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đ§ Ce week-end Ă La RĂ©union, la liste dâarrivĂ©e de la Diagonale des Fous affichait une ligne presque anormale.
Claire Bannwarth, seulement 43Ăšme fĂ©minine et 699Ăšme au scratch, franchit la ligne dâarrivĂ©e en 45h25. Un chrono et un classement trĂšs Ă©loignĂ©s des performances auxquelles lâathlĂšte française nous a habituĂ©s ces derniĂšres annĂ©es. Mais derriĂšre ce rĂ©sultat mitigĂ© se cache une rĂ©alitĂ© bien plus dĂ©concertante. Quelques jours seulement avant le dĂ©part, Claire avait un lumbago si violent quâĂ 72 heures du dĂ©part, elle Ă©tait encore incapable de marcher ni de tenir debout plus de 5 minutes. Prendre le dĂ©part d’un des 100 miles les plus techniques au monde dans un tel Ă©tat, tout en ressentant encore des douleurs Ă chaque pas, remet une nouvelle fois au centre du dĂ©bat la frontiĂšre entre sa passion viscĂ©rale pour le trail et lâobsession maladive.
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Qui est Claire Bannwarth ? Le « Lapin Duracell » de l’ultra-trail
SurnommĂ©e le « Lapin Duracell » grĂące Ă sa capacitĂ© Ă tenir longtemps sur les courses, Claire est devenue une figure connue mais atypique du trail. Capable dâenchaĂźner les victoires et les podiums sur des Ă©preuves d’ultra-endurance extrĂȘme (de la Spine Race aux Backyard), elle s’est fait connaĂźtre par un volume de course ahurissant que la majoritĂ© des coureurs dâĂ©lite ne seraient pas capable de tenir. Sa philosophie est simple, elle court, enchaĂźne, et accumule les kilomĂštres sans jamais rĂ©ellement prendre de vrai repos comme le voudrait un plan dâentraĂźnement traditionnel. Câest une vĂ©ritable accro du sentier, fascinante par sa rĂ©sistance, mais dont la maniĂšre de faire suscite depuis longtemps autant d’admiration que d’interrogations.
Des longs mois d’arrĂȘt : l’Ă©preuve de la blessure et de la frustration
Pourtant, lâathlĂšte a connu un gros coup d’arrĂȘt il y a quelques mois. Victime d’une blessure nĂ©cessitant une lourde intervention chirurgicale au niveau du talon (avec la pose de vis), Claire a Ă©tĂ© contrainte dâarrĂȘter totalement la course Ă pieds pendant de longs mois. Pour une athlĂšte dont l’Ă©quilibre personnel (et probablement mental) repose presque seulement sur lâenchainement des dossards, ces mois de convalescence forcĂ©e sans pouvoir courir ont Ă©tĂ© une Ă©preuve psychologique particuliĂšrement frustrante. Loin de son terrain de jeu, elle n’attendait qu’une seule chose, le feu vert mĂ©dical pour remettre ses baskets.
Un retour sur les sentiers rapide mais chaotique
Ce retour tant attendu s’est rĂ©vĂ©lĂ© chaotique. Ă peine entamĂ©e, la reprise de la course Ă pied s’est faite sur un terrain glissant. Avec une modification de sa foulĂ©e suite Ă lâopĂ©ration, Claire a dĂ» apprivoiser ses appuis modifiĂ©s et un pied qui ne rĂ©agissait plus tout Ă fait comme avant. LâathlĂšte sâest fait une entorse le jour mĂȘme de sa reprise. Mais au lieu de temporiser et d’accorder Ă son corps le temps de se rĂ©adapter en douceur au volume kilomĂ©trique, la passion et le besoin viscĂ©ral de courir l’ont emportĂ©.
Un calendrier 2026 vertigineux, une boulimie qui interroge
On connaissait la boulimie de course de Claire Bannwarth, mais sa saison 2026 relĂšve de l’hyperactivitĂ© frĂ©nĂ©tique. DĂšs l’Ă©tĂ©, l’enchaĂźnement des Ă©preuves et des ultras XXL s’est accĂ©lĂ©rĂ© Ă un rythme fou :
- 26 juin : 90 km du Mont-Blanc
- 10 juillet : X-Alpine – Verbier St Bernard (140 km â 9000 m de d+, 2Ăšme fĂ©minine)
- 17 juillet : Monte Rosa (120 km â 8200 m de d+, 2Ăšme fĂ©minine)
- 30 juillet : Ultra des 3 VallĂ©es (170km â 12 000 m de d+, 1Ăšre fĂ©minine)
- 8 aoĂ»t : Swiss Alps 100 (161 km â 9650 m de d+, 1Ăšre fĂ©minine)
- 21 aoĂ»t : L’IntĂ©grale de l’ĂchappĂ©e Belle (146 km â 10 000 m de d+, 5Ăšme fĂ©minine)
- 3 septembre : SwissPeaks Trail (162 km â 11000 m de d+, 1Ăšre fĂ©minine)
- 13 septembre : Tor des GĂ©ants (330km – 24000 m de d+)
EnchaĂźner autant d’ultras en l’espace de quelques semaines seulement aprĂšs une chirurgie est une prouesse qui impressionne, dâautant plus quand on voit son classement. Mais cela nous met Ă©galement mal Ă l’aise. Claire enchaine les ultras comme nous on fait une sortie longue du dimanche. Et derriĂšre la frĂ©nĂ©sie de ce calendrier, difficile de ne pas y voir un rapport compulsif et pas tout Ă fait sain avec la pratique sportive.
