sources préférées Google
🎧 L’Ultra Marin vient d’annoncer une modification majeure de son système d’inscription pour 2027 : la moitié des dossards sera désormais réservée aux coureurs résidant en Bretagne.
Une décision présentée comme un moyen de préserver l’ancrage local de l’événement et de limiter les déplacements, mais qui provoque déjà de nombreuses réactions. Entre volonté de favoriser les sportifs du territoire et crainte de voir le trail se refermer sur lui-même, cette nouvelle règle soulève une question : faut-il privilégier les coureurs locaux dans les grandes compétitions sportives ?
Chaussures de trail en promotion sur Alltricks
L’Ultra Marin, un rendez-vous majeur de l’ultra-trail en Bretagne
Créé en 2005, l’Ultra Marin est devenu l’un des grands rendez-vous français de la course à pied longue distance. Organisé autour du golfe du Morbihan, avec Vannes comme point central, l’événement rassemble chaque année des milliers de participants sur les sentiers côtiers bretons.
L’édition 2027 est prévue à la fin du mois de juin, avec plusieurs épreuves permettant aux coureurs de découvrir les paysages du golfe du Morbihan sur des distances très différentes.
La course emblématique reste le Grand Raid d’environ 175 kilomètres, qui consiste à effectuer le tour du golfe du Morbihan en moins de 42 heures. Le parcours, relativement peu montagneux, n’en demeure pas moins exigeant en raison de sa distance, de la fatigue accumulée et de l’alternance entre sentiers côtiers et chemins.
Le programme comprend également plusieurs formats intermédiaires, des courses plus courtes et une épreuve en relais.
La popularité de l’événement impose désormais aux organisateurs de gérer une demande importante de dossards. Pour l’édition 2027, ils ont choisi de modifier profondément leur procédure d’inscription.
Pourquoi l’Ultra Marin décide de réserver 50 % des dossards aux Bretons
Pour 2027, les inscriptions aux courses de l’Ultra Marin passeront par un tirage au sort, avec une répartition particulière : 50 % des dossards seront attribués aux résidents des quatre départements administratifs bretons, à savoir les Côtes-d’Armor (22), le Finistère (29), l’Ille-et-Vilaine (35) et le Morbihan (56).
Il ne s’agit donc pas de favoriser les personnes d’origine bretonne, mais bien celles qui vivent actuellement dans la région. Un justificatif de domicile de moins de deux mois sera demandé aux bénéficiaires de ce quota.
L’organisateur explique que les coureurs bretons représentaient déjà naturellement environ la moitié des participants. L’objectif consiste donc à garantir cette proportion d’une année sur l’autre, plutôt qu’à laisser les inscriptions déterminer seules la répartition géographique.
Cette nouvelle procédure prévoit une inscription au tirage au sort entre le lundi 19 octobre à 12 heures et le vendredi 23 octobre 2026 à 12 heures, avec des résultats annoncés pour le lundi 26 octobre à midi.
Les coureurs sélectionnés pourront ensuite régler leur inscription entre le 26 octobre à 16 heures et le 2 novembre à midi. Une bourse aux dossards ouvrira dès le mardi 3 novembre.
Des groupes de trois à quinze participants pourront également s’inscrire ensemble pour une même course et participer au tirage sous une candidature commune. Ces groupes pourront réunir des coureurs bretons, non bretons ou les deux.
Le Grand Relais, lui, échappe à la répartition géographique de 50 %.
Derrière cette réforme, l’Ultra Marin met en avant deux priorités : maintenir une forte participation de proximité et réduire les déplacements liés à la manifestation.
C’est ce deuxième argument, environnemental, qui donne aussi une dimension nouvelle au débat.
Les arguments pour : protéger l’accès des locaux à leur propre course
Sur le principe, la décision de l’Ultra Marin peut se défendre.
Les grandes courses de trail attirent aujourd’hui des participants venus de toute la France, voire de l’étranger. Cette popularité constitue une réussite pour les organisateurs, mais elle peut aussi rendre l’accès aux dossards plus difficile pour les habitants du territoire.
