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🎧 Les chaussures de running vendues aux femmes sont-elles réellement adaptées à leurs pieds ?
Une étude scientifique canadienne publiée en 2025 remet en question la conception de nombreux modèles féminins. Derrière les couleurs, les tailles et les promesses de performance, les chercheurs pointent un problème : les besoins anatomiques des coureuses restent insuffisamment pris en compte, avec de possibles conséquences sur le confort, les blessures et les performances.
Une chaussure trop étroite à l’avant, un talon qui flotte, des orteils comprimés : de nombreuses coureuses connaissent ces désagréments, parfois sans imaginer que le problème puisse venir de la conception même de leurs chaussures.
C’est précisément ce qu’a voulu comprendre une équipe de la Simon Fraser University, au Canada, dans une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique BMJ Open Sport & Exercise Medicine.
Les scientifiques ont recueilli les expériences de 21 femmes pratiquant la course à pied, dont 11 coureuses de loisir et 10 compétitrices, âgées de 20 à 70 ans. Leur objectif était de déterminer si les chaussures proposées sur le marché répondaient véritablement à leurs besoins.
Le constat est suffisamment préoccupant pour remettre en cause certaines pratiques de l’industrie du running.
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Des chaussures de running féminines encore trop souvent conçues à partir de modèles masculins
C’est probablement le principal enseignement de cette étude : une partie de l’industrie continue à développer ses chaussures à partir de références anatomiques masculines avant de les décliner pour les femmes.
Les fabricants réduisent les dimensions et adaptent les couleurs, sans nécessairement repenser la forme de la chaussure.
Une approche connue dans le secteur sous l’expression anglaise shrink it and pink it, autrement dit réduire la taille et féminiser l’apparence.
Pourtant, les différences entre les pieds masculins et féminins ne se limitent pas à une question de pointure.
Les chercheurs rappellent que les femmes présentent généralement, toutes proportions gardées, un avant-pied plus large et un talon plus étroit. Leur biomécanique de course peut également différer de celle des hommes.
Autrement dit, une chaussure adaptée à un pied masculin ne devient pas automatiquement adaptée à un pied féminin simplement parce qu’elle existe en taille 39.
Pourquoi des chaussures mal adaptées pourraient augmenter le risque de blessure
L’étude met en évidence plusieurs difficultés régulièrement rencontrées par les participantes.
Certaines expliquent avoir besoin de davantage d’espace à l’avant du pied pour éviter les compressions. D’autres recherchent un maintien plus précis au niveau du talon, ainsi qu’un amorti correspondant à leurs sensations et à leur pratique.
Le problème apparaît lorsque ces caractéristiques deviennent difficiles à réunir dans une seule chaussure.
Pour gagner de la place à l’avant, une coureuse peut choisir une pointure supérieure. Mais elle risque alors de perdre en maintien à l’arrière du pied. À l’inverse, une chaussure bien ajustée au talon peut comprimer les orteils.
Ces compromis peuvent provoquer des frottements, des douleurs ou modifier la manière dont le pied se comporte pendant la course.
Sur une sortie courte, l’inconfort peut sembler supportable. Sur un marathon ou un ultra-trail, où les appuis se répètent pendant des heures, il peut devenir particulièrement pénalisant.
Une précision scientifique reste néanmoins indispensable : l’étude ne démontre pas directement que les chaussures féminines provoquent davantage de blessures. Elle repose sur les témoignages de 21 coureuses et non sur un essai mesurant les blessures causées par différents modèles.
Elle établit surtout que les chaussures disponibles répondent imparfaitement aux besoins exprimés et que les participantes considèrent leur équipement comme un élément important de la prévention des blessures. Le lien de causalité reste à étudier.
En trail, le problème peut devenir encore plus gênant
Pour les pratiquantes de trail, cette question prend une dimension particulière.
Contrairement à la course sur route, le trail impose des appuis irréguliers, des changements permanents de direction, des descentes techniques et parfois plusieurs milliers de mètres de dénivelé.
Dans les longues descentes, le pied avance naturellement dans la chaussure. Lorsque l’avant-pied manque de place, les orteils peuvent subir des pressions répétées contre l’empeigne ou l’extrémité de la chaussure.
À l’inverse, un talon insuffisamment maintenu peut accentuer les mouvements du pied à l’intérieur de la chaussure, notamment sur les terrains instables.
Sur un ultra-trail, le gonflement progressif des pieds peut également rendre problématique une chaussure qui semblait parfaitement adaptée lors de l’essayage.
