Il n’aura fallu que quelques secondes de vidéo pour relancer un débat qui, en réalité, ne date pas d’hier.
La publication récente de Théo Detienne, tournée sur un petit trail local, a suscité des réactions contrastées. Certains y ont vu de l’humour, du second degré, une forme de mise en scène assumée. D’autres, au contraire, ont perçu une distance, voire un certain mépris envers les coureurs amateurs présents ce jour-là.
Entre ces deux lectures, il est impossible de trancher. Et c’est précisément là que réside le cœur du sujet : dans cette zone floue où le second degré protège, mais où l’impression laissée, elle, continue d’exister.
La montre Garmin Fenix 8 Pro AMOLED Sapphire Titane est en vente sur i-run
montre Garmin Fenix 8 Pro AMOLED Sapphire Titane
Un malaise entre les traileurs élites et les amateurs qui ne datent pas d’hier
Ce qui dérange, au fond, ne tient pas uniquement à une vidéo. Ce qu’elle révèle, ou du moins ce qu’elle réactive, c’est une tension ancienne dans le trail : celle qui existe entre les élites et les amateurs.
Ce malaise, beaucoup l’ont déjà ressenti, souvent sans jamais vraiment le formuler. Il apparaît dans certains échanges, dans certaines attitudes, dans des regards parfois absents ou dans une forme de distance difficile à expliquer.
– À titre personnel, il m’est déjà arrivé de le percevoir lors de rassemblements ou d’événements où j’étais présente en tant que journaliste. Rien de frontal, rien de clairement assumé, mais une sensation diffuse, tenace.
– On le retrouve aussi à une autre échelle, plus quotidienne. Dans certains groupes de course à pied ou de trail, lorsqu’un débutant pose une question, il arrive que des coureurs plus expérimentés réagissent par la moquerie ou une forme de condescendance. Là encore, ce n’est pas systématique, mais suffisamment fréquent pour être remarqué.
Et c’est précisément ce qui rend le sujet complexe. Parce qu’il ne s’agit pas d’un conflit ouvert, mais d’un décalage, presque culturel, entre deux mondes qui cohabitent sans toujours se comprendre.
Deux réalités du trail qui ne se rencontrent presque jamais
Sur le papier, tout le monde pratique le même sport. Dans les faits, il s’agit presque de deux disciplines différentes.
Les élites vivent le trail. Les amateurs le pratiquent autour de leurs contraintes personnelles et professionnelles. Les premiers optimisent chaque détail. Les seconds composent avec la fatigue, le travail, la vie de famille.
Ce décalage crée mécaniquement une incompréhension. Non pas forcément du mépris conscient, mais parfois une forme de distance qui peut être perçue comme telle.
Ce qui se joue ici dépasse largement le cadre du trail.
Cette opposition entre élites et amateurs rappelle une tension bien plus ancienne, que l’on retrouve dans de nombreux domaines.
Depuis quelques années, cette fracture est d’ailleurs revenue au centre du débat public, dans un contexte plus large marqué par la montée de formes de défiance envers les élites, qu’elles soient politiques, économiques ou culturelles.
Le trail, malgré ses valeurs d’humilité et de proximité avec la nature, n’échappe pas à cette dynamique. Il en devient même parfois un reflet, avec ses codes, ses figures, et ses écarts de plus en plus visibles.
Les élites inspirent. Elles donnent envie de courir, de progresser, de se dépasser. Elles incarnent une forme d’excellence qui tire le sport vers le haut.
Mais sans les amateurs, rien ne tient. Ce sont eux qui remplissent les courses, qui achètent le matériel, qui font vivre les marques et, indirectement, financent l’écosystème dans lequel évoluent les athlètes professionnels.
L’un ne peut pas exister sans l’autre.
Lire aussi
- Pourquoi certains Parisiens ne font pas l’unanimité dans le trail
- Théo Détienne : son second degré finit par poser question
- La culture du clash dans le trail






