C’est un séisme dans la communauté des amateurs de dossards : une étude menée par l’Institut de Psychologie du Sport de Font-Romeu, intitulée « Effet dossard et illusion de performance », affirme que payer l’inscription à un trail n’est pas suffisant pour mériter le titre de traileur. Les résultats ont été publiés dans la très sérieuse Revue Française de Sociologie du Sport Amateur.
Les traileurs…
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L’inscription ne suffit pas à être un traileur
L’étude, menée conjointement par l’Institut Français des Sciences du Sport Amateur (IFSSA), a suivi 846 personnes inscrites à des trails de 20 à 80 km, avec un investissement moyen oscillant entre 65 et 180 euros par course. Le constat est sans appel : seuls 17 % ont pris le départ, et à peine 13 % ont franchi la ligne d’arrivée.
“Certains se sont arrêtés après avoir récupéré leur dossard, d’autres se sont blessés en essayant leur gilet de trail trop compressif”, raconte le professeur Michel Chasuble, sociologue du sport et co-auteur de l’étude.
Son collègue, le professeur Jean-Michel Baromètre, renchérit :
“Nous avons observé que beaucoup passaient plus de temps à poster leur PPS (Préparation Pré-Selfie) qu’à courir. Certains ne savaient même pas ce qu’était un balisage. Pour eux, un ‘ravito’ était une application mobile.”
Un syndrome bien connu : le “traileur de pré-inscription”
“Les autres ? Ils ont majoritairement abandonné après avoir compris que ‘600 mètres de D+’ ne signifiait pas ‘une petite côte après la boulangerie’”, résume le professeur Chasuble.
L’étude souligne un phénomène récurrent : la course au matos en guise de préparation mentale.
“Acheter une montre GPS avec écran AMOLED, des bâtons en carbone pliables et une flasque de compote bio boostée aux électrolytes, ça ne remplace pas six sorties sous la pluie en février. »
Ce comportement a même un nom dans la littérature scientifique : le syndrome du traileur de pré-inscription. Il touche principalement les profils dits “matos addict” : ceux qui possèdent deux frontales ultra-lumineuses, une paire de Speedcross édition limitée, une Suunto Vertical Solar Sapphire, mais dont le Strava affiche encore la sortie du réveillon 2022 comme dernière activité.
“Dans leur esprit, la performance est devenue une posture sociale : il suffit d’avoir l’équipement et un vocabulaire flou autour du drop et du UTMB index pour se sentir légitime”, analyse Chasuble. “Mais courir ? Très peu pour eux.”
Autre constat édifiant : le tee-shirt finisher est massivement détourné de sa fonction.
Selon l’étude, 31 % des tee-shirts sont portés par des personnes n’ayant jamais franchi la ligne d’arrivée
“C’est une forme contemporaine de cosplay sportif”, explique le rapport. “On endosse un rôle, celui du traileur aguerri, sans avoir à subir la boue, les crampes, ni les descentes techniques où tu regrettes ta vie tous les 100 mètres.”
Instagram et YouTube : usines à traileurs imaginaires
Les chercheurs ne mâchent pas leurs mots : les réseaux sociaux, en particulier Instagram et YouTube, seraient devenus les premiers fabricants de fausses identités sportives.
“Aujourd’hui, il suffit d’un selfie boueux pris en contre-plongée, avec un regard lointain et un hashtag #NeverGiveUp, pour être perçu comme un ultra-traileur engagé”, explique le professeur Chasuble. “Mais courir 12 minutes entre deux cailloux avant de refaire la scène parce que la lumière n’est pas flatteuse, ce n’est pas du trail, c’est du théâtre.”
L’étude va plus loin en parlant de “syndrome du finisher fictif”, alimenté par les stories Strava et les shorts YouTube montés avec des musiques épiques.
“Une reco sur sentier plat devient ‘sortie technique’, un footing avec pause drone devient ‘sortie montagne’, et une course de 8 km où on évite les flaques devient ‘gros D+ dans les jambes aujourd’hui’”
“Le trail ne se résume pas à une compilation de ralentis avec filtre sépia”, ajoute le rapport. “Ce n’est pas parce qu’on met un bandeau Buff sur la tête et qu’on filme sa respiration avec un micro-cravate qu’on devient un montagnard.”
On ne devient pas traileur en achetant du matériel ou en s’inscrivant à une course, mais en pratiquant régulièrement, avec humilité et persévérance.
Être traileur, c’est accepter de progresser lentement, de se confronter à la difficulté du terrain, de la météo, du corps fatigué. C’est sortir quand il pleut, finir une sortie même quand les jambes brûlent, se perdre parfois, et revenir, encore et encore, parce qu’on aime ça plus qu’on ne cherche à le prouver.
C’est aussi respecter la montagne, les autres coureurs, les bénévoles, et surtout soi-même.
Pas besoin de podium ni de Strava à jour : un traileur, c’est quelqu’un qui court dehors, sur les sentiers, avec sincérité.
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