Ludovic Pommeret ne ressemble pas Ă un champion en fin de cycle venu chercher quelques derniers rĂ©sultats. Sa saison 2026 prouve exactement lâinverse.
En juillet, il remporte pour la troisiĂšme annĂ©e consĂ©cutive la Hardrock 100, lâun des ultras les plus prestigieux et exigeants au monde. Quelques semaines plus tard, il termine deuxiĂšme de lâĂchappĂ©e Belle derriĂšre Louis Calais, sur un parcours rĂ©putĂ© pour sa technicitĂ©.
Ă 50 ans, Pommeret continue donc Ă courir devant des athlĂštes beaucoup plus jeunes.
C’est bĂȘte. En gĂ©nĂ©ral, les ultra-traileurs s’usent avec les annĂ©es, les km. Pour Ludovic Pommeret c’est finalement une « erreur de bricolage »…. Ludovic Pommeret se blesse chez lui en bricolant avec une meuleuse.
Quand on est traileur professionnel, six semaines sans appui changent tout
Six semaines sans courir reprĂ©sentent dĂ©jĂ une interruption importante. Six semaines sans mĂȘme pouvoir poser le pied constituent encore autre chose.
Pendant cette pĂ©riode, Pommeret ne devra pas seulement renoncer Ă lâentraĂźnement spĂ©cifique. Lâabsence dâappui peut Ă©galement peser sur la force musculaire, la mobilitĂ© et les qualitĂ©s proprioceptives indispensables en trail.
Et le jour oĂč lâautorisation de poser le pied arrivera ne correspondra Ă©videmment pas au jour du retour en compĂ©tition.
Il faudra progressivement retrouver une marche normale, reconstruire des appuis solides, reprendre la course, puis rĂ©introduire le dĂ©nivelĂ© et les terrains techniques. Pour un coureur de 100 miles, lâobjectif ne consiste pas simplement Ă pouvoir trottiner quelques kilomĂštres.
Il faut retrouver un pied capable dâencaisser des dizaines de milliers dâimpacts.
Un tendon sectionné peut se réparer, mais le vrai enjeu vient aprÚs
Le mot « sectionnĂ© » impressionne, mais il ne signifie pas que le tendon est dĂ©finitivement perdu. Une lĂ©sion tendineuse peut ĂȘtre rĂ©parĂ©e chirurgicalement, notamment en suturant les parties lĂ©sĂ©es afin de rĂ©tablir sa continuitĂ©.
Dans le cas de Ludovic Pommeret, une inconnue majeure demeure toutefois : il nâa pas prĂ©cisĂ© quel tendon du pied est atteint, ni lâimportance exacte de la section.
Et pour un traileur professionnel, le véritable enjeu dépasse largement la simple cicatrisation.
RĂ©ussir lâopĂ©ration constitue une premiĂšre Ă©tape. Il faut ensuite que le tendon retrouve suffisamment de soliditĂ©, de mobilitĂ© et de force pour supporter la course, puis les contraintes trĂšs particuliĂšres de lâultra-trail : dĂ©vers, descentes, appuis instables et milliers dâimpacts rĂ©pĂ©tĂ©s pendant plusieurs heures.
Câest pour cette raison que les six semaines sans poser le pied ne reprĂ©sentent pas forcĂ©ment six semaines avant de recourir. AprĂšs certaines rĂ©parations tendineuses de la cheville, la course reste encore interdite plusieurs semaines aprĂšs la reprise de lâappui.
La question pour Pommeret nâest donc pas seulement de savoir si son tendon va se rĂ©parer.
Elle est de savoir sâil retrouvera un pied capable de fonctionner Ă nouveau au niveau exceptionnel quâexige sa carriĂšre.
Ă 50 ans et alors quâil Ă©volue encore parmi les meilleurs ultra-traileurs mondiaux, câest cette inconnue qui donne Ă lâaccident une dimension sportive beaucoup plus importante quâune simple coupure de bricolage.
Le plus frustrant : ce type dâaccident Ă©chappe complĂštement Ă la prĂ©paration
Un athlĂšte professionnel peut organiser sa saison afin de rĂ©duire les risques : espacer ses courses, surveiller sa rĂ©cupĂ©ration, adapter sa charge dâentraĂźnement ou arrĂȘter une sĂ©ance lorsque quelque chose ne va pas.
Lâaccident domestique, lui, Ă©chappe Ă toutes ces stratĂ©gies.
Pommeret vient justement de traverser une saison particuliĂšrement exigeante avec deux performances majeures. Son corps rĂ©siste aux 100 miles de la Hardrock, puis aux cailloux et aux descentes de lâĂchappĂ©e Belle… et quelques secondes de bricolage suffisent finalement Ă imposer une immobilisation que des centaines de kilomĂštres de trail nâont pas provoquĂ©e.
Ă ce niveau, câest presque la dĂ©finition de lâaccident idiot : celui qui nâa aucun rapport avec les risques pour lesquels le sportif se prĂ©pare toute lâannĂ©e, mais qui peut pourtant avoir davantage de consĂ©quences.
Une autre opération déjà programmée au genou
Lâaccident arrive Ă©galement dans un contexte particulier. Ludovic Pommeret doit dĂ©jĂ se faire opĂ©rer du genou le 15 septembre.
Cette nouvelle intervention au pied vient donc bouleverser une pĂ©riode dĂ©jĂ consacrĂ©e aux soins et Ă la rĂ©cupĂ©ration. Impossible, pour lâinstant, dâĂ©tablir un calendrier de retour.
Le tendon prĂ©cisĂ©ment atteint et lâimportance exacte de la lĂ©sion nâont pas Ă©tĂ© publiquement dĂ©taillĂ©s. Toute estimation sur une date de reprise reste donc prĂ©maturĂ©e.
En résumé, à 50 ans, la récupération devient forcément un enjeu majeur
La question de lâĂąge se pose aussi, sans quâil soit nĂ©cessaire dâen tirer des conclusions trop rapides.
Pommeret construit justement une partie de sa lĂ©gende rĂ©cente en dĂ©montrant que 50 ans ne lâempĂȘchent absolument pas de gagner. Ses rĂ©sultats de 2026 suffisent Ă le prouver.
Mais une interruption longue ne ressemble pas à une préparation classique. Le défi consiste désormais à reconstruire suffisamment vite et suffisamment bien pour retrouver le niveau exceptionnel affiché encore cet été.
Il ne sâagit donc pas dâannoncer une fin de carriĂšre. Rien ne permet de le faire aujourdâhui. En revanche, cette blessure peut devenir lâun des Ă©pisodes les plus dĂ©licats de sa carriĂšre rĂ©cente.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.
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