« Nous avons déjà le Grand Raid Ventoux by UTMB qui n’est pas très loin et qui est un magnifique événement. Nous allons regarder si d’autres opportunités peuvent voir le jour ailleurs. »
Derrière cette phrase, en apparence anodine, se cache en réalité un point de friction important dans le discours de l’UTMB.
Affirmer que le Ventoux n’est “pas très loin” de Nice ne relève pas seulement d’un raccourci géographique.
Cela pose un problème beaucoup plus large sur la manière dont l’événement est pensé, présenté… et négocié.
Pourquoi c’est problématique : PARCE QUE LA GÉOPGRAPHIE ! Ce n’est pas la même région
Dire que le Ventoux est proche de Nice revient à gommer une réalité simple : on ne parle pas du même territoire. D’un côté, la Côte d’Azur, avec Nice, son littoral, son accessibilité internationale et son image mondiale. De l’autre, le Vaucluse, avec le Mont Ventoux, ancré dans une logique plus régionale.
Ces deux zones ne répondent pas aux mêmes enjeux. Elles ne ciblent pas les mêmes publics, ne bénéficient pas des mêmes infrastructures, et ne jouent pas le même rôle dans une stratégie internationale. Les rapprocher dans un même raisonnement revient à simplifier une réalité qui, pour les organisateurs comme pour les territoires, est beaucoup plus complexe.


Pourquoi c’est problématique : ce n’est pas la même accessibilité
La notion de “proximité” peut sembler relative, mais dans le cadre d’un événement international, elle devient déterminante. Nice dispose d’un aéroport majeur, de connexions directes avec de nombreux pays, et d’une capacité d’accueil importante.
À l’inverse, se rendre au Ventoux implique des trajets plus longs, souvent moins directs, avec une logistique plus contraignante pour les coureurs étrangers. Parler de proximité dans ce contexte revient à ignorer ce qui fait précisément la force d’un événement comme l’UTMB Nice : sa facilité d’accès… ET PUIS le Ventoux est à 4 heures de route de Nice, l’un dans les Alpes Maritimes, l’autre dans le Vaucluse.
Pourquoi c’est problématique : ce n’est pas le même produit
Un événement UTMB à Nice ne propose pas la même expérience qu’un trail sur le Ventoux. Il ne s’agit pas seulement du parcours, mais de tout ce qui entoure la course : l’arrivée en bord de mer, les images, l’ambiance, la clientèle visée.
Nice, c’est une vitrine. C’est un produit haut de gamme, pensé pour être vu, diffusé, partagé. Le Ventoux, aussi beau soit-il, ne remplit pas cette fonction de la même manière. En les mettant sur le même plan, le discours brouille la compréhension de ce que chaque événement représente réellement.
Pourquoi c’est problématique : ça ressemble à un levier de négociation
Dans ce contexte, la phrase prend une autre dimension. Elle peut être interprétée comme un message adressé à la mairie : si Nice ne suit pas financièrement, l’UTMB peut s’appuyer sur d’autres événements.
Ce n’est pas une déclaration neutre. C’est une manière de peser dans le rapport de force. En suggérant qu’une alternative existe, même imparfaite, l’organisateur renforce sa position dans la négociation.
C’est une manière de dire « OK en 2026 vous nous avez pris au dépourvu et si en 2027, vous ne remettez pas la main à la poche, nous on part, on a mieux ailleurs ».
C’est aussi une autre manière de prévenir les autres territoires qui voudraient aussi les financements publics.
Mais cette stratégie repose sur une comparaison qui, en pratique, ne tient pas totalement.
Pourquoi c’est problématique : ça pénalise directement les coureurs français
Au-delà des considérations économiques et politiques, un élément est souvent oublié dans ce débat : l’impact concret pour les coureurs. Car supprimer une épreuve comme l’UTMB Nice Côte d’Azur, ce n’est pas simplement déplacer un événement sur une carte. C’est retirer une opportunité d’accès au circuit pour des milliers de traileurs.
Aujourd’hui, la pression pour obtenir un dossard sur les grandes courses UTMB est déjà très forte. Le système de Running Stones limite mécaniquement le nombre de places disponibles, et oblige les coureurs à multiplier les courses qualificatives pour espérer accéder aux épreuves les plus demandées.
Dans ce contexte, chaque course compte.
Supprimer une épreuve en France, c’est réduire encore les possibilités pour les coureurs français d’accumuler ces précieux sésames sans devoir partir à l’étranger. Et cette contrainte n’est pas anodine. Elle implique plus de déplacements, plus de coûts, plus de logistique, et donc une sélection encore plus forte à l’entrée.
Autrement dit, non, ce n’est pas neutre.
Contrairement à ce que peut laisser penser une approche purement stratégique, remplacer Nice par un autre événement, ailleurs, ne compense pas cette perte. Parce que l’accessibilité, la proximité et le coût global jouent un rôle déterminant dans la capacité des coureurs à s’inscrire dans le circuit.
En réduisant le nombre d’épreuves sur le territoire français, on accentue mécaniquement la pression sur celles qui restent. Et on éloigne encore un peu plus une partie des traileurs d’un système déjà perçu comme exigeant.
C’est peut-être l’angle le moins visible dans ce bras de fer. Mais pour les coureurs, c’est sans doute l’un des plus concrets.
En résumé tout cela masque les vrais enjeux
En réduisant le débat à une question de “proximité”, le discours évite d’aborder le fond du sujet : le modèle économique des grandes courses de trail.
Le vrai enjeu n’est pas de savoir si le Ventoux est proche de Nice. Il est de comprendre dans quelles conditions un événement comme l’UTMB peut exister, se développer, et rester rentable sans soutien public.
En déplaçant légèrement le débat, cette phrase donne l’impression que la solution est simple, alors que la réalité est beaucoup plus structurante pour l’avenir du trail.
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