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🎧 Kilian Jornet est actuellement en Chine, où il est parti à la rencontre de la communauté locale du trail.
Le Catalan explique découvrir un milieu qui s’est considérablement développé ces dernières années, avec sa propre culture, ses pratiquants mais aussi ses marques. Une nouvelle escapade à l’autre bout du monde qui interroge forcément lorsqu’elle concerne l’un des sportifs qui a le plus construit son image publique autour de la protection des montagnes et de la réduction de son impact environnemental.
Kilian Jornet est actuellement en Chine pour découvrir l’essor du trail
Kilian Jornet vient de partager les images de son passage en Chine. Plusieurs années après sa dernière visite, il dit avoir retrouvé un univers du trail profondément transformé.
Le Catalan raconte avoir passé du temps avec des coureurs locaux, découvert leur manière de pratiquer la montagne et observé le développement d’une véritable culture du trail chinoise. Il souligne également le rôle joué par les marques locales et internationales dans la structuration de ce marché.
Son message reste fidèle à celui qu’il porte depuis des années : fréquenter les montagnes permettrait de mieux les connaître et, à terme, de vouloir davantage les protéger.
Sur le principe, difficile de contester l’idée.
Le problème commence lorsque l’on regarde le trajet nécessaire pour aller transmettre ce message.
Kilian Jornet a fait de l’écologie l’un des piliers de son discours
La question écologique n’est pas chez Kilian Jornet un simple sujet abordé occasionnellement sur Instagram.
Le quadruple vainqueur de l’UTMB a créé la Kilian Jornet Foundation, dont la mission principale est la préservation des environnements de montagne. La structure finance notamment des programmes de recherche, d’éducation et des actions concrètes consacrées aux écosystèmes montagnards. Elle affiche également parmi ses objectifs la réduction de l’empreinte carbone individuelle et collective.
Sur son propre site, Kilian Jornet explique d’ailleurs chercher à mettre ses actes en accord avec ses valeurs, notamment en calculant son empreinte carbone, en utilisant des sources d’énergie plus vertes et en réduisant ses déplacements en avion.
L’engagement est donc réel et documenté.
Kilian Jornet ne se contente pas de demander aux autres de faire des efforts. Il finance des projets, met son image au service de causes environnementales et a même commencé à publier ses propres données d’impact.
Mais aller en Chine puis parler de protection des montagnes pose forcément question
C’est précisément parce que Kilian Jornet place l’écologie au centre de son discours que son déplacement en Chine peut difficilement passer totalement inaperçu.
Partir à plusieurs milliers de kilomètres de l’Europe pour rencontrer la communauté du trail, observer le développement du marché et s’intéresser au travail des marques locales et internationales implique nécessairement un déplacement intercontinental.
Et c’est là que réapparaît une contradiction devenue presque structurelle dans le trail professionnel.
Le sport valorise la nature, les grands espaces, la sobriété et la protection des montagnes. Mais son économie repose parallèlement sur des athlètes qui courent à travers le monde, des compétitions internationales, des lancements de produits, des opérations de communication et un marché de l’outdoor désormais mondialisé.
Kilian Jornet se retrouve exactement au milieu de cette tension.
D’un côté, l’activiste explique vouloir limiter les voyages aériens.
De l’autre, l’athlète, entrepreneur et cofondateur de NNormal continue d’évoluer dans une industrie internationale où l’Asie représente évidemment un territoire considérable pour le développement du trail et des marques outdoor.
Une contradiction que Kilian Jornet reconnaît lui-même
Il serait cependant trop facile de raconter l’histoire d’un Kilian Jornet donnant des leçons d’écologie tout en cachant ses propres déplacements.
Car le Catalan a précisément choisi de rendre cette contradiction publique.
En janvier 2026, il a publié son Athlete Progress Report 2025, un document consacré notamment à son empreinte carbone, à ses déplacements, aux critères qui motivent ses décisions et aux actions menées avec sa fondation et NNormal. Son équipe présentait alors cette démarche comme une façon de parler de développement durable dans le sport en assumant aussi les « contradictions » et les décisions difficiles qu’il implique.
C’est un élément important.
Kilian Jornet ne prétend donc pas réellement avoir trouvé le modèle parfait du champion international écologiquement irréprochable. Au contraire, il reconnaît lui-même les limites de sa position.
Mais cela n’empêche pas de les souligner.
