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đ§ Strava sâĂ©parpille : Ă force de vouloir tout faire, est-ce que lâapplication fait encore bien son travail ?
Strava veut désormais vous apprendre à faire des squats, compter vos répétitions et vous expliquer quels muscles vous sollicitez.
Le 15 octobre 2026, la plateforme a annoncĂ© l’arrivĂ©e de nouvelles sĂ©ances de renforcement musculaire guidĂ©es, conçues par des entraĂźneurs. Une Ă©volution qui peut sembler intĂ©ressante pour les coureurs et les traileurs, mais qui soulĂšve une question plus large : Ă force de multiplier les fonctionnalitĂ©s, Strava ne risque-t-il pas de perdre ce qui faisait sa force ?
Strava s’Ă©parpille : aprĂšs le running, le vĂ©lo et les segments, voici les sĂ©ances de musculation
Ă l’origine, Strava avait une proposition relativement simple : enregistrer ses activitĂ©s sportives, retrouver ses parcours, analyser ses performances et les partager avec d’autres pratiquants. Les coureurs y suivaient leurs kilomĂštres, les cyclistes leurs sorties, les traileurs leur dĂ©nivelĂ©. Les segments apportaient une dimension compĂ©titive et communautaire qui a largement contribuĂ© au succĂšs de la plateforme.
Mais au fil des annĂ©es, Strava a considĂ©rablement Ă©largi son pĂ©rimĂštre. Analyse des performances, itinĂ©raires, dĂ©fis, suivi de l’entraĂźnement, recommandations et dĂ©sormais sĂ©ances de renforcement musculaire : l’application cherche progressivement Ă intervenir dans presque toutes les dimensions de la pratique sportive.
La derniÚre annonce, datée du 15 octobre 2026, illustre parfaitement cette stratégie.
Strava propose dĂ©sormais des entraĂźnements de musculation prĂ©parĂ©s par des coachs spĂ©cialisĂ©s. Les exercices sont accompagnĂ©s d’animations, d’explications sur les mouvements et d’indications sur les muscles sollicitĂ©s. L’utilisateur peut enregistrer ses sĂ©ries et ses rĂ©pĂ©titions pendant la sĂ©ance, puis retrouver automatiquement toutes ces informations dans son historique d’activitĂ©.
La plateforme actualise également une carte musculaire qui représente les zones du corps travaillées au cours des exercices.
Sur le papier, tout cela paraĂźt cohĂ©rent. Le renforcement musculaire fait partie de la prĂ©paration physique des sportifs d’endurance. Mais cette nouvelle fonctionnalitĂ© pose aussi la question de la direction prise par Strava.
Ă force de vouloir tout faire, Strava fait-il vraiment tout correctement ?
C’est probablement la principale interrogation soulevĂ©e par cette Ă©volution.
Une application spĂ©cialisĂ©e peut concentrer ses efforts sur un besoin prĂ©cis. Une plateforme gĂ©nĂ©raliste doit, au contraire, rĂ©partir ses ressources entre de nombreuses fonctionnalitĂ©s qui ne rĂ©pondent pas nĂ©cessairement aux mĂȘmes attentes.
Or les besoins d’un traileur qui prĂ©pare un ultra de 100 kilomĂštres ne sont pas ceux d’un pratiquant de musculation qui cherche Ă augmenter ses charges, ni ceux d’un coureur dĂ©butant qui souhaite simplement terminer son premier 10 kilomĂštres.
En multipliant les services, Strava tente de répondre à tous ces profils. Mais cette polyvalence ne garantit pas la qualité de chaque outil.
Le fait de proposer des animations de squats et un compteur de répétitions ne suffit pas à transformer une application de suivi sportif en véritable solution de coaching musculaire.
Pour qu’un tel dispositif prĂ©sente un intĂ©rĂȘt rĂ©el, il faut notamment que les exercices soient adaptĂ©s au niveau du pratiquant, que leur progression soit cohĂ©rente et que le programme tienne compte des autres sĂ©ances effectuĂ©es dans la semaine.
