L‘Ultra Tunnel est peut-être la seule course au monde encore plus cruelle que la Barkley Marathons.
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Comparaison entre l’Ultra Tunnel et la Barkley
C’est une déclaration qui risque de perturber certains. La Barkley est l’autorité incontestée lorsqu’il s’agit de courses impossibles. Depuis l’année 1995, seulement vingt athlètes ont réussi à terminer les cinq tours de 32 kilomètres dans les collines boueuses du Tennessee en moins de 60 heures. Vingt. Sur une période de trois décennies. Cela souligne à quel point le taux de réussite est très bas. En 2024, Jasmin Paris a réalisé un exploit en étant la première femme à achever les cinq boucles, battant la limite de temps de seulement 99 secondes. Quatre-vingt-dix-neuf secondes suite à 60 heures de compétition hors-piste dans le noir et la boue.
C’est la Barkley, ça. On l’appelle couramment la course qui dévore ses jeunes.
Passons maintenant à l’Ultra Tunnel.
320 kilomètres sous terre
Chaque année, une compétition a lieu dans le tunnel de Combe Down à Bath, en Angleterre, qui remet en cause nos connaissances sur la souffrance choisie. L’Ultra Tunnel représente 320 kilomètres au sein du plus vaste tunnel réservé aux piétons au Royaume-Uni. Cent boucles d’1,8 kilomètre. Deux cents passages. Limite de temps fixée à cinquante-cinq heures. La course se déroule à quatre-vingt-dix-neuf pour cent sous terre.
Le sol est nivelé. Pas de dénivelé, pas de boue, pas de navigation en dehors des sentiers. En théorie, cela paraît presque logique par rapport à la Barkley.
Mais voilà ce qu’on ne voit pas sur le papier. Entre 23 heures et 5 heures du matin, le tunnel plonge dans une obscurité quasi totale. Pas de zone de repos. Pas d’abri. Un seul point de contrôle à une extrémité, avec de l’eau, du Coca et quelques collations emballées. Aucun support extérieur autorisé. Pas d’écouteurs, pas de bâtons. Juste toi, ta frontale, et le son de tes pas qui résonnent depuis des heures dans un conduit de pierre victorien.
La privation sensorielle comme arme principale
Ce qui rend l’Ultra Tunnel particulièrement dévastateur, c’est ce qu’il fait au cerveau plutôt qu’au corps. La Barkley brise les jambes, les pieds, les genoux. Elle épuise physiquement avec ses 60 000 pieds de dénivelé positif et ses ronces qui griffent dans le noir. Mais elle offre quelque chose que l’Ultra Tunnel n’offe pas : de la variété. Du paysage. Des repères visuels. Une forêt qui change, un ciel qui pâlit à l’aube, des checkpoints avec des livres dont il faut arracher des pages pour prouver son passage.
Dans le tunnel, il n’y a rien de tout ça. La même longueur. Le même plafond de pierre. Le même écho des pas. Boucle après boucle, heure après heure, jour après nuit. Les coureurs rapportent régulièrement des hallucinations causées par la privation sensorielle combinée au manque de sommeil. Le cerveau, privé de stimuli nouveaux, commence à en inventer. Ce n’est plus une course à ce stade. C’est une expérience psychologique à la limite du supportable.
Le taux d’abandon parle de lui-même : 95 % depuis la création de la course en 2019.La Barkley est impitoyable, cependant, elle permet à la plupart de ses concurrents de partir après une ou deux tours tout en préservant leur fierté. L’Ultra Tunnel, quant à lui, engloutit presque tout le monde sans exception.
Ultra Tunnel vs Barkley, deux courses, deux types de folie
Ce serait injuste de dire qu’une course est objectivement pire que l’autre, parce qu’elles ne s’attaquent pas aux mêmes failles.La Barkley évalue tes capacités physiques, ton habileté à te déplacer, ta tolérance au froid et à l’humidité, et ta résistance face à une montagne qui paraît faite pour te rabaisser. L’Ultra Tunnel, quant à lui, vise à explorer un aspect plus profond et plus ardu à entraîner : ta capacité à supporter l’ennui extrême, la répétition hypnotique et le manque total de stimulation externe.
Pour s’inscrire à l’Ultra Tunnel, il faut d’ailleurs avoir terminé au minimum une course de 160 kilomètres. Les organisateurs savent très bien que les jambes ne seront pas le problème. C’est tout le reste qui lâchera.
La Barkley est une légende.
L’Ultra Tunnel est peut-être quelque chose d’encore plus obscur. Dans tous les sens du terme.
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Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier






