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🎧 Chronos en chute libre à l’UTMB : non, le parcours n’est pas roulant
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Après l’exploit de Ben Dhiman, qui a pulvérisé le record de l’épreuve en 18 h 16 min 29 s, et l’arrivée simultanée de trois hommes sous la barre mythique des 19 heures, un débat refait surface sur les réseaux : « L’UTMB serait une course roulante ».
Une analyse qui confond vitesse d’exécution et technicité alpine, mais ce raccourci est aussi tentant qu’absurde. Voir les leaders parcourir 176 km et 9 900 mètres de dénivelé positif à une vitesse moyenne frôlant les 10 km/h peut donner l’illusion que l’UTMB c’est finalement une promenade sur grand chemin. C’est pourtant oublier ce qu’est réellement le tour du Mont-Blanc : un enchaînement ininterrompu de cailloux, de racines, de pierriers instables et de pentes alpines bien réelles.
Le parcours était identique à celui de 2025 : Pyramides Calcaires, une variante identique à 2025
Certains pointeront du doigt la modification du tracé cette année avec la suppression du passage aux Pyramides Calcaires, pour justifier le chrono impressionnant de Ben Dhiman.
L’argument tourne court, car l’année dernière déjà, la course avait évité ce secteur pour des raisons de sécurité. Les tracés 2025 et 2026 présentent donc un profil strictement comparable. En battant le chrono de référence de plus d’une heure par rapport au temps établi l’an passé par Tom Evans, Ben Dhiman n’a pas bénéficié d’un raccourci miracle, il a tout simplement fait franchir un cap inédit à la discipline sur un terrain d’une exigence équivalente.
Le Grand Col Ferret et la Flégère n’ont pas bougé d’un centimètre
Pour se convaincre que la course n’a rien d’un marathon bitumé ou d’un terrain ultra-roulant, il suffit de rappeler la réalité du terrain traversé. La montée au col de la Croix du Bonhomme mesure toujours 1200 mètres de dénivelés, à effectuer d’une traite. Celle du Grand Col Ferret exige toujours de monter à plus de 2 500 mètres d’altitude avec déjà 100 kilomètres dans les jambes. Le vent y souffle tout aussi fort, et le manque d’oxygène y reste le même. Le passage hautement technique sous la Tête aux Vents et la descente exigeante et racineuse vers La Flégère continuent de détruire les quadriceps des coureurs entamés. Ce secteur n’a rien d’une autoroute, c’est un champ de blocs où il faut parfois mettre les mains et où la moindre inattention peut se payer cash.
La barre des 19 heures a été brisée non pas en raison du parcours mais en raison de conditions météo optimales
Les performances hors normes observées cette année s’expliquent d’abord par une fenêtre météo exceptionnelle, en partie grâce au décalage de 2 heures de l’heure de départ pour éviter un orage. L’absence de neige au col du Bonhomme, un sol plutôt sec sans boue collante dans le Val Ferret et des températures fraîches durant la nuit ont créé des conditions thermiques parfaites. Quand les éléments s’alignent, le terrain ne devient pas plus plat ni moins cassant, mais il devient simplement franchissable à vitesse maximale sans surconsommation thermique ni glissades énergivores.
La barre des 19 heures a été brisée car le trail est traversé par une révolution scientifique et matérielle, pas géographique
La vitesse actuelle des élites n’est pas due à un profil de course adouci, mais à des changements profonds dans la discipline :
– La nutrition de pointe
L’époque des ravitaillements au bouillon chaud et aux morceaux de fromage pour les élites est définitivement finie. L’ingestion ciblée et calibrée de 90 à 120 grammes de glucides par heure permet aux athlètes de maintenir un niveau de glycogène maximal. Résultat, les difficultés musculaires qui plombaient autrefois les moyennes dans la seconde moitié de course n’existent plus pour ceux qui maîtrisent leur stratégie d’apport.
– L’optimisation du matériel
Gain de poids drastique sur le matos obligatoire, apparition de chaussures aux mousses hautement réactives qui absorbent les impacts en descente, et systèmes d’éclairage puissants à faisceau large permettant de courir plein gaz la nuit dans la descente des Chapieux. Actuellement, les élites arrivent à courir avec un sac ultra-léger tout en ayant tout le matériel nécessaire, quand le reste du peloton transporte facilement 3 à 4 kg sur le dos.
– La précision de la préparation
Les athlètes étudient chaque secteur au mètre près et viennent reconnaître le terrain en amont en effectuant l’intégralité du parcours sous forme de WE chocs. Les stratégies d’allures et de gestion des fréquences cardiaques transforment des sentiers cassants en trajectoires qui deviennent fluides.
En résumé, affirmer que l’UTMB devient « roulant » parce que Ben Dhiman explose le chrono record de la course et que ses poursuivants affolent aussi les chronomètres revient à la même chose que dire qu’un circuit de Formule 1 s’est élargi parce que les écuries ont gagné trois secondes au tour.
Tous les coureurs ayant déjà effectué le parcours pourront le dire. Oui, l’UTMB n’est pas une course spécialement technique, mais non, ce n’est pas une course roulante. Le terrain reste le même depuis des années, mais les athlètes ont juste appris à le dompter à une vitesse autrefois jugée impossible.
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