đ§ TĂ©moignage perso de mon tour du Mont Blanc
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Trois jours, un sac de trail sur le dos, et une soif d’aventure autour du plus grand caillou des Alpes.
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Le Tour du Mont-Blanc (TMB) est pour moi une aventure mythique et un terrain de jeu magnifique oĂč l’autonomie et la communion avec la nature prennent tout leur sens.
Câest du moins ce que je pensais la semaine derniĂšre en prenant le dĂ©part de ce tracĂ© lĂ©gendaire. ĂquipĂ©e de plusieurs flasque dont une filtrante pour parer Ă toute Ă©ventualitĂ©, j’Ă©tais prĂȘte Ă avaler les kilomĂštres. Ce que je n’avais pas prĂ©vu, c’est que le plus grand obstacle de mon pĂ©riple ne serait pas un col Ă 2 500 mĂštres d’altitude, mais un robinet tiĂšde et un tiroir-caisse au beau milieu de la montagne.
Voici le rĂ©cit de mon aventure magnifique qui s’est terminĂ©e avec un petit goĂ»t amer, et une facture d’eau salĂ©e.
Lâabondance des cimes – Lâesprit montagnard existe encore
Que ce soit pour courir le TMB en trois jours, ou pour le marcher sur 10, cela demande une bonne gestion de l’effort, de la nourriture et surtout, de l’hydratation. Encore plus en pĂ©riode de fortes chaleurs comme câest le cas en ce moment ! Sur ce point, la majeure partie du parcours est un sans-faute. Des glaciers aux vallĂ©es, lâeau coule Ă flots et la solidaritĂ© montagnarde est bien prĂ©sente.
CĂŽtĂ© français, du refuge de La Balme aux Chapieux en passant par le Col de la Croix du Bonhomme, l’eau de source est accessible, fraĂźche et gratuite. Les refuges vous laissent faire le plein sans soucis.
CĂŽtĂ© italien, câest le mĂȘme constat d’hospitalitĂ©. Aux refuges Bertone, Bonatti ou Elena par exemple, l’eau coule naturellement. Pas besoin de prĂ©senter sa carte bancaire pour remplir ses flasques et continuer sa route.
Bien sĂ»r, autonomie ne veut pas dire ingratitude. J’ai consommĂ© avec plaisir dans plusieurs refuges. Un sandwich par-ci, un soda bien sucrĂ© par-lĂ pour recharger les batteries en complĂ©ment de mes propres rĂ©serves alimentaires. Les prix sont un peu plus Ă©levĂ©s que dans un restaurant traditionnel mais câest le jeu, et ca me semble normal de faire vivre ces gardiens de lĂ -haut.
Le choc suisse et le pragmatisme des prix
Certes, le passage de la frontiĂšre Suisse rappelle rapidement Ă la rĂ©alitĂ© du portefeuille si l’on veut consommer. Et pourtant, mĂȘme ici, l’accĂšs Ă l’eau potable est toujours possible et gratuit. Boire un verre de coca se fait parfois au dĂ©cilitre prĂšs, et l’addition grimpe plus vite que mon rythme en montĂ©e. Mais soyons honnĂȘtes, quand on est sur le Tour du Mont-Blanc, qui est de plus en plus touristique, on connaĂźt les rĂšgles du jeu. On sait que la Suisse a un coĂ»t de la vie trĂšs Ă©levĂ©, et on l’accepte en connaissance de cause. On paie le prix fort, mais on nâest pas pris en traĂźtre.
Le vĂ©ritable problĂšme ici nâest pas le prix de la vie dans un pays voisin, il est dans lâexploitation dĂ©libĂ©rĂ©e de la dĂ©tresse physique des randonneurs et des coureurs sur nos propres sentiers.
La FlĂ©gĂšre – Le hold-up de la fin de parcours du tour du Mont-Blanc
Et pourtant, c’est le dĂ©sert organisĂ©, pas de source extĂ©rieure accessible. Dans les toilettes, un filet d’eau chaude s’Ă©chappe du robinet avec la mention « eau non potable ». La seule alternative est donc de passer Ă la caisse pour acheter de lâeau en bouteille. Mais le tarif est incroyable, et je regarde Ă deux fois pensant avoir mal lu.
Randonneurs, traileurs, touristes – Nous ne sommes pas (que) des pigeons !
Câest ici que je trouve quâil y a un vrai problĂšme et que ça me met en colĂšre. La FlĂ©gĂšre nâest pas un bivouac d’altitude ravitaillĂ© Ă dos de mulet ou par hĂ©licoptĂšre. C’est un site accessible en tĂ©lĂ©phĂ©rique et en 4*4. Rien ne justifie un tel tarif, si ce n’est une stratĂ©gie commerciale visant Ă se remplir les poches sur le flux touristique massif de l’axe menant au cĂ©lĂšbre Lac Blanc. Ici, le randonneur est transformĂ© en une vache Ă traire. Alors, que certains prix soient Ă©levĂ©s, ça peut se comprendre. Mais lâeau en montagne est un bien commun, et surtout une question de sĂ©curitĂ© vitale. Elle ne devrait pas se monnayer.
Par forte chaleur, couper l’accĂšs Ă l’eau potable gratuite dans un lieu aussi frĂ©quentĂ© pour forcer l’achat de bouteilles en plastique Ă prix d’or est une aberration Ă©cologique et humaine. C’est profiter de la vulnĂ©rabilitĂ© physique des usagers des sentiers. Ce jour-lĂ , sous un soleil de plomb, combien de randonneurs ou de familles ont dĂ» vider leur portefeuille simplement pour ne pas risquer la dĂ©shydratation ?
Ma video du Tour du Mont-Blanc
En rĂ©sumĂ©, je suis donc repartie de La FlĂ©gĂšre avec mon litre dâeau vers Chamonix, le portefeuille plus lĂ©ger mais le cĆur lourd d’un profond sentiment de ras-le-bol.
Ce Tour du Mont-Blanc en trois jours aura Ă©tĂ© une aventure sportive et humaine incroyable, mais assombrie sur la derniĂšre ligne droite par cette logique mercantile poussĂ©e Ă l’extrĂȘme.
La montagne doit rester un espace de libertĂ©, d’entraide et de respect. Vouloir faire du profit sur les services de confort est une chose mais privatiser et monnayer l’accĂšs Ă l’eau potable en est une autre. Messieurs les exploitants, nous aimons vos sentiers, nous respectons votre travail, mais sâil vous plait, arrĂȘtez de nous prendre pour des pigeons.
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