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🎧 Des heures d’attente pour récupérer un dossard, des files interminables, une organisation parfois décrite comme rigide ou artisanale : sur beaucoup d’autres grandes courses, ce type de dysfonctionnement provoquerait immédiatement une avalanche de critiques. Sur la Diagonale des Fous, la réaction est souvent différente.
Il suffit de lire les commentaires publiés cette semaine sous les images des files d’attente lors de la remise des dossards. Certains dénoncent une organisation qui ne progresse pas, d’autres parlent d’énergie gaspillée avant même le départ. Mais une réponse revient presque comme une excuse affectueuse : « ça fait partie du Grand Raid ».
C’est probablement l’un des privilèges les plus puissants dont bénéficie encore la Diagonale des Fous : les coureurs lui pardonnent beaucoup parce qu’elle reste associée à une histoire populaire, associative et profondément réunionnaise.
Ce que les coureurs reprochent concrètement au Grand Raid
L’indulgence dont bénéficie la Diagonale des Fous ne signifie pas que les critiques n’existent pas. Elles sont même récurrentes et portent sur des points très concrets de l’expérience coureur.
Les inscriptions ont régulièrement été pointées du doigt.
Le Grand Raid a déjà connu des plateformes saturées au moment de l’ouverture des inscriptions, avec des connexions impossibles à finaliser et des serveurs dépassés par l’afflux simultané des candidats. Sur une course où obtenir un dossard constitue déjà un enjeu majeur, ces bugs informatiques ont alimenté le sentiment d’une organisation qui n’avait pas toujours grandi aussi vite que sa popularité.
Les barrières horaires font elles aussi débat.
La Diagonale des Fous accorde jusqu’à 66 heures pour terminer l’épreuve, une durée très supérieure à celle de l’UTMB pour une distance et un dénivelé comparables. Certains y voient une manière de préserver le caractère populaire du Grand Raid ; d’autres considèrent au contraire que cette largeur brouille l’image d’une course présentée comme l’une des plus dures du monde. En 2023, le débat avait pris une autre tournure lorsque des coureurs avaient été mis hors course après avoir perdu plusieurs heures dans des bouchons provoqués par des interventions de secours. Certains demandaient que ce temps leur soit restitué.
Les ravitaillements ont également connu des ratés.
En 2021, des coureurs de fond de peloton arrivés à Coteau Kerveguen avaient trouvé un poste sans eau disponible alors que la chaleur était importante. L’année suivante, certains participants avaient encore décrit des ravitaillements « bien dégarnis, voire vides », au point de parler de leur pire Grand Raid sur le plan de l’organisation.
Il y a aussi eu des scènes devenues presque symboliques.
En 2022, Beñat Marmissolle, qui allait remporter la Diagonale des Fous, avait été brièvement arrêté à quelques mètres de la ligne parce qu’un bénévole ne l’avait pas reconnu et l’avait pris pour un participant d’une autre course. L’épisode avait évidemment été rapidement corrigé, mais il reste l’un des exemples les plus frappants du décalage qui peut parfois exister entre la dimension internationale de l’épreuve et certains couacs très artisanaux.
Plus récemment encore, la massification de l’événement a créé d’autres problèmes logistiques.
En 2025, le croisement entre les coureurs de la Diagonale des Fous et ceux du Trail de Bourbon au col du Taïbit avait provoqué une grande confusion, avec des flux de participants avançant à des rythmes très différents sur un même secteur.
Et en 2026, les longues files observées lors de la remise des dossards ont une nouvelle fois fait réagir. Certains coureurs ont dénoncé une perte d’énergie inutile à quelques heures d’un ultra de 180 kilomètres, tandis que d’autres ont répondu, presque avec affection, que « ça fait partie du Grand Raid ». C’est précisément cette phrase qui résume le paradoxe : ailleurs, certains de ces dysfonctionnements seraient immédiatement jugés inacceptables ; à La Réunion, ils sont encore parfois intégrés au folklore de la course.
Mais toutes les grandes courses ont dû évoluer, pourquoi pas la Diagonale des Fous
L’argument de l’histoire et de l’artisanat avait évidemment du sens lorsque tout a commencé.
En 1989, la future Diagonale des Fous s’appelait encore la Marche des Cimes. Ils n’étaient que 500 à s’élancer pour 112 kilomètres et environ 5 400 mètres de dénivelé positif. En 2026, la course affiche désormais environ 180 kilomètres, plus de 10 000 mètres de D+ et près de 3 000 participants sur son épreuve reine. En un peu moins de quarante ans, elle est passée d’une aventure pionnière réunionnaise à l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’ultra-trail.
Et cette évolution n’a rien d’exceptionnel. La Western States, née en 1974, est devenue l’une des références absolues du 100 miles mondial. Le Marathon des Sables, créé en 1986 avec seulement 23 pionniers, organise aujourd’hui plusieurs formats dans différents pays et revendique plus de 40 000 participants depuis sa création. Toutes ces épreuves ont grandi, professionnalisé leur organisation, développé leur logistique et adapté leurs services aux attentes nouvelles des coureurs.
Préserver une âme associative ne signifie donc pas nécessairement conserver les défauts d’organisation des débuts.
Le statut associatif ne peut plus tout justifier
C’est probablement là que le discours historique du Grand Raid atteint aujourd’hui sa limite.
Oui, l’événement reste porté par une association. Oui, il repose énormément sur les bénévoles. Oui, cette spécificité participe à son identité et le distingue des grands groupes commerciaux du trail.
Mais une course qui accueille plusieurs milliers de participants, attire des élites du monde entier et bénéficie d’une exposition internationale ne peut plus se comparer à la Marche des Cimes de 1989 lorsqu’il s’agit de logistique ou d’accueil des coureurs.
Le mot « associatif » explique un modèle économique. Il ne peut pas devenir une réponse automatique à chaque dysfonctionnement.
En résumé, faire évoluer le Grand Raid, c’est aussi défendre la fierté réunionnaise
La question n’est donc pas de transformer la Diagonale des Fous en copie de l’UTMB, ni de lui enlever ce qui fait sa singularité.
C’est presque l’inverse.
Parce que la Diagonale est devenue l’une des plus grandes vitrines sportives de La Réunion, son niveau d’organisation participe directement à l’image qu’elle renvoie de l’île.
Être fier de son caractère associatif ne devrait pas conduire à considérer comme immuables des problèmes qui peuvent être corrigés. La fierté réunionnaise peut aussi consister à vouloir que son événement sportif le plus emblématique soit à la hauteur de sa réputation mondiale.
La Diagonale des Fous a su évoluer de 112 à environ 180 kilomètres, passer de 500 pionniers à plusieurs milliers de participants et devenir une référence internationale. Il serait paradoxal que tout puisse évoluer autour de la course, sauf son organisation.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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