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đ§ Ă lâentraĂźnement, tenir une allure soutenue pendant une heure peut sembler interminable.
Le jour dâune course, avec exactement les mĂȘmes jambes et parfois une prĂ©paration loin dâĂȘtre parfaite, le coureur dĂ©couvre quâil peut aller plus vite et tenir cet effort beaucoup plus longtemps. Le phĂ©nomĂšne est suffisamment frĂ©quent pour donner lâimpression que le simple fait dâaccrocher un dossard dans le dos transforme nos capacitĂ©s.
Il nây a pourtant rien de magique. La compĂ©tition modifie profondĂ©ment la maniĂšre dont le cerveau perçoit, accepte et rĂ©gule lâeffort.
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Le dossard permet dâaccepter un niveau dâinconfort quâon refuse Ă lâentraĂźnement
Câest probablement la diffĂ©rence la plus spectaculaire.
Lors d’une sortie ordinaire, personne ne nous oblige Ă maintenir une allure devenue dĂ©sagrĂ©able. Une petite douleur apparaĂźt, la respiration devient difficile, les jambes commencent Ă chauffer : ralentir de quelques secondes au kilomĂštre ne change pratiquement rien.
En course, le contexte change complĂštement.
Il y a une ligne dâarrivĂ©e, un chronomĂštre, des concurrents, un classement et surtout un objectif prĂ©cis. Lâinconfort possĂšde dĂ©sormais une raison dâĂȘtre.
Le coureur accepte donc temporairement des sensations quâil aurait interprĂ©tĂ©es Ă lâentraĂźnement comme un signal lui indiquant de ralentir.
Ce mécanisme permet de comprendre une situation familiÚre à beaucoup de runners : une allure de 6 min/km peut paraßtre difficile seul un mardi soir et devenir parfaitement supportable pendant un 10 km le dimanche matin.
Courir avec les autres nous fait réellement courir plus vite
Le peloton joue également un rÎle considérable.
Un coureur isolĂ© doit produire son effort tout en dĂ©cidant constamment de son allure. En compĂ©tition, il dispose de centaines de repĂšres : celui qui court dix mĂštres devant, le petit groupe qui revient derriĂšre, la personne que lâon suit depuis trois kilomĂštres ou le concurrent que lâon dĂ©cide soudainement de dĂ©passer.
L’effort devient une succession de petits objectifs.
« Je reste avec ce groupe. »
Puis : « Je vais chercher celui devant. »
Puis : « Encore jusqu’au prochain ravitaillement. »
Cette dimension sociale peut pousser Ă maintenir une intensitĂ© supĂ©rieure Ă celle que l’on aurait spontanĂ©ment choisie seul.
Sur route comme en trail, courir au contact permet Ă©galement de dĂ©lĂ©guer une partie de la gestion mentale de l’allure. On suit un rythme au lieu de se demander continuellement s’il faudrait accĂ©lĂ©rer ou ralentir.
LâadrĂ©naline du dĂ©part change les sensations
Quelques minutes avant un dĂ©part, le corps comprend parfaitement que quelque chose dâinhabituel va se produire.
Le rythme cardiaque peut augmenter avant mĂȘme dâavoir parcouru un mĂštre. L’attention se renforce et l’organisme se prĂ©pare Ă l’effort sous l’effet de l’activation du systĂšme nerveux sympathique et de la libĂ©ration de catĂ©cholamines comme l’adrĂ©naline.
Cette activation peut momentanément modifier la perception de la fatigue et de la douleur.
VoilĂ aussi pourquoi les premiers kilomĂštres dâune course paraissent parfois incroyablement faciles.
Le piĂšge est connu : le coureur regarde sa montre aprĂšs deux kilomĂštres et dĂ©couvre une allure largement supĂ©rieure Ă celle prĂ©vue tout en ayant l’impression de courir tranquillement.
Le pouvoir du dossard fonctionne parfois un peu trop bien.
Le cerveau sait exactement pourquoi il doit tenir
Un entraßnement possÚde généralement une durée approximative. Une course possÚde une arrivée.
Cette diffĂ©rence compte Ă©normĂ©ment dans la gestion de l’effort.
Sur un semi-marathon, le cerveau sait que l’effort s’arrĂȘtera au kilomĂštre 21,1. Sur un trail de 25 km, chaque kilomĂštre parcouru rapproche d’un objectif parfaitement identifiĂ©.
