UTMB : changer le monde ou trier les clients ?
C’est officiel depuis quelques jours, l’UTMB 2026 se veut plus ++ écolo.
C’est en tout cas le message affiché par l’organisation. La mise en place d’un bonus au tirage au sort pour celles et ceux voyageant avec un faible coût carbone, ainsi qu’une taxe de compensation, permettent à la célèbre course de se revendiquer plus verte.
Mais derrière cette communication se pose une vraie question : ce système privilégie-t-il réellement les comportements responsables, ou bien redessine-t-il les contours d’un événement de plus en plus sélectif ?
À l’UTMB, un coureur, même tiré au sort, même inscrit sur 160 km, reste aussi un client. Peu importe comment il s’est investi pour en arriver là, il doit composer avec les nouvelles règles du jeu.
Vos chaussures de trail Brooks sont en vente sur Amazon
lien affilié
UTMB, les nouvelles règles écolo
Rappelons rapidement ce qui a été annoncé ces derniers jours.
-
Un bonus de 30 % au tirage au sort pour ceux qui déclarent un mode de transport « vertueux » (train, bus, covoiturage… mais pas la voiture individuelle, même électrique).
-
Une contribution carbone obligatoire pour tous, modulée en fonction de la distance et du mode de transport.
Concrètement, cela signifie que tout le monde devra payer un peu plus, parfois jusqu’à une centaine d’euros supplémentaires. À cela s’ajoute le coût du dossard, du matériel obligatoire, et du trajet pour se rendre à Chamonix. L’addition grimpe vite.
Le tirage au sort ne sélectionne donc plus seulement des coureurs prêts à relever un défi physique, mais aussi ceux qui peuvent se permettre cette dépense globale.
De l’écologie, mais pour qui ?
Ces mesures peuvent paraître vertueuses, mais elles s’adressent surtout à un certain profil. Si vous habitez près d’une grande gare SNCF, tant mieux pour vous. Si vous êtes en ville, bien desservi par les bus nationaux, c’est aussi un avantage.
Mais si vous vivez dans une zone moins bien connectée, les choses se compliquent. Il faudra du temps, des correspondances et souvent des frais supplémentaires pour pouvoir vous aligner sur un mode de transport jugé vertueux. Cela peut finir par rendre l’UTMB inaccessible à certaines personnes ou familles.
En somme, ce système renforce un profil déjà dominant dans le peloton UTMB : celui d’un coureur urbain, bien équipé, avec du temps et des moyens financiers. Rien de répréhensible en soi. Mais cela interroge sur la diversité socio-géographique que le trail a longtemps revendiquée.
Quel est le vrai rôle du tirage au sort ?
Avec ces évolutions, le tirage au sort semble évoluer lui aussi. Il devient un filtre de plus, auquel s’ajoutent les frais de déplacement, de participation et maintenant de contribution carbone.
Ces barrières peuvent décourager certains profils, en particulier ceux qui gèrent leur passion avec un budget serré. Et pourtant, ces coureurs sont souvent très investis dans leur préparation, leur pratique, et leur amour du trail.
À Chamonix, la dernière semaine d’août, c’est 50 000 visiteurs, des sportifs du monde entier, plus de 100 marques présentes, des expositions, des animations, des stands. Et cela s’accompagne d’une offre de produits souvent premium : montres GPS, chaussures dernier cri, nutrition spécialisée…
Le budget UTMB tourne autour de 1 000 euros pour beaucoup de participants. L’objectif affiché d’un événement de cette ampleur est aussi économique : faire vivre un écosystème, valoriser des partenaires, maintenir une dynamique commerciale.
Cela n’est pas un mal en soi. Mais cela entraîne une sélection naturelle. Les profils plus modestes, ceux qui doivent parfois courir avec des chaussures usées ou emprunter leur sac d’hydratation, risquent peu à peu d’être moins visibles, moins présents, moins représentés.
Un modèle à interroger
L’UTMB reconnaît que 86 % de son empreinte carbone provient des déplacements. C’est un fait documenté. Et toute mesure qui vise à réduire cet impact est légitime. Mais une autre voie aurait pu être explorée : celle de la sobriété, de la limitation du nombre de participants, ou du développement d’initiatives locales.
À la place, le modèle s’oriente vers une « optimisation » du public, en encourageant ceux qui peuvent le plus facilement s’adapter aux règles — et contribuer au modèle économique.
Par ailleurs, le système de qualification à l’UTMB repose sur la participation à des courses réparties dans le monde entier. Or, ces courses-là, bien que liées au circuit, ne sont pas toutes soumises à une réglementation carbone. Ce qui soulève une question de cohérence.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les efforts faits ou l’engagement de nombreux acteurs. Mais d’ouvrir un débat. Car dans un sport aussi exigeant que le trail, la question de l’accessibilité — financière, géographique, logistique — reste centrale. Et l’écologie ne peut pas devenir un filtre social.
Lire aussi
- By UTMB : le nombre de traileurs participant tous les ans aux courses du circuit est FOU(S’ouvre dans un nouvel onglet)
- Le graal de tout Traileur : UTMB !!(S’ouvre dans un nouvel onglet)
- La communauté trail dénonce le « greenwashing » de l’UTMB
- L’UTMB est à nouveau sous le feu des critiques
- Avec UTMB GO, les vrais traileurs écolos auront 30 % de chances en plus d’être tirés au sort
Cet article est une analyse journalistique subjective de l’évolution des critères d’accès à l’UTMB 2026. Il ne remet pas en cause la légitimité des choix stratégiques de l’organisation, mais propose une lecture critique de leurs effets potentiels. Toute interprétation abusive est à proscrire : uTrail reconnaît le rôle moteur de l’UTMB dans le développement mondial du trail et son apport à la visibilité de la discipline.







