Marathon des Sables : la course mythique qui sent trop le storytelling
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Le Marathon des Sables revient ce dimanche 5 avril avec une édition Legendary qui va être au centre de toutes les attentions.
Il faut dire que le discours est bien rôdé, entre souffrance, bivouac confraternel, images magnifiques du désert vues de drône, dépassement de soi et exploit sportif, on ne peut que rêver de faire un MDS. Mais si la brochure est belle, la vérité sur le fonctionnement de l’organisation fait moins rêver.
On a le droit d’aimer ou de participer à cette course, si tant est qu’il s’agisse vraiment d’une course pour les amateurs qui y participent. Mais il faut juste reconnaître que les magnifiques images de nature n’en font pas un événement “nature” pour autant, loin de là.
Le marathon des Sables, une aventure qui laisse des traces
Une aventure si bien encadrée
L’image est savamment travaillée. Vous, au MDS, c’est vous contre la nature, c’est vous contre les éléments, c’est vous dans une aventure unique, impactante. Il n’y a que votre souffle contre le vent du désert, il n’y a que le bruit du sable qui crisse sous vos chaussures. Dans l’imaginaire véhiculé par la course, le MDS est une aventure, une introspection. C’est beau, c’est vendeur, ça donne envie, ça fait de magnifiques histoires sur Instagram.
Sauf que.
Le Marathon des Sables est, par nature, une course internationale. Les participants, les équipes techniques, le matériel, l’eau en quantité, les tentes, les nombreux véhicules logistiques, la sécurité parfaite, les dispositifs médicaux, tout cela est aussi indispensable qu’il est coûteux en termes logistique et écologique.
On vient chercher l’extrême, mais sans renoncer au cadre ultra-sécurisé auquel les coureurs d’aujourd’hui sont habitués. On dort dans des tentes dont le spectacle est lui aussi bien mis en scène, on est en autonomie alimentaire sur ces quelques jours. Ça sonne aventure, ça sonne “sortir de sa zone de confort”. Tout cela est aussi vrai que cela se passe avec une logistique qui ne laisse absolument rien au hasard. La course est réputée pour la qualité de son encadrement du point de vue de la sécurité.
Une histoire bien racontée
Le bivouac est sans doute le dispositif le plus représentatif de l’ambivalence du Marathon des Sables. Sur la photo, il est parfait. Typique de la région, il symbolise le retour à la nature, l’autosuffisance, l’esprit de camaraderie et de débrouille des participants qui sont tous logés à la même enseigne. Tout cela est vrai, mais ce bivouac est aussi une infrastructure lourde qui, selon les courses, se déplace chaque jour avec les participants. Et d’un coup, le bivouac n’est plus ce lieu spirituel où l’on vient se reconstruire le soir après l’étape.
En réalité, c’est un dispositif lourd, demandant une logistique de dingue, de nombreux camions et beaucoup de personnel. L’image voudrait ressembler à celles des peuples nomades du désert, mais ils ne roulent pas en pick-up, eux ! Si le Dakar est déjà une mini-ville mobile difficile à défendre écologiquement, le MDS n’est pas soudainement vertueux parce qu’il est plus petit et plus “sportif” !
Le MDS n’est pas ce que l’on nous vend
Sans cette logistique, vous n’iriez sûrement pas au cœur du désert ! Mais alors il faut reconnaître que l’aventure se déroule dans un cadre contrôlé et normé qui vient justement en contradiction avec l’idée même d’aventure. Courir en autosuffisance ne fait pas du MDS une course écologique, elle ne l’est tout simplement pas et ne peut pas l’être.
Il y a la force du storytelling, les paysages incroyables, et de l’autre une course qui ne peut pas faire autrement que de laisser ses lourdes empreintes dans le sable, que l’organisation le reconnaisse ou non.
Marathon des Sables, une course intéressante ?
On voit d’emblée le Marathon des Sables comme une course. Mais pour cela, il ne faut pas gratter la surface car on serait enclin à changer d’avis assez rapidement. Il y a en effet plusieurs éléments qui font relativiser l’idée que le MDS soit une course classique, comme peuvent l’être les trails auxquels vous avez l’habitude de participer.
