Le vainqueur surprise de l’UTMB 2024 est un personnage à part dans le trail. Très discret sur les réseaux sociaux, il ne publie presque jamais. Et quand il le fait, ce n’est généralement pas pour parler de performances ou de matériel mais de politique.
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Vincent Bouillard, l’anti-héros du trail moderne
Dans un sport où la majorité des athlètes publient plusieurs fois par semaine, et où la communication est devenue presque une discipline parallèle, Vincent Bouillard fait figure d’exception.
À l’heure des comptes Instagram très actifs, des récits d’entraînement et des partenariats omniprésents, certains coureurs sont devenus de véritables influenceurs. Bouillard, lui, suit une trajectoire complètement différente de celle de Mathieu Blanchard, Casquette Verte, Théo Détienne, Clemquicourt ou Ludo Pommeret.
En effet, depuis sa victoire à l’UTMB 2024, le traileur français est resté extrêmement discret sur les réseaux sociaux. En plus d’un an, il n’a publié que quatre posts sur son compte Instagram.
Son dernier message, avant celui dont on va parler, remontait à plus de huit mois. Une éternité à l’échelle des réseaux sociaux où certains athlètes publient plusieurs fois par semaine.
Ce silence contraste fortement avec la visibilité habituellement associée aux grands vainqueurs de l’ultra-trail. Là où beaucoup utilisent Instagram pour partager leurs entraînements, leurs sponsors ou leur quotidien, Vincent Bouillard semble suivre une autre logique.
Ses publications sont rares, souvent longues, et rarement centrées uniquement sur lui et son sport. Cette posture lui donne une place particulière dans le paysage du trail : celle d’un athlète discret à contre-courant des codes actuels de la communication sportive.
Il fait son retour dans les media avec un message ancré à la gauche de l’échiquier politique
Le 27 février 2026, Vincent Bouillard a finalement publié un nouveau message.
Dans ce long texte, il explique d’abord son rapport aux réseaux sociaux.
Il y évoque son intérêt pour l’écriture et la photographie, mais aussi sa distance vis-à-vis de la culture de la publication permanente.
Il rappelle notamment une réunion avec la marque Hoka, il y a une dizaine d’années, où il avait été surpris de voir certains athlètes plus préoccupés par leur présence sur les réseaux que par leur entraînement.
Mais ce message intervient aussi dans un contexte particulier. Bouillard explique qu’il s’apprête à retourner courir en Toscane pour le Chianti Ultra Trail, une course qui doit lui servir de premier objectif de la saison, de test de forme en sortie d’hiver et potentiellement de qualification pour la Western States.
Et il établit lui-même un parallèle avec l’actualité française : la course se déroule en pleine période d’élections municipales. Selon lui, ces scrutins locaux sont souvent sous-médiatisés alors qu’ils peuvent avoir un impact direct sur le sport, notamment sur l’aménagement des territoires, la protection des espaces naturels ou encore le soutien au sport dans les politiques locales.
Dans la seconde partie de son message, le traileur développe surtout une série de positions personnelles.
Il y évoque notamment la justice sociale, les questions climatiques, les droits des migrants ou encore les conséquences du racisme et du colonialisme.
Plusieurs formulations utilisent également l’écriture inclusive. Dans son texte, il écrit par exemple « nos élu·es locaux » ou encore « les habitant·es », une manière d’écrire qui consiste à intégrer simultanément les formes masculine et féminine.
Le traileur appelle également ses abonnés à aller voter lors des élections municipales des 15 et 22 mars, estimant que s’intéresser à la politique locale et participer au vote sont des gestes importants. Il conclut son message par une formule sans ambiguïté : « Siamo tutti antifascisti », « nous sommes tous antifascistes ».
Une prise de position qui n’est pas nouvelle
Ce post de février 2026 ne marque pas une rupture dans la communication de Vincent Bouillard.
L’athlète s’est déjà exprimé publiquement sur des sujets politiques ou sociétaux par le passé. Par exemple, en juin 2025, avant la Western States, il avait publié un message évoquant les menaces pesant selon lui sur les espaces naturels, les enjeux climatiques ou encore la situation des migrants.
Il avait également annoncé à cette occasion un don à une organisation engagée dans la protection des terres publiques aux États-Unis.
Autrement dit, chez Bouillard, ces prises de parole ne sont pas ponctuelles. Elles font partie de sa manière de communiquer et d’utiliser sa notoriété.
Mais son message de février 2026 va plus loin dans la formulation. Il affirme notamment que « tout est politique » et que le trail n’aurait pas de sens sans justice sociale. Le texte évoque aussi le racisme systémique, les droits des migrants, la justice climatique ou encore les limites du capitalisme.
Reste une question qui dépasse le cas de Vincent Bouillard : jusqu’où un athlète peut-il transformer un compte Instagram en espace politique ? Les réseaux sociaux sont devenus l’un des principaux outils de communication des sportifs, mais leur format — rapide, fragmenté et très exposé — se prête-t-il vraiment à des débats aussi complexes ?
On retrouve d’ailleurs parfois cette même ambiguïté dans le sport d’endurance : des athlètes qui appellent à s’engager, à défendre certaines valeurs ou certaines causes, tout en le faisant principalement à travers des publications sur les réseaux sociaux. Cela ne retire rien à la sincérité possible du message, mais cela interroge sur la forme que peut prendre cet engagement.
Chez Vincent Bouillard, cette dimension politique n’est en tout cas pas un accident de communication. Elle semble faire partie intégrante de la manière dont il envisage sa place dans le trail et dans le débat public.
Sport et politique : un débat ancien
Le post de Bouillard relance aussi une question qui traverse régulièrement le monde du sport : les athlètes doivent-ils s’exprimer politiquement ?
Certains estiment que le sport doit rester un espace neutre. D’autres considèrent au contraire que les sportifs, comme n’importe quel citoyen, ont le droit d’exprimer leurs convictions.
Dans le trail, discipline très liée aux questions environnementales et à l’accès aux espaces naturels, ces débats sont fréquents.
Vincent Bouillard, lui, assume clairement sa position. Dans son message, il affirme notamment que « tout est politique » et que le trail n’a pas de sens sans justice sociale. Une vision qui s’inscrit dans la continuité de ses prises de parole précédentes, où il évoque régulièrement les questions climatiques, sociales ou les droits des migrants.
La position de UTrail
Chez uTrail, nous essayons de couvrir l’actualité du trail dans toute sa diversité. Les coureurs ont des opinions différentes, parfois opposées, et c’est aussi le reflet de la société.
Nous ne dirons jamais à nos lecteurs pour qui voter, ni ce qu’ils doivent penser. Nous ne voulons infantiliser personne et ce n’est pas notre rôle… et les messages politiques en temps d’élection nous énervent grave.
En revanche, une chose reste au cœur de l’ADN du trail et de celui d’uTrail : le respect de notre terrain de jeu. Le respect des chemins, des montagnes et des espaces naturels qui rendent ce sport possible.
Et nous continuerons de dénoncer sans relâche les discours qui prétendent défendre la nature tout en adoptant des comportements qui vont dans le sens inverse. Le trail mérite mieux que du greenwashing ou des contradictions permanentes.
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