Plus l’arrivĂ©e approche, plus le coureur peut accepter de puiser dans ses rĂ©serves.
C’est particuliĂšrement visible dans les derniers kilomĂštres : alors qu’un coureur se sent parfois incapable d’accĂ©lĂ©rer dix minutes auparavant, il retrouve soudainement suffisamment d’Ă©nergie pour dĂ©passer plusieurs concurrents ou produire un vĂ©ritable sprint Ă l’arrivĂ©e.
Les muscles n’ont Ă©videmment pas rĂ©cupĂ©rĂ© miraculeusement en quelques secondes.
C’est la quantitĂ© d’effort que le cerveau accepte encore de produire qui Ă©volue avec la proximitĂ© de l’arrivĂ©e.
Le chrono donne également une valeur immédiate à la souffrance
Ă l’entraĂźnement, souffrir davantage ne procure aucune rĂ©compense immĂ©diate.
En compétition, chaque seconde gagnée possÚde une valeur concrÚte.
Passer sous les 50 minutes au 10 km, battre son record sur semi-marathon, terminer un trail sous quatre heures ou simplement devancer un copain transforme l’effort en enjeu.
La motivation agit alors directement sur la tolĂ©rance Ă l’effort.
Le coureur accepte davantage parce qu’il sait exactement ce qu’il peut obtenir en Ă©change.
C’est probablement l’un des pouvoirs les plus puissants du dossard : donner du sens Ă quelques minutes particuliĂšrement inconfortables.
En trail, le phénomÚne existe aussi sans forcément battre un « chrono »
Le trail complique évidemment la comparaison des performances. Deux parcours de 20 km peuvent présenter des dénivelés, des terrains et des conditions météorologiques totalement différents.
Le pouvoir du dossard reste pourtant trĂšs visible.
En compétition, un traileur peut marcher plus vite dans les montées, relancer davantage aprÚs les bosses, hésiter moins dans les descentes et perdre moins de temps aux ravitaillements.
L’Ă©cart se construit alors sur une multitude de petites dĂ©cisions.
Lors d’une sortie longue, on peut s’arrĂȘter quelques minutes devant un paysage, rĂ©pondre Ă un message ou marcher tranquillement pendant une montĂ©e. Avec un dossard, le comportement change : chaque minute compte.
Et sur quatre ou cinq heures de course, cette modification comportementale peut produire une différence considérable.
Attention au revers du dossard : partir beaucoup trop vite
Tout ce qui amĂ©liore la performance peut Ă©galement provoquer l’effet inverse.
Le peloton, l’adrĂ©naline, la musique, le speaker et l’impression de facilitĂ© des premiĂšres minutes constituent un cocktail parfait pour oublier son niveau rĂ©el.
C’est particuliĂšrement dangereux en trail.
Une montée effectuée légÚrement au-dessus de ses capacités au 5e kilomÚtre peut présenter sa facture deux heures plus tard. Sur un ultra, quelques minutes gagnées en début de course peuvent se transformer en dizaines de minutes perdues ensuite.
Le meilleur usage du « pouvoir du dossard » consiste donc Ă profiter de cette motivation supplĂ©mentaire sans modifier complĂštement la stratĂ©gie construite Ă l’entraĂźnement.
En résumé, le dossard ne nous rend pas soudainement plus entraßnés
Mettre un dossard ne crée ni VO2 max supplémentaire, ni nouveaux muscles, ni réserves énergétiques miraculeuses.
Il change surtout le contexte dans lequel nous utilisons nos capacités.
La compĂ©tition apporte simultanĂ©ment un objectif prĂ©cis, une Ă©chĂ©ance, des adversaires, un peloton, une stimulation Ă©motionnelle et une rĂ©compense mesurable. Tous ces Ă©lĂ©ments peuvent modifier notre perception de l’effort et nous permettre d’exploiter davantage les capacitĂ©s physiques dĂ©jĂ construites Ă l’entraĂźnement.
C’est finalement tout le paradoxe de la course Ă pied.
On s’entraĂźne pendant des semaines pour construire son niveau physique, puis le jour J, le dossard aide parfois Ă dĂ©couvrir jusqu’oĂč ce niveau permet rĂ©ellement d’aller.
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