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🎧 Nessim Kerkouri avait le talent pour devenir triathlète professionnel. Mais alors qu’il cherchait à progresser dans un sport particulièrement exigeant, le Français a basculé dans le trafic de stupéfiants.
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Condamné à trois ans de prison ferme, il a passé deux années derrière les barreaux avant de retrouver la compétition. Aujourd’hui, à 32 ans, il raconte comment sa carrière sportive a failli disparaître et pourquoi il rêve encore de vivre du triathlon.
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Double vie: Du triathlon aux go fast
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Nessim Kerkouri
Quand on parle des dérives du sport de haut niveau, on pense spontanément au dopage. À ces athlètes qui cherchent à améliorer artificiellement leurs performances, parfois pour gagner quelques secondes, parfois pour obtenir les résultats qui leur permettront enfin de vivre de leur discipline.
L’histoire de Nessim Kerkouri est différente, mais elle pose une question assez proche : jusqu’où peut-on aller lorsque l’on possède les capacités pour réussir, sans disposer des moyens financiers nécessaires pour accompagner ses ambitions ?
Originaire de Guebwiller, en Alsace, Nessim Kerkouri découvre le triathlon en 2013, à 19 ans. La discipline lui offre rapidement un objectif et un cadre. Il progresse, apprend à gérer les trois sports et se découvre des qualités particulièrement intéressantes en cyclisme et en course à pied.
En 2014, il participe à un Ironman à Vichy. Il est alors en tête de sa catégorie au moment d’aborder le marathon, mais s’effondre pendant l’épreuve, victime notamment d’une mauvaise gestion de son effort et de son alimentation.
Cet échec ne met pas fin à ses ambitions. Au contraire, il continue de s’entraîner, travaille en intérim pour financer son matériel et participe à des compétitions internationales.
Fin 2019, il termine quatrième de l’Ironman 70.3 de Bahreïn. Le podium lui échappe, mais ses performances commencent à attirer l’attention.
Le problème, c’est l’argent.
Dans le triathlon, le talent ne suffit pas toujours à payer un vélo
Contrairement à la course à pied, où une bonne paire de chaussures permet déjà de s’entraîner sérieusement, le triathlon longue distance exige des investissements considérables.
Vélo de compétition, déplacements, inscriptions, préparation : pour un sportif qui cherche à atteindre le haut niveau sans soutien financier important, les dépenses s’accumulent.
Nessim Kerkouri voit certains concurrents bénéficier d’équipements très coûteux, parfois financés par leur famille. Lui doit travailler pour payer sa passion.
Cette différence de moyens finit par nourrir un sentiment de frustration.
C’est dans ce contexte qu’il fait une rencontre qui va bouleverser sa vie.
Alors qu’il travaille sur un circuit automobile, ses capacités de conducteur attirent l’attention d’un homme qui lui propose une mission rémunérée 5 000 euros.
Il refuse dans un premier temps, avant de finir par accepter.
Cette mission consiste à transporter des marchandises dans le cadre d’un trafic de stupéfiants.
Ce qu’il imagine être une opération isolée devient le début d’un engrenage.
De sportif prometteur à chauffeur pour des trafiquants
Selon le récit qu’il vient de livrer au journal L’Équipe, Nessim Kerkouri tente de couper les ponts après sa première mission.
Mais quelques semaines plus tard, des hommes viennent le menacer. Il raconte avoir été frappé et intimidé au moyen d’une photographie de sa mère, destinée à lui faire comprendre que sa famille pourrait être en danger.
Pendant près de trois ans, il continue de réaliser des transports pour le réseau.
Il évoque une vingtaine de trajets, notamment entre l’Espagne, les Pays-Bas et plusieurs villes françaises.
D’un côté, il conserve son identité de sportif. De l’autre, il participe à une activité criminelle dont il ne parvient plus, selon son témoignage, à se dégager.
La situation prend fin le 16 mai 2022.