Rien ne l’oblige à aller en Chine
Il faut aussi rappeler une évidence : rien n’oblige Kilian Jornet à se rendre en Chine pour développer NNormal.
Le voyage s’inscrit dans une stratégie de développement international de sa marque, avec des rencontres, des événements et une présence sur un marché chinois du trail en pleine croissance. C’est un choix commercial parfaitement assumable. Mais c’est bien un choix.
C’est précisément là que la contradiction écologique devient intéressante. Kilian Jornet explique depuis plusieurs années vouloir réduire son empreinte carbone et limiter notamment ses déplacements en avion. Or développer une marque à l’échelle mondiale suppose mécaniquement de multiplier les opérations internationales, les voyages et les kilomètres.
On peut considérer que ces déplacements sont utiles à l’activité de NNormal. Mais ils ne sont pas indispensables à la pratique sportive de Kilian Jornet ni imposés par une compétition qu’il aurait décidé de courir.
Il choisit ici de traverser une partie du globe pour accompagner le développement commercial de sa marque. Dès lors, il est légitime de mettre ce choix en regard du discours environnemental qu’il porte publiquement.
Des contradictions que u-Trail relève depuis plusieurs années
Le voyage de Kilian Jornet en Chine n’est pas la première situation dans laquelle u-Trail relève un décalage entre son discours écologique et certains de ses choix.
Dès 2023, nous nous interrogions sur la cohérence de ses voyages dans l’Himalaya et sur l’Everest alors même que le Catalan faisait de la réduction de l’empreinte carbone un axe majeur de son engagement. En janvier 2024, nous revenions encore sur ses déplacements internationaux, mais aussi sur le paradoxe d’une marque, NNormal, qui revendique la durabilité tout en devant naturellement vendre des chaussures et renouveler ses modèles.
Le même problème s’est posé avec l’UTMB. Kilian Jornet a critiqué à plusieurs reprises l’évolution commerciale et environnementale de l’événement, jusqu’à appeler les meilleurs athlètes à envisager d’autres courses. Pourtant, NNormal a ensuite été présente autour de l’UTMB et Jornet a finalement choisi de revenir lui-même courir à Chamonix en 2026.
En 2025, son projet States of Elevation avait déjà ravivé la question. Jornet voulait relier des sommets américains principalement à pied et à vélo, avec une forte dimension environnementale dans le récit. Mais encore fallait-il traverser l’Atlantique pour rejoindre les États-Unis. u-Trail relevait alors qu’il avait déjà pris plusieurs fois l’avion cette année-là pour ses compétitions et ses projets personnels.
En 2026, la Fondation Kilian Jornet a encore renforcé son discours avec le Green Trail Concept, destiné à rendre les courses plus durables. Là encore, nous avions souligné le paradoxe d’un trail professionnel mondialisé dans lequel les athlètes continuent de prendre l’avion pour courir, promouvoir leurs projets ou développer leurs partenaires.
À cela s’ajoutent d’autres ambiguïtés déjà relevées par u-Trail : une collaboration passée avec Mercedes-Benz malgré son discours environnemental, ou encore un message consacré à une mesure écologique sur l’UTMB qui se terminait par la mise en avant de lampes d’une marque partenaire.
La Chine s’inscrit donc dans une longue série de tensions entre deux Kilian Jornet : celui qui appelle le trail à réduire son impact et celui qui reste un athlète-entrepreneur à la tête d’une marque internationale. Et dans ce cas précis, rien ne l’obligeait sportivement à prendre l’avion pour la Chine : il s’agit aussi d’accompagner le développement de NNormal sur ce marché.
En résumé, plus le défenseur de l’environnement voyage, plus son discours est scruté
Le déplacement chinois de Kilian Jornet résume finalement l’une des grandes contradictions du trail moderne.
Pour défendre les montagnes à l’échelle mondiale, il faut parfois voyager. Pour développer une marque mondiale, encore davantage. Pour rencontrer différentes cultures de la course à pied, participer aux grandes compétitions et conserver une activité d’athlète international, les kilomètres s’accumulent inévitablement.
Tout cela peut avoir de bonnes raisons.
Mais dès lors qu’un sportif fait de la diminution des voyages en avion et de l’empreinte carbone une partie de son identité publique, chacun de ses déplacements lointains devient aussi légitimement questionnable.
Kilian Jornet affirme depuis longtemps qu’il faut protéger les montagnes.
Cette semaine, c’est depuis la Chine qu’il le rappelle.
Et toute la contradiction est là.
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