Du Tor des Géants à la Diagonale, béquilles, lumbago et souffrance
Il y a un mois, Claire arrive Ă une trĂšs belle 5Ăšme place sur le mythique Tor des GĂ©ants. Mais Ă peine la ligne franchie, la rĂ©alitĂ© mĂ©dicale la rattrape et elle poste sur les rĂ©seaux une photo de ses bĂ©quilles et de son pied bloquĂ©, non pas Ă cause dâune blessure en course mais pour se faire retirer les deux vis implantĂ©es dans le talon en dĂ©cembre dernier. Sur ses rĂ©seaux sociaux, elle avoue devoir respecter 15 jours d’arrĂȘt.
Pourtant, quelques semaines plus tard, elle se présente au départ de la Diagonale des Fous à La Réunion.
Mais au micro du mĂ©dia Distances+, l’ambiance est particuliĂšre. Elle confie sâĂȘtre bloquĂ©e le dos quelques jours avant la course avec un lumbago qui l’empĂȘchait de marcher et mĂȘme de se tenir debout. Sur le grand parcours (180 km et plus de 10 000 m D+), elle explique ĂȘtre venue faire la course « en mode randonnĂ©e ». Si elle parvient tant bien que mal Ă trottiner dans les descentes, chaque montĂ©e est douloureuse et lui tire le dos.
Tout au long du parcours, son classement reflĂšte ce calvaire. Elle a rĂ©ussi Ă maintenir pĂ©niblement sa position, perdant des places dans les ascensions difficiles avant dâen rattraper quelques unes dans les descentes.
En rĂ©sumĂ©, c’est la dĂ©rive de l’enchaĂźnement, quand la douleur devient la norme
PassionnĂ© de trail, on aime les dĂ©fis hors-norme, l’audace et ce grain de folie qui pousse Ă enchaĂźner les courses Ă gogo. Mais ces derniers temps, observer le calvaire de Claire Bannwarth provoque chez nous davantage d’inquiĂ©tude que d’enthousiasme. La voir prendre le dĂ©part sur des Ă©preuves extrĂȘmes alors qu’elle est soit incomplĂštement guĂ©rie, soit en phase de convalescence post-opĂ©ratoire, soit en ayant des douleurs aiguĂ«s pose une vraie question Ă©thique et sportive.
L’ultra-trail ne devrait pas ĂȘtre cela. Aller au bout de soi-mĂȘme, repousser ses limites et puiser dans ses ressources mentales est une chose. Mais s’exposer volontairement au danger, courir dĂšs le dĂ©part avec une souffrance physique, et risquer d’aggraver des lĂ©sions existantes en est une autre. La culture de l’abnĂ©gation ne doit pas devenir lâapologie de la destruction physique.
AprĂšs cette Diagonale des Fous bouclĂ©e en 45h25 en serrant les dents, on ne sait pas vraiment quel sentiment domine chez nous. Doit-on ĂȘtre admiratif devant une telle force de caractĂšre et cette capacitĂ© hors du commun Ă braver la douleur ? Ou doit-on plutĂŽt ĂȘtre choquĂ©s de voir une athlĂšte Ă©lite prendre le dĂ©part d’un ultra difficile avec un lumbago pas complĂštement guĂ©ri et seulement quelques semaines aprĂšs une opĂ©ration du pied ? Si la tĂ©nacitĂ© de Claire Bannwarth force le respect, la gestion globale de son calendrier sportif 2026 nous laisse un peu perplexes et dubitatifs. Pour que la passion reste un plaisir, il serait peut-ĂȘtre temps de rĂ©apprendre Ă Ă©couter les signaux d’alarme que le corps renvoie.
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Auteur : Marta, est lâultra sportive de lâĂ©quipe. MĂšre de 4 enfants, elle est dĂ©jĂ finisher de lâUTMB. Traileuse au sens puriste, elle Ă©volue dans un univers montagneux.đ Depuis 2012, u-Trail vous informe gratuitement sur lâactualitĂ© du trail.
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