A la fin, c’est toujours El Morabity qui gagne
Quand ce n’est pas l’un, Rachid, c’est l’autre, Mohammed, qui gagne. Ainsi va le marathon des Sables maintenant depuis des années. Les deux frères, marocains, se sont fait une spécialité de courir au Marathon des Sables. Ayant grandi et vivant au Maroc, ils ont une capacité d’adaptation au terrain qui est sans comparaison possible avec les autres coureurs.
Pour faire simple, Rachid a remporté 11 victoires depuis 2011, et son second est souvent son frère Mohammed, quand ce n’est pas lui qui remporte l’édition à laquelle ils sont inscrits.
Alors quand ce n’est pas l’un qui gagne, c’est l’autre. Question suspense sportif, ce n’est pas très enthousiasmant. C’est d’ailleurs pourquoi l’organisation va chercher des sportifs de haut niveau pour essayer de leur répondre. Il y a cette année la présence de Ludovic Pommeret. Si son palmarès est incroyable, sa connaissance du désert l’est moins. Il apporte une touche de suspens, une touche seulement.
Le problème El Morabity
Ce qui dérange aussi dans la domination sans partage des frères El Morabity, c’est l’édition 2023 qui, forcément, laisse un arrière-goût difficile à faire passer. Rachid, multiple vainqueur, a eu recours à une assistance extérieure, qui est formellement interdite. Il avait récupéré de la nourriture, et avait écopé alors d’une pénalité et d’un déclassement. Il avait préféré se retirer totalement de la course.
L’alimentation, c’est un peu le dopage du Marathon des Sables car l’autosuffisance alimentaire est une contrainte que l’on ne connaît pas vraiment dans les autres courses. Et comme pour le dopage, il suffit d’une fois pour que cela mette le doute sur tout le palmarès, le sien comme celui de son frère. Leur domination physique est une évidence, mais cet écart de conduite reste malgré tout inscrit dans l’histoire de la course, d’autant qu’il est incompréhensible.
Pour celui qui sera, quoiqu’il arrive dans le cœur du peloton, l’idée qu’une élite s’affranchisse des règles est désagréable, mais ne change pas le résultat final. Mais quand il y a confrontation avec d’autres élites, et que l’on se dit que les dés sont peut-être pipés, l’intérêt sportif en prend encore un sérieux coup.
Enfin, et toujours pour en rapport avec l’idée d’une course sportive, il faut aussi mettre en avant la contradiction du taux de finishers. La course est présentée comme une aventure extrême, un moment de dépassement de soi unique dans une vie. On peut admirer ces finishers, bien sûr. Mais quand le MDS affiche autour de 90% d’arrivants selon les formats, on est moins dans la sélection impitoyable que dans une aventure largement pensée pour que la plupart des participants aillent au bout.
Le désert à la montagne
Le MDS est une machine marketing. Ce n’est pas leur faire injure que de le dire, c’est une vérité qu’il faut reconnaître (même s’ils ont du mal). Il y a plusieurs éditions par an, et dans plusieurs pays. Et puis surtout, le Marathon des Sables s’exporte aujourd’hui en montagne, dans les Alpes françaises, avec la sous-appelation de Crazy Loop.
On y retrouve l’esprit course, le semblant d’aventures avec la nuit en bivouac, mais on est dans un cadre encore plus sécurisé et sécurisant, celui des grandes stations de ski l’été. Là où le Marathon des Sables invite à se confronter à la rudesse d’un climat désertique, vous allez maintenant faire du bivouac à Morzine, Courchevel ou Val d’Isère, entre le parking du téléphérique et un restaurant d’altitude.
Le nom est si puissant économiquement, qu’il faut le multiplier pour en profiter au maximum, jusqu’à en perdre le sens ?
Le désert n’est pas une excuse
On peut aimer le désert, on peut admirer les finishers, on peut vouloir en faire partie, on peut comprendre les contraintes énormes de logistique et de sécurité, tout en restant émerveillé par les paysages du Maroc ou du Wadi Rum en Jordanie. Enfin, on peut vouloir se confronter à soi-même dans des conditions hors-normes et inhabituelles.
Pour autant, cela n’empêche pas l’ensemble de reposer sur un paradoxe énorme par son impact écologique. On peut être fasciné par le Marathon des Sables, mais sans recouvrir ses paradoxes d’un blanc-seing, c’est même plutôt sain.
Le trail a besoin de courses qui font rêver, mais est-ce que le Marathon des Sables en fait encore partie ?
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