sources préférées Google
🎧 À l’occasion du Festival des Templiers 2026, Gilles Bertrand, cofondateur de l’épreuve, a livré un discours particulièrement dérangeant sur le dopage dans le trail.
Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:52
Selon lui, les contrôles antidopage restent insuffisants pour détecter certaines pratiques, alors même que les performances progressent, que les primes augmentent et que le trail se professionnalise. Derrière les podiums, les records et les discours sur les valeurs du sport nature, une question embarrassante se pose : à quoi sert de contrôler les athlètes si les plus organisés peuvent échapper aux tests ?
Chaussures de trail en vente sur Alltricks
chaussures de Trail Kiprun Kipsummit Race
Dopage dans le trail : Gilles Bertrand dénonce les limites des contrôles antidopage
Le Festival des Templiers se déroule du 15 au 18 octobre 2026 à Millau, en Aveyron. Cette année, l’événement ne se contente pas de réunir quelques-uns des meilleurs traileurs internationaux. Il entend également défendre une politique antidopage plus ambitieuse.
En marge de la présentation des élites, Gilles Bertrand a rappelé que le dopage n’était absolument pas une nouveauté dans la discipline.
Selon ses déclarations rapportées sur les réseaux sociaux, les premiers contrôles organisés aux Templiers, dès 1997, avaient déjà révélé des cas positifs.
Près de trente ans plus tard, le contexte a profondément changé. Le trail attire davantage de sponsors, les meilleurs athlètes peuvent désormais vivre de leur sport et certaines compétitions distribuent des primes conséquentes.
Autant d’évolutions qui rendent la victoire encore plus précieuse, mais qui peuvent également augmenter la tentation de tricher.
Car contrairement à l’image parfois entretenue par le milieu, courir en montagne, traverser des paysages sauvages et afficher une proximité avec la nature ne protègent absolument pas du dopage.
Le problème des contrôles : rechercher l’EPO coûte cher, et tout le monde ne le fait pas
C’est probablement le passage le plus intéressant des déclarations de Gilles Bertrand.
Depuis deux ans, le Festival des Templiers travaille avec l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), dans le cadre d’actions de prévention et de contrôles financés par l’organisation.
Gilles Bertrand explique que les Templiers prennent en charge des analyses qu’il qualifie de niveau B, permettant notamment de rechercher l’EPO. Il distingue ces contrôles d’analyses plus coûteuses susceptibles de rechercher également l’hormone de croissance.
Il affirme que beaucoup d’autres organisateurs se limitent à des contrôles moins approfondis.
Et c’est précisément là qu’apparaît toute l’hypocrisie du système.
Une compétition peut annoncer fièrement qu’elle pratique des contrôles antidopage. Les athlètes peuvent passer devant les préleveurs, fournir leurs échantillons et repartir avec un résultat négatif. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes les substances interdites ont été recherchées ni qu’aucune pratique dopante n’a eu lieu.
Certaines substances, notamment l’EPO et l’hormone de croissance, nécessitent des analyses spécialisées qui ne sont pas systématiquement effectuées sur tous les échantillons.
Un contrôle antidopage négatif n’est donc pas une preuve absolue qu’un athlète est propre. C’est le résultat des recherches réalisées sur un prélèvement à un moment donné.
Cette nuance est essentielle lorsqu’on parle de performances de très haut niveau.
La micro-EPO, symbole des failles du système antidopage
Gilles Bertrand va encore plus loin lorsqu’il affirme qu’un sportif parfaitement organisé pourrait échapper aux contrôles malgré l’utilisation d’EPO en petites quantités.
La formule frappe parce qu’elle remet en cause la valeur rassurante que l’on accorde souvent aux tests négatifs.
L’EPO est une hormone qui stimule la production de globules rouges. Utilisée à des fins dopantes, elle peut améliorer le transport de l’oxygène, ce qui représente un avantage majeur dans les sports d’endurance comme le marathon, le cyclisme ou l’ultra-trail.
Les prises en petites quantités constituent un défi pour les organismes antidopage. Leur détection dépend notamment des méthodes d’analyse, du calendrier des prélèvements et du suivi biologique.
Il serait cependant excessif d’affirmer que ces pratiques sont systématiquement indétectables. Le passeport biologique, les contrôles ciblés et les enquêtes peuvent mettre en évidence des anomalies ou permettre de sanctionner des sportifs même en l’absence d’un contrôle directement positif.
Le problème soulevé par Gilles Bertrand reste néanmoins entier : les moyens consacrés à la lutte antidopage sont-ils réellement à la hauteur de la sophistication des pratiques que les autorités cherchent à combattre ?
C’est toute la différence entre afficher une politique de contrôle et disposer d’un dispositif suffisamment complet pour être réellement dissuasif.
Aux Templiers, les podiums seront contrôlés, mais pas seulement
Pour cette édition 2026, trois épreuves disposant de primes financières sont concernées par les contrôles annoncés : l’Endurance Trail, le Marathon du Larzac et le Grand Trail des Templiers.