Ă ce stade, l’annonce de Strava met surtout en avant la possibilitĂ© de suivre des exercices guidĂ©s et d’enregistrer les rĂ©sultats. Elle ne dĂ©montre pas que ces nouvelles sĂ©ances pourront remplacer un programme individualisĂ© de prĂ©paration physique.
Il serait prématuré de conclure que Strava fait mal les choses. Mais il est tout aussi prématuré de considérer que cette accumulation de fonctionnalités constitue nécessairement un progrÚs pour les utilisateurs.
Les traileurs ont-ils vraiment besoin de Strava pour faire du renforcement musculaire ?
Dans le monde du trail, le renforcement musculaire occupe une place importante. Les quadriceps sont particuliÚrement sollicités dans les descentes, les mollets participent à la propulsion en montée et le gainage contribue à maintenir la stabilité sur les terrains irréguliers.
Pour autant, la difficultĂ© n’est pas toujours de savoir qu’il faut faire des squats, des fentes ou du gainage.
Elle consiste surtout à intégrer intelligemment ces exercices dans une préparation qui comprend déjà plusieurs sorties de course à pied, des séances de dénivelé, des sorties longues et des périodes de récupération.
Un traileur qui prépare une course de montagne peut avoir besoin de travailler sa force maximale, son endurance musculaire ou sa capacité à supporter les descentes. Ces objectifs nécessitent des approches différentes.
Une simple bibliothĂšque d’exercices, mĂȘme bien prĂ©sentĂ©e, ne rĂ©pond donc pas nĂ©cessairement Ă toutes ces exigences.
La nouvelle fonctionnalitĂ© de Strava pourrait ĂȘtre utile pour conserver une trace du travail rĂ©alisĂ©, visualiser les muscles sollicitĂ©s et encourager une certaine rĂ©gularitĂ©. Mais son intĂ©rĂȘt dĂ©pendra de la qualitĂ© des programmes proposĂ©s et de leur capacitĂ© Ă s’intĂ©grer au reste de l’entraĂźnement.
Il existe dĂ©jĂ des applications spĂ©cialisĂ©es dans la musculation, avec des outils de suivi des charges, des rĂ©pĂ©titions et de la progression. Strava arrive donc sur un terrain oĂč d’autres acteurs disposent d’une expĂ©rience spĂ©cifique.
Sa principale force pourrait ĂȘtre de rĂ©unir ces informations avec les sorties de running et de trail. Reste Ă savoir si cette centralisation suffit Ă justifier l’utilisation de ses nouveaux programmes.
Strava veut devenir un coach, mais enregistrer une séance ne signifie pas savoir entraßner
Il existe une différence fondamentale entre suivre un entraßnement et construire un entraßnement.
Enregistrer cinq sĂ©ries de squats, indiquer les rĂ©pĂ©titions rĂ©alisĂ©es et afficher les quadriceps sur une carte musculaire constitue un outil de suivi. DĂ©terminer combien de sĂ©ries effectuer, avec quelle charge, Ă quel moment de la semaine et avec quelle rĂ©cupĂ©ration relĂšve d’une dĂ©marche de programmation sportive.
Cette distinction est particuliĂšrement importante pour les coureurs d’endurance.
Une sĂ©ance de renforcement intense rĂ©alisĂ©e juste avant une sortie longue en montagne peut avoir des consĂ©quences sur la fatigue musculaire et la qualitĂ© de l’entraĂźnement suivant. Ă l’inverse, un programme correctement organisĂ© peut accompagner la progression du coureur et amĂ©liorer sa prĂ©paration.
Strava annonce que ses nouvelles séances ont été conçues par des entraßneurs expérimentés, ce qui représente un élément positif. Mais cela ne signifie pas automatiquement que chaque entraßnement sera personnalisé selon les besoins, les antécédents et les objectifs du sportif.
La plateforme n’a pas prĂ©sentĂ© cette nouveautĂ© comme un accompagnement individuel capable d’ajuster en permanence les charges d’entraĂźnement.
La question est donc de savoir jusqu’oĂč Strava souhaite aller : proposer quelques exercices supplĂ©mentaires ou devenir une vĂ©ritable plateforme de coaching ?
