La VO2 max est devenue un mot magique en course à pied. Un chiffre fétiche affiché sur les montres GPS, commenté sur Strava, comparé entre coureurs comme un classement officieux.
Plus elle est élevée, plus on se dit qu’on est “en forme”. Pourtant, dans la réalité de l’entraînement — et encore plus en trail — la VO2 max est souvent mal comprise, mal travaillée, et parfois totalement surestimée.
Comprendre ce qu’elle représente réellement, et surtout comment l’améliorer efficacement, change profondément la manière de s’entraîner.
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La VO2 max, ce qu’elle mesure vraiment
La VO2 max correspond à la quantité maximale d’oxygène que l’organisme est capable d’utiliser pendant un effort intense. C’est le plafond de ton moteur aérobie. Plus ce plafond est haut, plus tu disposes d’un potentiel élevé pour soutenir des allures rapides… à condition de savoir l’exploiter.
Chez un coureur récréatif, cette valeur se situe généralement autour de quarante-cinq à cinquante millilitres d’oxygène par minute et par kilo. Un coureur entraîné dépasse souvent les cinquante-cinq, tandis que les élites flirtent avec des valeurs très élevées. Mais ce chiffre brut ne dit pas tout. Deux athlètes avec une VO2 max identique peuvent avoir des performances très différentes sur le terrain.
En trail, c’est encore plus flagrant. Le dénivelé, la durée de l’effort, la fatigue neuromusculaire et l’économie de course pèsent parfois davantage que le simple “moteur”.
Le piège classique : croire que courir plus fait automatiquement progresser la VO2 max
C’est l’erreur la plus fréquente. Augmenter le volume d’entraînement améliore l’endurance générale, la résistance à la fatigue, la capacité à encaisser les heures de course. Mais la VO2 max, elle, ne progresse pas indéfiniment avec le kilométrage.
À un certain niveau, courir plus lentement ou plus longtemps n’augmente plus ce plafond. Pire : cela peut conduire à stagner, voire à s’user sans gain physiologique réel. Pour stimuler la VO2 max, le corps doit être exposé à des intensités élevées, suffisamment longtemps pour déclencher une adaptation cardiovasculaire.
C’est là que beaucoup de séances “classiques” passent à côté de l’objectif.
Tous les fractionnés ne se valent pas
En théorie, le fractionné est la clé pour développer la VO2 max. En pratique, tout dépend du format. Les répétitions très courtes, comme les trente secondes rapides suivies de trente secondes de récupération, sont populaires car elles donnent une impression d’intensité. Mais physiologiquement, elles sont souvent trop brèves.
Le cœur et la consommation d’oxygène mettent du temps à atteindre un niveau élevé. Sur des efforts très courts, l’organisme travaille surtout sur des filières anaérobies. On développe la capacité à sprinter, à relancer, à tolérer l’acide lactique… mais pas réellement la VO2 max.
Les formats plus longs, avec des blocs de plusieurs minutes à une intensité élevée mais contrôlée, permettent en revanche de passer davantage de temps proche du maximum aérobie. C’est cette durée passée “près du plafond” qui fait la différence.
Pourquoi les efforts longs et intenses sont plus efficaces
Lorsque l’effort dure suffisamment longtemps, la fréquence cardiaque et la consommation d’oxygène montent progressivement jusqu’à des valeurs très élevées. Le système cardiovasculaire est alors contraint de s’adapter : augmentation du débit cardiaque, meilleure utilisation de l’oxygène par les muscles, amélioration de la tolérance à l’intensité.
C’est exigeant, mentalement et physiquement, mais c’est précisément ce stress qui provoque les adaptations recherchées. En trail, ces formats trouvent naturellement leur place en côte, où la vitesse est moins déterminante que l’intensité réelle de l’effort.
Le rôle souvent sous-estimé du renforcement musculaire
Améliorer la VO2 max ne consiste pas uniquement à faire battre le cœur plus vite. La capacité à transformer ce potentiel en vitesse utile dépend aussi du système musculo-tendineux.
Un coureur plus fort, plus stable, plus résistant mécaniquement consomme moins d’énergie pour une même allure. À VO2 max identique, il va plus vite. Le renforcement musculaire lourd, lorsqu’il est bien intégré, améliore l’économie de course, la puissance en montée et la résistance aux blessures.
En trail, où chaque descente détruit les quadriceps et chaque montée sollicite fortement la chaîne postérieure, cet aspect est déterminant. Ce n’est pas une alternative à l’entraînement aérobie, mais un multiplicateur d’efficacité.
Altitude et hypoxie : une arme à double tranchant
L’entraînement en hypoxie ou en altitude fascine. Le principe est simple : en manque d’oxygène, le corps s’adapte en améliorant le transport et l’utilisation de celui-ci. Chez des coureurs expérimentés, ces méthodes peuvent effectivement amplifier les gains, à condition d’être finement dosées.
Mal utilisées, elles deviennent contre-productives. Fatigue excessive, baisse de la qualité des séances, risque accru de surmenage… Ce sont des outils avancés, qui n’ont de sens que lorsque les fondamentaux sont déjà solides.
Pour la majorité des traileurs, progresser passe d’abord par une meilleure structuration de l’intensité, une vraie alternance entre charge et récupération, et une vision plus globale de la performance.
En résumé, avoir une VO2 max élevée est un avantage mais en trail, ce n’est jamais un ticket automatique pour la performance.
Ce qui fait la différence, c’est la capacité à exploiter ce moteur sur la durée, en terrain varié, avec de la lucidité et de l’économie.
Plutôt que de chercher à maximiser un chiffre, il est souvent plus pertinent de chercher à mieux utiliser ce que l’on a déjà. Travailler l’intensité juste, renforcer le corps, améliorer l’efficacité du geste, accepter que la progression passe par la qualité plutôt que par l’accumulation.
C’est souvent là que les plus gros progrès apparaissent — pas sur l’écran de la montre, mais sur le terrain.
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