement comme étant la meilleure thérapie à bien des problèmes de santé, des gens comme Casquette Verte sont au-delà de toutes précautions.
Une surcharge physique et mentale qui le rattrape ?
À cela aujourd’hui il faut ajouter qu’il ne s’accorde aucun repos. C’est bon pour les autres. Lui, il travaille (c’est tout à son honneur), il passe sa vie à répondre à toutes les sollicitations médiatiques (notamment avec la publication de son livre), il streame sur Twitch, prépare des nouveautés pour l’année 2026 ou veut lancer une collection capsule autour de sa marque. C’est un ensemble passionnant, qui lui fait vivre à 200 à l’heure sa passion pour le trail et le personnage qu’il s’est construit. Mais, tout simplement, est-ce que la machine n’est pas en train de s’essouffler pour de bon ?
Il rivalise sur de nombreuses courses avec des professionnels qui ne s’imposent pas tout ce que fait Casquette Verte en plus de leurs entraînements. C’est inévitable, le corps s’épuise. Le repos est souvent le premier élément que les sportifs qui passent professionnels apprécient. Lui, il ne connaît pas !
La cheville a vrillé trop fort aujourd’hui. Le Casquette Verte d’il y a quelques années aurait peut-être eu un état de forme un peu meilleur, ce qui aurait permis à la cheville de mieux résister au mouvement, et de le maintenir en course. Bien sûr, cela reste spéculatif et on aura sûrement le droit dès mardi (pas lundi, sois raisonnable !) à sa fameuse photo de la casquette publiée avec ses stats du jour. Néanmoins, Casquette Verte n’arrive-t-il pas à un stade où son corps commence à accuser cette fatigue et ces efforts accumulés toutes ces années ? On le comprendrait tellement !
Et maintenant ? L’incertitude pour la suite de sa saison
Clairement, Casquette Verte est déçu. Déçu de lui-même d’abord. C’est en tout cas ce qu’il formule au micro du média qui l’a suivi sur toute la course. Un instant de déconcentration, un instant de prise de risque, et le terrain piégeux lui a été fatal pour cette course.
Et bien sûr, derrière, pour l’instant, c’est toute l’année qui est remise en cause. Combien de temps cette cheville va-t-elle le faire souffrir, le ralentir dans sa progression ? Difficile à dire. Il lui faut sans doute plus d’informations médicales. Et il faut tenir compte aussi de son tempérament, résilient, capable de prendre des risques, qui a du mal à se raisonner parfois en allant toujours plus loin dans l’effort.
Il pense déjà, dit-il, à l’impact sur les prochaines courses, à la remise en cause peut-être de certains off. Et même si tout cela n’est “que de la course à pied”, lorsqu’elle implique sa visibilité, ses gains au sens large, son sponsoring, des équipes qui travaillent en partenariat, on comprend à quel point un simple appui manqué peut vite devenir un souci qui va au-delà du sport.
Casquette Verte va rebondir, mais jusqu’où ?
Un suivi photo et vidéo était prévu pour cette course. Sans nul doute, le contenu ne sera pas celui espéré. Et pourtant, une chose est sûre déjà, il va repartir très vite et très fort préparer le reste du printemps. Son post pour annoncer son programme 2026 mettait à l’honneur de nouvelles ambitions en matière de visibilité médiatique (live en course, twitch, etc,), ce n’est pas une cheville qui l’arrêtera.
Pour mieux cacher un niveau qui ne veut pas revenir à ses plus grandes heures ?
Sources
Toutes les réactions et citations viennent de ses interventions sur Distances+
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