Le couple Jonathan et Henriette Albon a remporté hier l’épreuve reine de la Transgrancanaria. Leur performance est impressionnante, mais elle relance un débat sur le dopage dans le trail suite au protocole « legal doping » qu’avait partagé Henriette Albon il y a un an après sa précédente victoire sur la même course.
C’est une question éthique, pas une accusation
Notre titre « Pourquoi la victoire d’Henriette Albon à la Transgrancanaria est un problème » ne remet pas en cause la victoire sportive d’Henriette Albon à la Transgrancanaria. La coureuse norvégienne a remporté la course selon les règles de la compétition et aucune infraction aux règlements antidopage n’a été signalée.
La question soulevée ici concerne un débat plus large dans le monde du trail. En 2025, l’athlète avait publié sur ses réseaux sociaux un tableau de stratégie de course intitulé « Legal Doping », mentionnant notamment l’utilisation planifiée de caféine et de paracétamol pendant l’effort. Ces substances ne sont pas interdites par l’Agence mondiale antidopage.
Cependant, cette publication avait suscité des réactions dans la communauté du trail, certains y voyant l’illustration de ce que des spécialistes appellent des « conduites dopantes », c’est-à-dire l’utilisation de substances autorisées dans un objectif d’optimisation de la performance.
L’objectif de cet article est donc d’explorer ce débat éthique qui traverse aujourd’hui le trail de haut niveau, et non de remettre en cause la performance réalisée sur la Transgrancanaria.
La Transgrancanaria 2026 restera comme une édition particulière…
Sur la distance reine de la course, la Classic de 125 km, un couple a remporté les deux classements. Le Britannique Jonathan Albon s’est imposé chez les hommes en 12 h 58, tandis que sa femme Henriette Albon a remporté la course féminine en 15 h 16.
Voir un mari et une femme gagner la même course sur un ultra-trail international reste un événement rare. Dans un sport où la concurrence est extrêmement forte et où les parcours dépassent souvent les cent kilomètres, cette double victoire a naturellement marqué les esprits.
Mais derrière l’exploit sportif, une question revient aussi dans certaines discussions du monde du trail.
Car il y a un an, Henriette Albon avait suscité une polémique après la publication d’un document qui avait fait beaucoup réagir.
… mais en 2025 Henriette Albon avait choqué la communauté du trail avec son « protocole de dopage légal«
En 2025, la traileuse norvégienne avait partagé sur ses réseaux sociaux un tableau détaillant son plan de course. Le document portait un titre volontairement provocateur : « Legal Doping ».
Le tableau présentait un protocole de course extrêmement précis, avec des prises programmées de différentes substances pendant l’effort. Parmi elles figuraient notamment de la caféine et du paracétamol, intégrées dans une stratégie planifiée heure par heure.
Pour certains observateurs, il s’agissait d’une forme d’humour ou d’autodérision. Pour d’autres, la publication soulevait des questions plus sérieuses sur l’image renvoyée par ce type de pratiques.
Des substances autorisées… mais un débat sur l’éthique
D’un point de vue réglementaire, rien dans ce protocole n’enfreint les règles antidopage. Ni la caféine ni le paracétamol ne figurent sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage.
Cependant, plusieurs spécialistes du sport parlent dans ce type de cas de « conduite dopante ». L’expression désigne l’utilisation de substances légales dans un objectif explicite d’amélioration de la performance ou de gestion de la douleur.
Dans les sports d’endurance, ces pratiques sont parfois utilisées pour repousser la fatigue ou atténuer certaines douleurs musculaires liées aux efforts très prolongés.
Le problème, selon certains médecins du sport, est que ces protocoles peuvent être reproduits par des amateurs qui ne mesurent pas toujours les risques.
RAPPEL des dangers d’une automédication pendant un ultra
Les courses d’ultra-trail imposent déjà au corps un stress physiologique très important. Déshydratation, fatigue musculaire, privation de sommeil ou déséquilibres électrolytiques font partie des contraintes normales de ces épreuves.
Dans ce contexte, l’utilisation répétée d’antalgiques comme le paracétamol pendant l’effort peut poser des questions médicales. Certains médecins rappellent que l’association entre effort prolongé, déshydratation et prise répétée d’analgésiques peut accroître le risque de complications rénales ou hépatiques.
La caféine, de son côté, reste un stimulant largement utilisé dans le sport d’endurance. Mais à doses élevées, elle peut également provoquer tachycardie, troubles digestifs ou nervosité.
C’est précisément cette question de l’exemple donné au peloton amateur qui avait alimenté la polémique après la publication du protocole.
En résumé, au-delà du cas particulier d’Henriette Albon, cet épisode a surtout relancé une discussion plus large dans le monde du trail.
Le sport évolue rapidement. Les stratégies nutritionnelles, les protocoles de récupération et l’optimisation des performances deviennent de plus en plus sophistiqués. Chaque détail est désormais analysé : hydratation, alimentation, sommeil, matériel ou gestion de la douleur.
Certains observateurs estiment que le trail de haut niveau entre progressivement dans une logique comparable à celle d’autres sports d’endurance, où la performance repose sur une gestion scientifique extrêmement précise de l’organisme.
D’autres s’inquiètent au contraire d’une forme de médicalisation progressive du sport, qui pourrait éloigner le trail de ses valeurs traditionnelles.
Jonathan Albon a remporté la Classic après une course très disputée face à Hannes Namberger et Josh Wade. De son côté, Henriette Albon a réussi à creuser l’écart dans la seconde moitié de course pour s’imposer avec plus d’une heure d’avance sur ses poursuivantes.
Les deux coureurs repartent donc de Gran Canaria avec un doublé rarissime sur la distance phare de la Transgrancanaria.
Un exploit qui marque cette édition 2026… tout en laissant ouvertes certaines discussions dans le monde du trail.
Lire aussi
- Un protocole de dopage légal (par Henriette Albon)
- En 2025, l’athlète norvégienne avait suscité de nombreuses réactions dans la communauté du trail après avoir publié sur ses réseaux sociaux un tableau détaillant son protocole de course.
Cet article relève d’une analyse journalistique et d’un débat public autour de pratiques évoquées dans le sport d’endurance. Il ne constitue en aucun cas une accusation de dopage, de tricherie ou de comportement illégal à l’encontre d’Henriette Albon.
Les faits évoqués dans cet article reposent uniquement sur des informations rendues publiques par l’athlète elle-même, notamment la publication sur ses réseaux sociaux d’un tableau de stratégie de course intitulé « Legal Doping ». Les substances mentionnées dans ce document — telles que la caféine ou le paracétamol — ne figurent pas sur la liste des produits interdits par l’Agence mondiale antidopage.
La victoire d’Henriette Albon à la Transgrancanaria est reconnue comme parfaitement valide au regard du règlement de la compétition et aucune infraction aux règles antidopage n’a été signalée à ce jour.
Le présent article ne vise pas à remettre en cause l’intégrité sportive de l’athlète, ni à porter atteinte à sa réputation, ni à nuire à ses partenaires, sponsors ou équipes. Il s’inscrit dans une réflexion éditoriale plus large sur les pratiques d’optimisation de la performance dans le trail et sur les débats éthiques que celles-ci peuvent susciter dans la communauté sportive.
Conformément à la liberté d’expression et au droit d’information, cet article vise uniquement à analyser une question de fond et d’intérêt général qui concerne l’évolution du trail de haut niveau.





