Kilian Jornet publie (enfin) son bilan carbone 2025… et tente de justifier l’injustifiable
Le traileur le plus influent au monde affiche 11 tonnes de CO₂ pour 2025. Et ce qui choque, plus que le chiffre… c’est son discours pour s’en dédouaner.
La publication très attendue du bilan carbone de Kilian Jornet
Chaque année depuis 2019, Kilian Jornet publie son propre bilan carbone. Un exercice rare dans le monde du sport, qui lui avait valu à juste titre le respect de nombreux fans soucieux d’écologie. Mais en 2025, son silence prolongé avait interpellé — surtout au vu de son année particulièrement chargée en déplacements aériens, avec deux allers-retours vers les États-Unis.
Il vient finalement de publier ce bilan… et le malaise est palpable. Pas à cause des 11 tonnes de CO₂ émises en 2025. Mais parce que le champion tente de relativiser, de minimiser, voire de détourner l’attention.
Avec 11 tonnes de CO₂, le bilan carbone de Jornet est 5 fois plus élevé que les recommandations officielle… BRAVO pour un défenseur de la montagne
Sur le papier, Kilian affiche une empreinte carbone presque deux fois plus élevée qu’en 2024. La raison principale ? Deux voyages aux États-Unis, dont un pour la Western States et un autre pour le projet States of Elevation. Il l’avoue lui-même dans une infographie : ces seuls trajets ont « presque doublé » son empreinte par rapport à l’année précédente.
Et pourtant, au lieu de simplement assumer, il développe un discours qui dérange. Il explique que son mode de vie est “cohérent”, qu’il vit en Norvège, roule en voiture électrique d’occasion, achète d’occasion, évite les banques polluantes, et que la majorité de ses émissions ne vient “pas que de l’avion”… alors que son propre graphique indique que 66,4 % de son empreinte vient de la mobilité.
BILAN CARBONE : ce que disent les recommandations officielles
Selon l’Agence de la transition écologique (ADEME), le Haut Conseil pour le Climat et le GIEC, l’objectif compatible avec l’Accord de Paris est clair :
pour rester sous +1,5 °C, l’empreinte carbone individuelle doit descendre autour de 2 tonnes de CO₂ par an d’ici 2050, avec une trajectoire déjà inférieure à 5 tonnes aujourd’hui.
En France, la moyenne est encore autour de 9 tonnes par personne.
Un sportif professionnel affichant 11 tonnes se situe donc au-dessus de la moyenne nationale, et très loin des seuils compatibles avec un mode de vie soutenable.
Ce n’est pas une opinion, ce sont des ordres de grandeur scientifiques.
Ce qui dérange, ce n’est pas le chiffre. C’est la tentative de justification
Kilian Jornet n’est pas un traileur comme les autres. Il est une figure, une autorité morale du milieu, un ambassadeur de la montagne. Il le sait. Il l’assume d’ailleurs en écrivant qu’il est “inquiet pour l’avenir de ses enfants” et qu’il veut “être cohérent”.
Mais publier un graphique où l’empreinte aérienne explose… tout en affirmant que « les petits gestes du quotidien comptent plus qu’un long-courrier » revient à tordre la réalité.
C’est factuellement faux : un aller-retour Europe-États-Unis en avion, c’est environ 2 tonnes de CO₂ par personne. Multiplie ça par deux (Western States + States of Elevation), ajoute les autres déplacements, et tu obtiens l’essentiel de son impact annuel.
Ce n’est pas l’achat de vêtements d’occasion ni l’utilisation d’une banque éthique qui compensera ça. Et Kilian le sait.
Un discours qui devient contre-productif
Le plus dérangeant dans cette communication, c’est qu’elle brouille le message pour tous les autres. Plutôt que d’assumer une contradiction ou d’ouvrir un débat sur les limites de la performance durable, Kilian cherche à se positionner comme un modèle malgré tout.
Sauf que les faits sont là : en 2025, il a fait le choix de voler loin, deux fois, pour des projets personnels, alors même qu’il disait vouloir « passer plus de temps avec sa famille » et « faire moins de longs projets ».
Kilian Jornet reste un athlète hors norme, un pionnier du trail, et un homme sincèrement engagé sur de nombreux points. Il a fait avancer la cause écologique dans le sport bien plus que d’autres. Mais ce bilan 2025, et surtout le discours qui l’accompagne, révèle une fracture.
On peut s’engager, et aussi se remettre en question. On peut changer, mais on ne peut pas manipuler les chiffres ni faire passer un message faux : non, les petits gestes ne compensent pas les grands trajets.
Pourquoi on ne peut pas « décorréler » l’avion du reste
Le raisonnement consistant à dire que « les gestes du quotidien comptent plus qu’un vol long-courrier » est trompeur pour une raison simple :
un aller-retour Europe–États-Unis représente à lui seul 1,8 à 2,5 tonnes de CO₂ par personne, soit l’intégralité du budget carbone annuel soutenable d’un humain.
Autrement dit :
– Tu peux être végétarien.
– Tu peux rouler en voiture électrique.
– Tu peux acheter d’occasion.
– Tu peux avoir une banque éthique.
Mais un seul vol transatlantique annule tous ces efforts pendant une année entière.
Dans le cas de Kilian Jornet, ses propres graphiques montrent que 66 % de son empreinte provient de la mobilité, donc très majoritairement de l’aérien. On ne parle pas d’un poste secondaire : c’est le cœur du problème climatique.
Décorréler l’avion, c’est donc :
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Aller contre les ordres de grandeur physiques.
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Envoyer un message faux au grand public.
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Laisser croire qu’un mode de vie « vert » peut compenser des vols long-courriers répétés.
Or, du point de vue climatique, il n’existe pas de compensation comportementale à l’aviation intercontinentale. Il n’y a que deux leviers réels :
voler beaucoup moins, ou accepter une empreinte incompatible avec les objectifs climatiques.
C’est cette dissonance — pas le chiffre brut — qui pose problème.
En résumé, il n’y a pas de honte à échouer ou à être imparfait… mais
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Cet article s’inscrit dans une démarche journalistique d’analyse critique, à partir de données publiques librement diffusées par Kilian Jornet lui-même.
Nous reconnaissons pleinement son rôle fondamental dans le développement du trail moderne, ainsi que le courage et la constance dont il fait preuve en publiant chaque année son bilan carbone – un geste de transparence rare dans le sport de haut niveau.
Notre objectif n’est pas de discréditer l’homme, mais d’interroger la cohérence du discours public qu’il tient sur les enjeux climatiques, en le confrontant aux ordres de grandeur scientifiques et aux recommandations officielles.
Le titre de cet article, volontairement percutant, qualifie non pas la personne, mais la stratégie de communication employée :
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Le terme « hypocrisie » fait référence à la contradiction manifeste entre les valeurs environnementales affichées par Kilian Jornet et les faits objectifs qu’il présente lui-même (multiples vols long-courriers en 2025, représentant plus de 60 % de son empreinte carbone).
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Le mot « honteux » vise le message produit autour de ces chiffres, notamment la tentative de relativisation de l’impact de l’aviation, qui va à l’encontre des consensus scientifiques.
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