L’étude canadienne ne portait pas spécifiquement sur le trail, mais ses conclusions soulèvent une question intéressante : les chaussures de trail féminines tiennent-elles suffisamment compte des contraintes anatomiques et des besoins évolutifs des coureuses ?
Grossesse, maternité, âge : les pieds des coureuses évoluent aussi
L’autre enseignement important de cette publication concerne l’évolution des besoins au cours de la vie.
Parmi les 21 participantes, neuf avaient connu une pratique de la course pendant leur grossesse ou après leur accouchement.
Les échanges ont mis en évidence des modifications possibles de la pointure et de la largeur du pied pendant ces périodes.
Les chercheurs ont également observé que les préférences évoluaient avec l’âge : les participantes plus âgées exprimaient davantage d’intérêt pour le confort, la stabilité et l’amorti.
Cela signifie qu’une chaussure parfaitement adaptée à 25 ans ne correspondra pas nécessairement aux besoins de la même coureuse à 45 ou 60 ans.
Or, le marché continue largement à organiser ses collections autour des catégories classiques : modèles hommes, modèles femmes, chaussures rapides, chaussures amorties ou chaussures de stabilité.
La réalité des besoins individuels est bien plus complexe.
Les chaussures à plaque carbone ne règlent pas forcément le problème
Les coureuses compétitrices interrogées ne rejettent évidemment pas les innovations technologiques.
Les chaussures à plaque carbone, les mousses à fort retour d’énergie ou les modèles ultralégers peuvent répondre à leur recherche de performance.
Mais elles souhaitent bénéficier de ces technologies sans devoir sacrifier le confort et l’ajustement.
Ce constat interroge particulièrement le développement des chaussures de compétition, dont la conception reste largement influencée par la recherche de vitesse et de rendement énergétique.
Une chaussure capable d’améliorer l’économie de course peut-elle être considérée comme performante si sa forme ne correspond pas au pied de celle qui la porte ?
La question mérite d’être posée, même si l’étude ne permet pas de mesurer une éventuelle perte de performance liée à ce mauvais ajustement.
Faut-il alors acheter des chaussures de running pour hommes ?
C’est une question que beaucoup de coureuses pourraient se poser à la lecture de ces résultats.
Mais la réponse n’est pas aussi simple.
Acheter une chaussure masculine ne garantit pas un meilleur ajustement, puisque les différences de forme entre les pieds varient aussi considérablement d’une personne à l’autre.
Certaines femmes peuvent parfaitement se sentir à l’aise dans un modèle masculin, tandis que d’autres trouveront un meilleur maintien dans une chaussure conçue spécifiquement pour elles.
L’essentiel consiste à privilégier la morphologie réelle du pied plutôt que l’étiquette commerciale.
Lors de l’essayage, plusieurs éléments méritent une attention particulière :
- Laisser suffisamment d’espace devant les orteils.
- Vérifier que le talon reste bien maintenu sans compression excessive.
- Tester la chaussure en mouvement, et si possible dans des conditions proches de sa pratique.
- Ne pas choisir uniquement en fonction de la pointure habituelle.
- Réévaluer ses besoins lorsque la morphologie du pied ou les sensations évoluent.
Pour le trail, le comportement de la chaussure en descente mérite une attention particulière.
Ce que cette étude dit finalement de l’industrie du running
Au-delà des questions de chaussures, cette recherche met en lumière un problème plus large : la place historiquement accordée aux femmes dans le développement du matériel sportif.
Pendant longtemps, de nombreux équipements ont été conçus en s’appuyant principalement sur des données recueillies auprès d’hommes, avant d’être adaptés aux sportives.
Les chercheurs de la Simon Fraser University souhaitent aujourd’hui dépasser cette logique en encourageant la création de chaussures développées directement à partir des besoins des femmes.
Il reste toutefois une étape scientifique essentielle : vérifier, dans de futures études, si ces modèles permettent effectivement de réduire les blessures et d’améliorer les performances.
En attendant, cette publication rappelle une évidence trop souvent oubliée : une chaussure de running ne devrait pas obliger la coureuse à adapter son pied au produit. C’est au produit de s’adapter à la coureuse.
Et à l’heure où les marques multiplient les innovations, les mousses révolutionnaires et les promesses de records, il serait peut-être temps de commencer par quelque chose de plus fondamental : fabriquer des chaussures qui correspondent réellement aux pieds de celles qui courent.
Source scientifique
- Étude de Christopher Napier et collaborateurs, publiée en 2025 dans BMJ Open Sport & Exercise Medicine.
Consulter la publication scientifique originale (DOI : 10.1136/bmjsem-2025-002597)
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