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🎧 La Diagonale des Fous est l’un des ultra-trails les plus difficiles au monde, avec environ 180 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif à parcourir sur les sentiers escarpés de l’île de La Réunion. Cinquième de l’UTMB en 2025, Thibaut Garrivier s’apprête à découvrir cette épreuve mythique, dont le départ sera donné jeudi 15 octobre 2026. Le traileur français, qui exerce comme médecin radiologue à Annecy, ne cache pas ses ambitions : malgré une grave blessure à la cheville en juin et une préparation écourtée, il entend rivaliser avec les meilleurs et espère décrocher sa première victoire sur un ultra-trail de 100 miles.
À quelques jours du Grand Raid de La Réunion, Thibaut Garrivier affiche une confiance mesurée, mais réelle. Dans un entretien accordé au Dauphiné Libéré, le Haut-Alpin explique pourquoi il a choisi de disputer la Diagonale des Fous plutôt que de revenir sur l’UTMB, où il a terminé trois fois dans les dix premiers.
Son objectif dépasse la simple découverte. Après une cinquième place à Chamonix en 2025, où il avait terminé premier Français, Garrivier veut désormais savoir s’il peut franchir une nouvelle étape : se battre pour la victoire sur l’une des courses les plus exigeantes au monde.
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Thibaut Garrivier pense avoir sa place parmi les prétendants à la victoire
Sur le papier, Thibaut Garrivier possède suffisamment de références pour prétendre à une place aux avant-postes. Vainqueur de la CCC par le passé, il a également terminé cinquième, sixième et dixième de l’UTMB lors de ses trois participations.
Mais la Diagonale des Fous représente un défi différent. Avec environ 180 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif annoncés, l’épreuve réunionnaise impose un effort plus long et une progression particulièrement éprouvante sur des sentiers techniques.
C’est précisément ce terrain qui intéresse Garrivier. Contrairement à certaines portions roulantes de l’UTMB, les chemins réunionnais pourraient mieux correspondre à ses qualités de coureur.
Pour définir son allure, il envisage notamment de s’inspirer du rythme adopté par Aurélien Dunand-Pallaz lors de sa troisième place en 2025, bouclée en 25 h 13 min 35 s.
Une performance qui le placerait dans la lutte pour les premières positions, même si les modifications annoncées sur le parcours rendent les comparaisons chronométriques délicates.
Une blessure à la cheville qui pourrait tout compromettre
La principale inconnue concerne cependant son état physique.
Fin juin, Thibaut Garrivier s’est gravement blessé à une cheville, avec une atteinte ligamentaire qui l’a contraint à renoncer à la CCC, prévue à la fin du mois d’août.
Il n’a donc pas participé aux courses de l’UTMB cette année, une absence difficile à accepter pour un coureur habitué aux grands rendez-vous de Chamonix.
Sa préparation pour La Réunion a néanmoins pu reprendre progressivement. Depuis environ six semaines, il a retrouvé un volume d’entraînement conséquent, avec des semaines atteignant 120 à 130 kilomètres et 8 000 mètres de dénivelé positif.
Des chiffres impressionnants pour la plupart des traileurs, mais qui restent inférieurs aux charges de travail de certains de ses concurrents professionnels.
Garrivier sait que ce manque de volume pourrait se payer dans les derniers kilomètres. Il espère toutefois compenser avec davantage de fraîcheur et une gestion prudente de son effort.
Il devra également éviter toute nouvelle torsion de sa cheville, dont la récupération ligamentaire n’est pas encore totalement achevée.
« Sur les sept huit qui peuvent gagner, je suis le seul amateur »
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de sa candidature.
Alors que le trail de haut niveau se professionnalise rapidement, Thibaut Garrivier continue d’exercer son métier de radiologue. Il doit donc partager son temps entre son activité professionnelle, sa vie personnelle et ses entraînements.
Une situation qui le distingue de la plupart de ses concurrents directs.
« Sur les sept huit qui peuvent gagner, je suis le seul amateur », explique-t-il au Dauphiné Libéré.
Cette différence de statut représente, selon lui, un handicap de plus en plus important.
Les meilleurs spécialistes peuvent désormais consacrer leurs journées à l’entraînement, à la récupération, au sommeil et à la nutrition. Une accumulation de petits avantages qui finit par produire des écarts significatifs sur les courses de très longue distance.
Garrivier constate d’ailleurs que son propre niveau reste relativement stable depuis plusieurs années, tandis que celui de ses adversaires continue de progresser.
Il prend notamment l’exemple d’Aurélien Dunand-Pallaz, dont la progression récente a été spectaculaire. Ce dernier a établi un nouveau record du GR20 en septembre 2026, après une année entièrement consacrée à sa pratique sportive.