Un coureur qui habite à quelques kilomètres du départ, s’entraîne toute l’année sur les chemins empruntés par la compétition et participe à la vie sportive locale peut avoir le sentiment d’être progressivement dépossédé de son événement.
Réserver une partie des places aux résidents permet de garantir que la manifestation continue à profiter directement à ceux qui vivent sur place.
La mesure peut également présenter un intérêt environnemental. Un participant habitant Vannes, Auray ou Lorient aura généralement moins de distance à parcourir qu’un coureur venant de Marseille, Lyon ou Paris. Favoriser les inscriptions locales pourrait donc contribuer à réduire les émissions liées aux transports, même si l’ampleur réelle de cet effet reste à démontrer.
Il existe enfin un argument social. Les habitants de la région peuvent participer plus facilement à leur course sans devoir prévoir plusieurs nuits d’hôtel, des transports coûteux ou un séjour complet.
Dans les commentaires publiés sous l’annonce, plusieurs internautes saluent cette évolution. Certains espèrent notamment pouvoir obtenir plus facilement un dossard après plusieurs tentatives infructueuses.
Un internaute résume ainsi son soutien : « Je trouve ça bien le système d’inscriptions et également la bourse aux dossards. Belle initiative de l’Ultra Marin sur ce nouveau système. »
Un autre souligne qu’une nouvelle formule mérite au moins d’être expérimentée avant d’être jugée définitivement.
Dans cette perspective, le quota régional apparaît comme une manière de préserver une course populaire, ancrée dans son territoire, face à une demande qui dépasse désormais largement le cadre local.
Les arguments contre : une sélection géographique qui contredit l’esprit d’ouverture du trail
Mais cette réforme pose aussi plusieurs problèmes.
Le premier concerne l’égalité d’accès. À niveau sportif équivalent, à motivation identique et pour une même épreuve, deux coureurs ne participeront plus au tirage au sort dans les mêmes conditions selon leur domicile.
Un habitant de Rennes bénéficiera du quota breton, tandis qu’un coureur de Nantes, pourtant géographiquement proche du Morbihan, sera considéré comme extérieur à la région.
C’est d’ailleurs l’une des principales critiques apparues sous la publication de l’organisateur. Plusieurs internautes dénoncent l’exclusion de la Loire-Atlantique, historiquement liée à la Bretagne, mais administrativement rattachée aux Pays de la Loire.
Cette situation illustre une difficulté : dès lors qu’une compétition sportive introduit un critère territorial, elle doit fixer une frontière qui peut paraître arbitraire à certains participants.
Le deuxième problème concerne la vocation même du trail.
Pour de nombreux passionnés, participer à une course constitue une occasion de voyager, de découvrir une région, de rencontrer d’autres coureurs et de parcourir des sentiers inhabituels.
On ne s’inscrit pas seulement à un ultra pour courir 100 ou 175 kilomètres. On vient aussi découvrir le golfe du Morbihan, son littoral, ses paysages et son ambiance.
En réservant une partie des places aux résidents, l’organisation prend le risque d’envoyer un message contradictoire : promouvoir un territoire auprès des sportifs tout en garantissant une priorité à ceux qui y habitent déjà.
Plusieurs réactions illustrent ce malaise.
Un internaute regrette ainsi une décision qui lui paraît contraire à l’esprit du sport, où les participants se déplacent précisément pour découvrir de nouvelles courses.
Un autre explique qu’il participe chaque année à un ultra dans une région différente afin de la découvrir avec sa famille.
Pour ces coureurs, le trail représente aussi une forme de tourisme sportif.
Certains commentaires soulèvent également la question des retombées économiques. Les participants venant d’autres régions sont susceptibles de réserver des hébergements, de fréquenter les restaurants et de prolonger leur séjour.
La diminution éventuelle de cette clientèle pourrait concerner les professionnels du tourisme, même si aucun impact économique chiffré ne peut être établi à ce stade.
Enfin, l’argument environnemental mérite d’être discuté.
Habiter dans une région ne signifie pas nécessairement se rendre à la course en transport peu polluant. À l’inverse, un coureur venant de plus loin peut effectuer son déplacement en train et mutualiser son hébergement.
La distance géographique constitue un indicateur, mais ne suffit pas à mesurer précisément l’empreinte carbone d’une participation.
Cela ne rend pas l’objectif écologique illégitime. Cela montre simplement que le lieu de résidence ne remplace pas une véritable politique de mobilité durable.
En résumé, le repli identitaire qui gangrène la société ne doit pas gagner le trail
La décision de l’Ultra Marin part d’une intention compréhensible : préserver l’ancrage local d’une course et permettre aux habitants de la région de continuer à y participer. Mais derrière cette volonté de protection se dessine une tendance plus préoccupante, celle du repli sur son territoire, sur sa communauté, avec une distinction de plus en plus marquée entre ceux qui sont d’ici et ceux qui viennent d’ailleurs.
Ce repli identitaire, qui gangrène déjà une partie de notre société, ne doit pas devenir la nouvelle norme dans le trail.
Notre sport est déjà traversé par des conflits d’usage permanents. Entre traileurs et chasseurs, entre coureurs et randonneurs, entre organisateurs et défenseurs de l’environnement, ou encore entre habitants et sportifs venus de l’extérieur, le partage des espaces naturels suscite régulièrement des tensions. Sur u-Trail, nous nous faisons souvent l’écho de ces oppositions, qui témoignent d’une difficulté croissante à faire cohabiter des pratiques et des intérêts pourtant légitimes.
Dans ce contexte, faut-il vraiment ajouter une nouvelle frontière entre les coureurs qui habitent au bon endroit et ceux qui viennent d’ailleurs ?
Si chaque grande course commence à privilégier les habitants de son territoire, faudra-t-il demain vivre en Haute-Savoie pour avoir davantage de chances de courir l’UTMB, dans l’Aveyron pour participer aux Templiers ou à La Réunion pour prendre le départ de la Diagonale des Fous ?
Certes, l’Ultra Marin ne ferme pas ses portes aux non-Bretons. Mais en faisant du lieu de résidence un critère d’attribution des dossards, il introduit une logique de préférence territoriale qui pourrait devenir problématique si elle venait à se généraliser.
Le trail ne doit pas devenir un sport où chacun défend ses sentiers, ses montagnes, ses courses et ses dossards contre ceux qui viennent d’ailleurs.
Car l’une des grandes richesses du trail réside précisément dans sa capacité à nous faire sortir de notre environnement habituel. Courir ailleurs, découvrir de nouveaux paysages, traverser des villages, rencontrer des bénévoles et partager une passion commune avec des personnes venues de tous horizons font partie intégrante de cette pratique.
Il est évidemment nécessaire de protéger les espaces naturels, de respecter les populations locales et de réduire l’empreinte environnementale des événements. Mais la protection des territoires ne devrait pas conduire à leur fermeture, pas plus que l’attachement à une région ne devrait justifier une opposition entre les coureurs selon leur adresse.
À une époque où les fractures identitaires et territoriales traversent déjà profondément notre société, le trail devrait rester un espace de rencontre, de partage et d’ouverture, plutôt que de reproduire ces divisions sur les sentiers.
Les sentiers ne devraient pas nous séparer. Ils devraient continuer à nous rassembler.
Lire aussi
- Ultra-Marin : la polémique inutile sur le dossard de Clemquicourt
- Ultra-Marin : il y a maintenant 54 000 traileurs sur liste d’attente
- L’Ultra Marin dément vouloir rajeunir ses bénévoles : « Il n’en a jamais été question »
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
u-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
🏃 Produire une information libre et accessible à tous a un coût.
⚖️ Certains de nos articles entraînent aussi des pressions ou des procédures juridiques.
❤️ Votre soutien nous aide à nous défendre et à préserver notre liberté éditoriale.







