Ce n’est pas une théorie scientifique. C’est une observation.
Depuis quelques années, je regarde autour de moi et je vois le même parcours se répéter : des gens arrivent ici de France, souvent des coureurs de route ou des sportifs sans discipline fixe, et en l’espace d’un ou deux ans, ils chaussent des chaussures de trail et se retrouvent dans les sentiers. Pas parce qu’on les a forcés. Parce que le Québec les y a amenés naturellement.
J’ai deux amis français qui sont passés par là. Arrivés ici pour vivre, pas pour courir en montagne. Aujourd’hui, ils sont traileurs. On ne les ai pas recrutés. La province s’en est chargée toute seule.

Des coureurs au Québec et un territoire qui parle fort
Il y a quelque chose dans le rapport que les Québécois entretiennent avec la nature qui est difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas vécu. L’hiver impose une relation physique avec l’extérieur dès le départ. Tu apprends vite que le froid ne t’empêche pas de sortir, il change juste comment tu t’habilles. Et une fois que cette barrière-là tombe, le reste suit.
Les forêts sont accessibles. Les parcs nationaux sont partout. Les sentiers de raquette deviennent des sentiers de course au printemps. La culture du plein air n’est pas réservée à une élite sportive ou à des gens avec un budget de camping luxueux. C’est ancré dans le quotidien, dans les fins de semaine en famille, dans les chalets, dans les sorties entre amis. Quand tu arrives ici en venant d’une grande ville française, cette proximité avec la nature sauvage, ça frappe. Et pour quelqu’un qui court déjà, la conclusion s’impose d’elle-même.
Des exemples de coureurs au Québec qui ne trompent pas
Élisa Morin débarque à Montréal en janvier 2020. Coureuse de piste à la base. Six ans plus tard, elle est double championne canadienne de trail, top 10 à l’OCC de l’UTMB, et elle vient de signer un contrat professionnel avec Brooks Running. Elle n’a pas importé une carrière de trail depuis la France. Elle l’a construite ici.
Mathieu Blanchard, lui, a fait le chemin inverse dans un sens : il a quitté la France pour s’installer au Québec, et c’est d’ici qu’il a bâti une des carrières les plus impressionnantes du trail polaire mondial. Champion du Yukon Arctic Ultra, vainqueur de la Laponie, citoyen canadien.
Le Québec n’est pas juste l’endroit où il a habité. C’est l’endroit où il est devenu le coureur qu’il est.
Ce n’est pas une coïncidence que ces deux-là aient explosé après leur arrivée ici. Il y a quelque chose dans l’environnement, dans la communauté, dans la façon dont le sport de plein air est vécu au quotidien, qui accélère la transformation.
Une communauté qui embarque
Le trail québécois a aussi cette qualité rare d’être accueillant sans être condescendant. Les courses locales mélangent les élites et les coureurs du dimanche sur le même départ, dans la même boue, avec le même sourire en finissant. Il n’y a pas de hiérarchie rigide qui décourage les nouveaux. Tu arrives, tu cours, tu reviens. L’important, c’est de garder le sourire.
Pour quelqu’un qui arrive de l’extérieur et cherche à s’intégrer, rejoindre cette communauté-là, c’est une porte d’entrée naturelle. Et une fois que t’as couru ton premier sentier en automne avec les couleurs qui explosent autour de toi, que tu as terminé une course en raquettes en février avec le soleil bas sur la neige, c’est difficile de revenir en arrière.
Ce que ça dit du Québec
Je ne pense pas que le Québec crée des traileurs au sens où il les programme ou les recrute. Ce qu’il fait, c’est qu’il crée les conditions parfaites pour que des coureurs qui avaient déjà quelque chose en eux trouvent enfin leur discipline.
La nature accessible, les hivers qui forcent l’adaptation, une communauté de plein air profondément enracinée dans la culture locale, et des sentiers qui n’attendent qu’à être courus. Pour quelqu’un qui arrive ici avec des jambes et une curiosité, le reste se fait presque tout seul.
Et si tu regardes les noms qui commencent à peser sur la scène internationale du trail, tu remarques que plusieurs d’entre eux ont un point en commun. Ils sont passés par ici.
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Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier





