Le projet est encore en discussion, mais son ambition est déjà très claire : faire passer le marathon de Londres à 100 000 participants, répartis sur deux jours à partir de 2027.
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À première vue, l’idée peut séduire. Elle traduit un engouement massif pour la course à pied, une volonté d’ouvrir davantage de places, et une capacité organisationnelle hors norme.
Mais en réalité, ce chiffre n’est pas neutre. Il marque une rupture. Car au-delà de l’augmentation du nombre de dossards, c’est toute la philosophie du marathon qui est en train de basculer. Ce qui se joue ici dépasse largement Londres. C’est une certaine idée du running qui est en train d’évoluer, voire de disparaître.
Le marathon de Londres tue le running
En transformant une course en flux continu de participants
Pendant longtemps, courir un marathon signifiait s’inscrire dans une épreuve collective, mais encore lisible. Même sur les grandes courses, le peloton restait identifiable, structuré, avec des moments de respiration, des espaces où chacun pouvait trouver son rythme.
À 100 000 coureurs, cette logique s’efface. On ne parle plus d’un peloton, mais d’un flux. Une masse quasi continue, étalée sur des heures, dans laquelle il devient difficile de courir autrement qu’en s’adaptant à la densité.
Ce changement n’est pas anodin. Il modifie profondément l’expérience de course. L’effort ne se construit plus seulement en fonction de ses capacités, mais en fonction de la foule. La trajectoire devient contrainte, les dépassements plus complexes, et le rapport au rythme s’efface progressivement derrière la gestion du mouvement collectif.
En segmentant l’événement pour mieux l’optimiser
L’idée d’organiser la course sur deux jours, avec potentiellement une séparation des catégories, répond à une logique d’efficacité. Elle permet de lisser la densité, de fluidifier l’organisation, et d’augmenter mécaniquement le nombre de participants.
Mais cette optimisation a un coût symbolique. Le marathon, dans son format traditionnel, repose sur une unité : un même jour, un même parcours, une même ligne de départ partagée par tous.
En fractionnant l’événement, on change sa nature. On passe d’une course unique à une succession de formats calibrés. Ce n’est plus un rendez-vous commun, mais une programmation. Et derrière cette évolution, c’est toute la dimension collective et spontanée de l’épreuve qui s’atténue.
En faisant du volume un objectif en soi
Les chiffres avancés sont impressionnants : plus d’un million de demandes d’inscription, des dizaines de millions collectés pour des œuvres caritatives, et désormais un objectif affiché d’atteindre des niveaux encore jamais vus.
Ce qui interroge, ce n’est pas la croissance en elle-même. C’est le fait que cette croissance devienne le cœur du projet. Le nombre de participants n’est plus une conséquence du succès de la course, mais un objectif stratégique.
Dans cette logique, chaque coureur devient une variable dans une équation globale. L’événement se construit autour de sa capacité à accueillir toujours plus, à générer toujours plus d’impact, à produire toujours plus de visibilité.
Le running, lui, passe progressivement au second plan.
En alignant le marathon sur les codes des industries de l’événementiel
Ce modèle s’inscrit dans une tendance plus large. Le marathon ne se contente plus d’être une compétition sportive ; il devient un événement à part entière, avec ses codes, ses attentes et ses objectifs propres.
On y retrouve désormais les logiques des grands festivals ou des manifestations internationales : une expérience globale, pensée pour attirer, retenir et marquer les participants.
Cela ne signifie pas que courir disparaît, mais que courir n’est plus l’unique finalité. L’événement prend le dessus sur l’épreuve. L’expérience sur la performance. Et dans ce glissement, le sens même de la course évolue.
En rendant l’accès plus facile, mais l’expérience plus interchangeable
L’un des arguments avancés pour justifier cette expansion est celui de l’accessibilité. Plus de places, c’est plus de chances de participer, dans un contexte où la demande explose.
Cet argument est difficile à contester. Mais il soulève une autre question : que devient une expérience quand elle cesse d’être rare ?
Le marathon, pour beaucoup, représentait un objectif singulier, un moment à part dans une trajectoire de coureur. En multipliant les participants, on banalise en partie cette expérience. Elle devient plus accessible, mais aussi plus interchangeable, moins marquante, moins distinctive.
En redéfinissant ce que signifie vraiment “courir un marathon”
Au fond, le projet londonien ne fait pas que changer une organisation. Il redéfinit ce que signifie courir un marathon aujourd’hui.
Est-ce encore une épreuve personnelle, construite autour d’un effort long, exigeant, parfois solitaire au milieu des autres ? Ou est-ce devenu un événement collectif de très grande ampleur, où l’essentiel réside autant dans la participation que dans la performance ?
La réponse n’est pas tranchée. Mais une chose est certaine : la balance penche de plus en plus du côté de l’événement.
En enterrant une certaine idée du running
Parler “d’enterrement” est volontairement excessif. Le running ne disparaîtra pas. Il continuera d’exister ailleurs, dans les sorties individuelles, dans les courses locales, dans les trails où l’espace et la nature reprennent le dessus.
Mais ce que Londres incarne aujourd’hui, c’est une transformation profonde. Celle d’un sport qui, en cherchant à s’ouvrir au plus grand nombre, adopte progressivement les logiques du spectacle et du volume.
Et dans ce mouvement, il est possible qu’une partie de ce qui faisait l’essence du running — sa simplicité, son intensité, son caractère presque intime — se perde en chemin.
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Cet article propose une analyse éditoriale du projet évoqué autour du marathon de Londres. Il s’appuie sur des informations publiques et vise à interroger les évolutions du running à grande échelle, sans remettre en cause les intentions ni l’action des organisateurs. Les interprétations formulées relèvent d’un point de vue journalistique et ne constituent pas des affirmations factuelles définitives.






