L’UTMB de Chamonix a bien vécu. Cela reste un parcours exceptionnel, mais la multiplication des UTMB à travers la planète a fini par tuer l’attrait de cet UTMB World Series Finals. Pourquoi s’entêter à glaner des points (bon, ok, des “Running Stones”), passer par un tirage au sort plus frustrant qu’efficace, tout ça pour courir sur des sentiers qui sont en libre-service le reste de l’année ? Il faut vraiment ne rien avoir à faire de mieux. Non, vraiment, il y a d’autres challenges par ce monde de l’ultra running et ma préférée du moment c’est cette bonne vielle Badwater® 135 qui démarre aujourd’hui dans la Vallée de la Mort, en Californie, aux États-Unis.
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Par Gaël Dutigny, 4 UTMB, 10 MDS, 17 Ironman.
Badwater
De quoi s’agit-il ? La Badwater® 135 existe depuis 47 ans.
Badwater
Elle a été lancée officiellement en 1987, mais le premier homme à terminer le parcours, Al Arnold, l’a fait en 1977 et en 84 heures. La course fait donc 135 miles, c’est-à-dire 217km à parcourir en non-stop du Badwater Basin de Death Valley au Whitney Portal du Mont Whitney, le tout en Californie. Le Badwater Basin à Death Valley, c’est le point le plus bas de l’Amérique du Nord : 85 mètres sous le niveau de la mer. Le Whitney Portal, c’est quant à lui un point situé à 2530m d’altitude, sur la route qui mène au sommet du Mt. Whitney, le 11ᵉ plus haut sommet des USA – les 10 premiers se trouvent en Alaska. Enfin, la Badwater® 135, c’est 4450m de dénivelé positif cumulé et 1859m de dénivelé négatif cumulé. Rien à voir avec un UTMB, une Diagonale des Fous, ou même une Hardrock, mais ce n’est pas la question.
La Badwater, pourquoi c’est une des courses les plus dures du monde ?
D’abord, elle se court entièrement sur la bitume. Ensuite, les températures sur les 45 premiers miles, jusqu’au Towne Pass, dépassent toujours les 45 degrés Celsius et même souvent les 50 degrés. Il n’est pas rare que les semelles de chaussures de course à pied fondent sur le bitume. Véridique ! Bref, même si la température redescend ensuite lentement avec le parcours qui monte en altitude, le mal est souvent fait et les corps sont au bord de la rupture. Les esprits aussi. C’est donc une épreuve hors norme, où il n’y a rien à gagner, à part la gloire de l’avoir fait. C’est aussi pour cela que nos athlètes élites ne s’y rendent jamais et que ce ne sont que des amateurs inconnus qui gagnent. Mis à part Scott Jurek en 2005 et 2006, ancien pro mythique de chez Brooks. Fait intéressant qui en dit long sur la physiologie des coureurs d’ultra quand les distances s’allongent vraiment : l’an passé, c’est une jeune femme qui gagne au scratch et en 21h44’35’’. Son nom : Ashley Paulson, 41 ans. Seule Pamela Reed l’avait fait avant elle en 2002 et 2003 (où elle avait d’ailleurs battu Dean Karnazes de 25 bonnes minutes).
Parce que toutes ces courses au tirage au sort dont j’ai parlé plus haut, UTMB de Chamonix en tête, te coûtent une blinde. Parce que tu ne le fais que pour pouvoir te vanter de l’avoir fait après. Parce que, finalement, quand tu prends un peu de recul, l’UTMB est vraiment loin d’être la course la plus difficile du monde. Parce que mon gars, ma fille, si tu termines un jour la Badwater® 135, tu auras fait quelque chose de rare, de grand, d’unique. D’ici-là, arrête de te la jouer parce que tu ne fais rêver personne. La Badwater® 135, c’est LA nouvelle limite à repousser, c’est LA frontière à franchir, c’est une des courses ultimes que si peu de gens ont fait, font et feront dans leur vie. Oublie tout le reste. Badwater® 135, c’est pour les durs au mal, les vrais.