Ce matin-là, les gendarmes interviennent à son domicile. Ils découvrent environ 10 000 euros en espèces et une centaine de grammes de cocaïne.
Il est condamné à trois ans de prison ferme pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants en bande organisée.
Sa carrière de triathlète s’interrompt brutalement.
En prison, c’est la course à pied qui l’aide à tenir
Nessim Kerkouri passe deux années à la prison de l’Elsau, à Strasbourg, avant d’être libéré en avril 2024. Il effectue ensuite six mois sous surveillance électronique.
Derrière les barreaux, les conditions de détention sont difficiles. Il partage une cellule de neuf mètres carrés avec un autre détenu.
Mais le sport finit par retrouver une place dans son quotidien.
Encouragé par plusieurs personnes rencontrées en détention, il reprend progressivement l’entraînement. Il participe notamment aux Jeux pénitentiaires, où il remporte une épreuve de 5 kilomètres sur tapis de course, en environ quinze minutes.
Une performance qui rappelle que ses capacités physiques sont toujours là, malgré les années perdues loin de la compétition.
C’est également en prison qu’il commence à écrire son histoire, encouragé notamment par l’écrivain Mathieu Palain.
Cette période donnera naissance au livre Double vie : du triathlon aux go fast, écrit avec le journaliste Guillaume Krempp et publié chez Flammarion.
Après la prison, il retrouve un podium sur une épreuve d’endurance
Retrouver la liberté ne signifie pas retrouver immédiatement son niveau sportif.
Ses premières compétitions après sa sortie de prison sont difficiles. Les résultats ne correspondent pas à ses attentes et il envisage même d’abandonner.
Son entraîneur l’incite alors à participer à une épreuve pour le plaisir, sans chercher à tout prix une performance.
Le 11 octobre 2025, Nessim Kerkouri prend le départ de l’Ironcat d’Ampolla, en Espagne.
Au programme : 3,8 kilomètres de natation, 150 kilomètres de vélo et 30 kilomètres de course à pied.
Il termine deuxième.
Ce résultat représente beaucoup plus qu’une place sur un podium. Après deux années de détention et une reprise compliquée, il retrouve les sensations qui l’avaient poussé à choisir le triathlon plus de dix ans auparavant.
Aujourd’hui, il travaille comme coach sportif et s’entraîne environ 25 heures par semaine.
Il ambitionne toujours de devenir triathlète professionnel et s’est fixé l’année 2028 comme échéance pour y parvenir.
En résumé, son histoire rappelle que la réussite sportive dépend aussi de ce qui se passe en dehors des compétitions
Le parcours de Nessim Kerkouri ne doit pas faire oublier la gravité des faits pour lesquels il a été condamné. Participer à un trafic de stupéfiants reste un choix lourd de conséquences, pour soi-même comme pour les autres.
Mais son témoignage met aussi en lumière une réalité rarement évoquée dans les récits consacrés aux athlètes : celle des sportifs talentueux qui doivent financer seuls leur progression.
En trail, en course à pied comme en triathlon, les performances ne se construisent pas uniquement pendant les séances d’entraînement. Elles dépendent aussi du temps disponible, de l’environnement familial, des ressources financières et des rencontres.
Tous les sportifs qui peinent à financer leurs ambitions ne basculent évidemment pas dans la criminalité. Et les difficultés matérielles ne suffisent pas à expliquer les décisions de Nessim Kerkouri.
Son histoire montre néanmoins à quel point une trajectoire sportive peut être bouleversée par des choix effectués loin des terrains de compétition.
À 32 ans, le triathlète alsacien tente désormais de construire une nouvelle vie. Il lui reste deux années pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé.
Devenir professionnel ne fera pas disparaître son passé. Mais ce serait, pour lui, une manière de reprendre le chemin qu’il avait abandonné.
Source
- témoignage de Nessim Kerkouri recueilli par Romuald Gadegbeku, publié dans L’Équipe le 7 octobre 2026.
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