Pour Kilian Jornet, le trail est un sport de riche devenu inaccessible.
Dans un long texte publié en janvier 2026, Kilian Jornet dresse un constat sans filtre sur l’évolution du trail running. Pour lui, le sport qu’il a contribué à faire exploser est en train de perdre ses racines. Et si le trail séduit plus que jamais, il devient aussi un luxe réservé à une minorité fortunée.
En dix points forts, Jornet analyse la mutation d’un sport de montagne en une industrie de l’expérience. Et sa conclusion est sans appel : « On va vers un sport d’élite et de gens avec de l’argent ».
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Alpes, au-delà des limites
Le trail running à la dérive selon Kilian Jornet
Des dossards à 500 euros, des sacs à 1 000 euros
Il suffit de regarder les tarifs des grandes courses pour comprendre le problème. Les inscriptions aux ultras emblématiques dépassent souvent les 300 ou 500 euros. À cela s’ajoute un matériel obligatoire très technique, dont le coût explose : montre GPS, veste Gore-Tex normée, chaussures, bâtons, sac, flacons, frontales, ravitos embarqués, etc. Le budget grimpe facilement à quatre chiffres, sans compter les transports, les nuits d’hôtel et les congés à poser.
Résultat : seuls les pratiquants les plus âgés et les plus aisés peuvent s’offrir ces aventures. Les jeunes, les étudiants ou les trailers issus de milieux modestes sont peu à peu écartés, relégués sur des formats locaux qui peinent à survivre.
Un public qui a changé, et un trail qui s’adapte
Kilian souligne que le profil du coureur a profondément évolué. Là où, il y a vingt ans, la majorité venait de l’alpinisme ou du ski de rando, aujourd’hui ce sont des urbains de 45 ans, bien équipés, mais moins formés aux terrains techniques. Les parcours s’adoucissent donc, par choix mais aussi par contrainte : sécurité, assurances, accessibilité… Tout pousse à l’aseptisation.
Les sentiers exposés disparaissent. La technicité devient l’ennemie. Les courses « dures » sont accusées de dissuader les débutants ou de générer trop de risques. En parallèle, les petites épreuves organisées par des clubs locaux s’effondrent face à la montée des coûts. La logique économique du « gros événement » étouffe la base.
La perte de liberté dans le trail pro
Jornet dénonce également ce que la professionnalisation a fait perdre au sport : la liberté. Les marques dictent désormais les calendriers. Les athlètes sont contraints de courir là où on les envoie, pour maximiser la visibilité. Les aventures solitaires, les défis créatifs, les sentiers oubliés : tout cela tend à disparaître chez les élites.
Et paradoxalement, cette perte de spontanéité touche aussi les amateurs. L’inflation du niveau d’exigence, la pression des classements, la chasse aux points, la quête de reconnaissance numérique sur Strava ou Instagram… autant d’éléments qui éloignent le trail de sa promesse originelle.
Une alerte qui va au-delà du prix
Ce qui frappe dans le texte de Kilian Jornet, ce n’est pas seulement son inquiétude face aux tarifs. C’est sa volonté de rappeler que le trail était, à l’origine, une pratique libre, modeste, artisanale. Un sport de montagne, pas un produit formaté. Or, à trop vouloir séduire les marques, les sponsors, les chaînes de télévision, on risque d’en perdre le cœur.
Il note d’ailleurs que cette logique s’applique aussi aux formats olympiques, qui pourraient faire entrer le trail aux Jeux en 2032… mais au prix d’une standardisation destructrice : parcours en boucle, perte de technicité, spectacle calibré. Bref, du trail sans âme.
Un message pour les générations futures
À travers ce manifeste, Kilian Jornet ne cherche pas à provoquer. Il appelle simplement à réfléchir. Le trail peut rester populaire. Il peut encore être un terrain d’exploration, de rencontre et d’effort partagé. Mais il doit choisir sa voie, entre expansion commerciale et fidélité à ses origines. Ce choix appartient à tous : organisateurs, marques, athlètes… et pratiquants du dimanche.
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