Strava dĂ©veloppe encore de nouvelles fonctionnalitĂ©s, mais Ă quel prix pour l’utilisateur ?
L’entreprise ne compte visiblement pas s’arrĂȘter lĂ .
En parallÚle du renforcement musculaire, elle annonce de nouvelles séances guidées de course à pied ainsi que plusieurs évolutions prévues dans les prochains mois.
Parmi les fonctionnalitĂ©s en prĂ©paration figure notamment la possibilitĂ© d’importer un programme de musculation Ă partir d’une capture d’Ă©cran. Un utilisateur pourrait ainsi photographier ou importer une liste d’exercices comportant des sĂ©ries et des rĂ©pĂ©titions pour les intĂ©grer Ă son suivi.
Strava travaille également sur un outil permettant de créer ses propres entraßnements.
Ces nouveautĂ©s pourraient simplifier l’organisation des sĂ©ances, mais elles contribuent aussi Ă transformer progressivement l’application en une plateforme beaucoup plus complexe.
Et cette Ă©volution s’accompagne d’une autre rĂ©alitĂ© : les nouvelles sĂ©ances guidĂ©es de musculation seront principalement rĂ©servĂ©es aux abonnĂ©s payants. Les utilisateurs gratuits pourront dĂ©couvrir le dispositif grĂące Ă une sĂ©ance d’essai.
Le dĂ©ploiement doit intervenir progressivement dans les semaines suivant l’annonce du 15 octobre 2026.
Pour les abonnĂ©s, la multiplication des fonctionnalitĂ©s peut donner le sentiment d’un service toujours plus complet. Mais encore faut-il utiliser rĂ©ellement ces nouveaux outils.
Un coureur qui ouvre Strava uniquement pour enregistrer ses sorties et consulter ses performances tire-t-il davantage de valeur de son abonnement parce que l’application propose dĂ©sormais des exercices de musculation ?
La rĂ©ponse dĂ©pend Ă©videmment des pratiques de chacun. Mais l’accumulation de fonctionnalitĂ©s ne doit pas ĂȘtre confondue avec une amĂ©lioration systĂ©matique du service.
En résumé, Strava ferait mieux de se concentrer sur ce que les coureurs attendent vraiment
Strava dispose d’un avantage considĂ©rable : sa communautĂ© et la place qu’il occupe dĂ©jĂ dans les habitudes des sportifs.
Pour beaucoup de coureurs et de traileurs, l’application est devenue un rĂ©flexe aprĂšs chaque sortie. Elle permet de retrouver ses activitĂ©s, de consulter celles de ses amis, de partager une performance ou de dĂ©couvrir des itinĂ©raires.
C’est prĂ©cisĂ©ment cette simplicitĂ© d’usage et cette dimension communautaire qui ont participĂ© Ă sa rĂ©ussite.
La stratĂ©gie actuelle soulĂšve donc une interrogation : faut-il ajouter toujours plus de services ou amĂ©liorer en prioritĂ© ceux qui constituent le cĆur de l’expĂ©rience ?
Les coureurs peuvent attendre une meilleure analyse de leur progression, des données plus pertinentes pour comprendre leur fatigue, des outils de planification adaptés ou encore une lecture plus précise de leurs performances en terrain vallonné.
Dans le trail, par exemple, la distance ne raconte qu’une partie de l’effort. Le dĂ©nivelĂ©, la technicitĂ© du terrain, la durĂ©e des montĂ©es et l’accumulation de fatigue jouent un rĂŽle essentiel dans l’interprĂ©tation d’une sĂ©ance.
Ces dimensions offrent dĂ©jĂ de nombreuses pistes d’amĂ©lioration pour une application historiquement spĂ©cialisĂ©e dans les sports d’endurance.
Ăvidemment, rien n’interdit Ă Strava de dĂ©velopper simultanĂ©ment ses outils de running et ses fonctionnalitĂ©s de musculation. Le lancement des nouvelles sĂ©ances guidĂ©es ne prouve pas que l’entreprise dĂ©laisse ses utilisateurs historiques.
Mais il interroge sur ses priorités et sur la valeur réelle apportée par chaque nouvelle fonctionnalité.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.
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