Pour Garrivier, la question devient donc presque philosophique : un amateur peut-il encore gagner l’une des plus grandes courses de trail au monde face à des athlètes dont c’est le métier ?
Il estime qu’il pourrait gagner 30 minutes sur l’UTMB avec davantage de temps libre
Thibaut Garrivier ne prétend pas manquer de moyens sportifs, puisqu’il bénéficie notamment du soutien de Hoka. Mais il considère que son activité professionnelle limite mécaniquement son potentiel.
Lors de stages organisés avec son équipementier, il peut ainsi s’entraîner jusqu’à trente heures par semaine. Des volumes qu’il ne parvient pas à reproduire durablement lorsqu’il travaille.
Il estime même que deux mois de disponibilité supplémentaire pourraient lui permettre de gagner une trentaine de minutes sur l’UTMB.
Un écart loin d’être anodin au plus haut niveau, même s’il ne suffirait pas nécessairement à combler la différence avec les meilleurs mondiaux.
Pour autant, le Français n’envisage pas de renoncer à son métier pour devenir traileur professionnel.
Il apprécie son activité de radiologue et assume ce choix de vie. Son ambition consiste plutôt à démontrer qu’il reste possible de rivaliser avec les spécialistes malgré un temps d’entraînement plus limité.
Sa cinquième place à l’UTMB 2025 constitue déjà un résultat remarquable dans ces conditions.
Thibaut Garrivier est-il vraiment un traileur amateur ?
Dans son entretien au Dauphiné Libéré, Thibaut Garrivier insiste sur sa difficulté à rivaliser avec les traileurs professionnels. Médecin radiologue à Annecy, il doit effectivement composer avec une activité professionnelle qui limite son temps d’entraînement et de récupération.
Mais peut-on vraiment le considérer comme un amateur au sens où l’entendent la plupart des pratiquants de trail ?
Thibaut Garrivier fait partie du team Hoka, l’un des principaux équipementiers du trail mondial. Il bénéficie du soutien de la marque, participe à des stages d’entraînement et évolue depuis plusieurs années au plus haut niveau international. Sa situation est donc très différente de celle d’un coureur amateur qui finance lui-même ses compétitions et son matériel.
Il faut toutefois distinguer le sponsoring sportif d’une activité professionnelle exercée à temps plein. Les modalités financières de son partenariat avec Hoka ne sont pas publiques, et le fait d’être sponsorisé ne signifie pas nécessairement qu’il peut vivre de sa pratique sportive.
Thibaut Garrivier n’est donc pas un professionnel du trail à temps plein, mais il n’est pas non plus un amateur ordinaire. C’est un athlète de haut niveau sponsorisé, qui conserve une activité de médecin. Une nuance importante lorsqu’il se présente comme le seul amateur parmi les prétendants à la victoire sur la Diagonale des Fous.
En résumé, la Diagonale des Fous pourrait être sa meilleure occasion de gagner un 100 miles
Thibaut Garrivier connaît pourtant les limites de l’exercice.
Il n’a encore jamais passé autant de temps en compétition que ce qui l’attend à La Réunion. Son effort le plus long à l’UTMB avait duré environ 22 heures. Cette fois, il s’attend à rester au moins trois heures supplémentaires sur les sentiers.
La technicité du parcours, l’absence de bâtons et la fatigue accumulée seront autant de facteurs déterminants.
Pour préparer cette première participation, il a notamment échangé avec Ludovic Pommeret, Julien Chorier et Aurélien Dunand-Pallaz, trois coureurs dont il apprécie particulièrement l’expérience et la gestion de course.
Il pourra également compter sur les conseils d’un cousin installé à La Réunion, qui connaît parfaitement le terrain après une dizaine de participations.
Garrivier a d’ailleurs déjà un compte à régler avec les sentiers réunionnais. En 2018, il avait pris le départ du Trail de Bourbon avant d’être contraint à l’abandon.
Huit ans plus tard, il revient donc avec des ambitions autrement plus élevées.
Reste à savoir si son expérience, ses qualités sur terrain technique et sa fraîcheur pourront compenser une préparation perturbée par sa blessure. Face à Tom Evans, Aurélien Dunand-Pallaz et aux autres prétendants à la victoire, Thibaut Garrivier pourrait surtout apporter une réponse à une question de plus en plus importante dans le trail moderne : peut-on encore remporter un ultra-trail majeur sans être professionnel ?
Source
- entretien de Thibaut Garrivier réalisé par Julien Babaud pour Le Dauphiné Libéré, 9 octobre 2026.
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