Les trois premiers hommes et les trois premières femmes de chacune de ces courses doivent être contrôlés.
Mais le dispositif ne s’arrête pas aux podiums.
Selon Gilles Bertrand, l’AFLD pourra également sélectionner certains athlètes faisant l’objet d’une attention particulière, sans communiquer préalablement leur identité aux organisateurs.
Cette approche est importante car limiter les prélèvements aux trois premiers présente une faiblesse évidente : le dopage peut aussi concerner les coureurs qui terminent plus loin au classement.
Il reste toutefois impossible de mesurer l’efficacité réelle du dispositif sans connaître le nombre de contrôles effectivement réalisés, les analyses demandées et les suites éventuellement données aux résultats.
Certaines élites éviteraient-elles les courses où les contrôles sont plus poussés ?
Si cette situation était confirmée, elle montrerait que les organisateurs disposant de politiques antidopage exigeantes peuvent se retrouver désavantagés.
Une compétition qui investit dans les contrôles pourrait, paradoxalement, perdre certains concurrents, tandis qu’une autre, moins regardante, continuerait à attirer de grands noms.
Mais aucune identité ni aucun élément permettant de vérifier cette affirmation n’ont été fournis dans les déclarations rapportées. Il serait donc injustifié d’accuser un sportif absent des Templiers de chercher à éviter un contrôle.
En revanche, l’idée d’une harmonisation des exigences antidopage entre les grandes compétitions mérite clairement d’être posée.
Pourquoi le niveau de surveillance devrait-il dépendre des moyens financiers ou de la volonté de chaque organisateur ?
Le risque concerne aussi les coureurs amateurs et les compléments alimentaires
L’autre volet du combat mené par les Templiers concerne la prévention.
Selon les chiffres de l’étude Sport and Cycle 2026 cités dans la publication, six coureurs sur dix auraient consommé des produits de nutrition sportive au cours de l’année écoulée, et 58 % des consommateurs interrogés ignoreraient les risques potentiels de contrôle positif.
Ces chiffres, dont la méthodologie précise n’a pas pu être vérifiée indépendamment, invitent à distinguer les produits de nutrition sportive ordinaires des compléments alimentaires susceptibles de contenir des substances interdites.
Car un gel énergétique, une boisson glucidique et un complément alimentaire ne présentent pas nécessairement les mêmes risques.
L’AFLD rappelle que certains compléments peuvent contenir des substances interdites, parfois absentes de l’étiquette, notamment en raison d’une contamination lors de la fabrication. Elle recommande de privilégier les produits bénéficiant de contrôles indépendants et de vérifier leur composition.
Cette prévention concerne aussi bien les élites que les amateurs, qui peuvent être soumis aux règles antidopage sans toujours bien les connaître.
En résumé, l’hypocrisie du dopage dans le trail : célébrer les performances sans se donner les moyens de vérifier
Les propos de Gilles Bertrand arrivent à un moment particulier pour le trail français.
Ce week-end du 17 et 18 octobre 2026, les regards se tournent simultanément vers le Festival des Templiers et le Grand Raid de La Réunion, où les meilleurs coureurs repoussent une nouvelle fois les limites de l’endurance.
Les performances exceptionnelles font partie de la beauté de ce sport. Elles résultent souvent d’années de travail, d’une préparation remarquable et de qualités physiologiques hors du commun.
Il serait absurde de transformer chaque record ou chaque victoire impressionnante en suspicion de dopage.
Mais il serait tout aussi absurde de considérer qu’un contrôle négatif suffit, à lui seul, à dissiper toutes les interrogations.
L’hypocrisie commence précisément lorsqu’on prétend défendre un sport propre tout en acceptant que les moyens de contrôle restent très variables d’une compétition à l’autre.
Les organisateurs veulent de grandes performances, les sponsors veulent de la visibilité, les spectateurs veulent des records et les athlètes veulent gagner. Pourtant, lorsque vient la question du financement d’une véritable politique antidopage, les responsabilités deviennent beaucoup moins évidentes.
Le mérite de Gilles Bertrand est de mettre publiquement cette contradiction sur la table, même si certaines de ses accusations demandent à être étayées et nuancées.
La question n’est donc pas de savoir si tous les champions du trail sont suspects. Elle est de savoir si le système actuel protège suffisamment ceux qui respectent les règles.
Et tant qu’un organisateur pourra se vanter d’effectuer des contrôles sans préciser ce qui est réellement recherché, combien de coureurs sont testés et quel suivi existe en dehors des compétitions, le doute continuera d’accompagner une partie des performances.
C’est peut-être cela, finalement, le vrai scandale : le sport demande aux athlètes d’être irréprochables, mais il ne se donne pas toujours les moyens de le vérifier.
Lire aussi
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
u-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
🏃 Produire une information libre et accessible à tous a un coût.
⚖️ Certains de nos articles entraînent aussi des pressions ou des procédures juridiques.
❤️ Votre soutien nous aide à nous défendre et à préserver notre liberté éditoriale.






