Il y a des parcours qui se dessinent d’eux-mêmes et d’autres qui surprennent tout le monde, même la principale intéressée.
Celui d’Élisa Morin, 29 ans, fait partie de la deuxième catégorie. En janvier 2020, la Française débarque à Montréal sans trop savoir où sa carrière de coureuse va la mener. Six ans plus tard, elle signe un contrat professionnel avec Brooks Running, forte en 2025 d’un triple titre de championne canadienne de trail et de course en montagne, d’un top 10 à l’OCC de l’UTMB et d’un top 10 au classique montée-descente des Championnats du monde de course en montagne et de trail contre les meilleures traileuses du monde.
Ce n’est pas une ascension ordinaire. C’est une des histoires les plus rafraîchissantes du trail canadien en ce moment.
Elisa Morin : de la piste aux sentiers, en passant par la route
Avant de se lancer dans le trail, Élisa Morin était une athlète de piste dans son adolescence.
Son installation au Québec en plein hiver ne laissait pas présager qu’elle deviendrait experte en sentiers. Cependant, cette transition s’est opérée de manière fluide, guidée par une communauté et un environnement qui l’ont encouragée à découvrir autre chose que de tourner sur une piste et courir sur l’asphalte.
Son vrai déclic arrive en octobre 2024, aux Championnats canadiens de course en montagne organisés par le Défi des couleurs au Mont-Sainte-Anne. Elle s’inscrit presque pour le plaisir, histoire de clore autrement sa saison mixte entre route et trail . Elle gagne les deux épreuves : classique montée-descente et ascension verticale. Sans l’avoir vu venir.
Un an plus tard, elle remporte pour une deuxième année consécutive le double titre canadien au classique montée-descente et à l’ascension verticale. Quelques semaines plus tôt, fin août,, elle termine neuvième à l’OCC, la finale du format 50k de l’UTMB qui réunit l’élite mondiale du trail court. Elle franchit la ligne en étant la seule athlète du top 10 sans commanditaire. Ce détail-là en dit beaucoup sur la vitesse à laquelle les choses se sont enchaînées pour elle.
Une saison 2025 qui a tout changé
Ce qui a fait basculer 2025, c’est une décision simple mais structurante : se consacrer pleinement au trail. Les années précédentes, Élisa partageait son temps entre les sentiers et la route, courant notamment en 2024 le Marathon de Valence en 2h36 et les Championnats canadiens de 10 kilomètres sur route à Ottawa en 34min. En 2025, elle a mis le focus sur le trail, et les résultats ont suivi immédiatement.
Élisa obtient sa citoyenneté canadienne à l’été 2025 et représente dès lors le Canada à l’international.
Championne canadienne de trail court sur le parcours du Québec Méga Trail 50k avec record féminin du parcours au Mont-Sainte-Anne en juillet. Top 10 à l’OCC en France en août. Top 10 au classique montée-descente aux Championnats du monde de course en montagne et de trail en Espagne en septembre.
Double championne canadienne de course en montagne en octobre. Une séquence de résultats sur quatre mois qui aurait pris des années à construire pour bien d’autres.
Ce que Brooks représente
Plusieurs marques ont pris contact après l’OCC. Élisa a opté pour Brooks en partie parce qu’elle avait déjà confiance en leurs produits, et en partie grâce à la suggestion de son ami québécois Rémi Leroux, qui fait déjà partie de l’équipe. Le contrat ne se limite pas à un simple logo sur un maillot . Pour une coureuse qui découvre le milieu professionnel, bénéficier du soutien structuré d’une marque iconique comme Brooks est essentiel.
Sa première apparition en tant que sportive professionnelle se déroulera en trail, en avril, sur le format 30k de Gorge Waterfalls aux États-Unis. Un format court et rapide où elle pourra compter sur la rapidité acquise sur route.
Elisa Morin, plus qu’une coureuse
Ce qui se dégage d’Élisa Morin, c’est qu’elle ne se résume pas uniquement à ses performances. Ceux qui la suivent sur Instagram l’ont vite remarqué : elle embrasse pleinement l’hiver québécois, skis aux pieds, loin de l’image d’une athlète se retirant entre deux compétitions. Pour une Française qui a fait le saut à Montréal en janvier 2020, l’adaptation à la culture du sport locale paraît totale.
Elle est aussi membre de l’équipe Näak, la marque de nutrition sportive québécoise qui a conquis le monde du trail et qui a réussi à réunir des athlètes internationaux qui adhèrent à ses principes de performance et d’authenticité.
Et puis il y a ce détail qui révèle beaucoup sur sa polyvalence. En octobre 2025, en guise de conclusion de sa saison, elle a pris le départ du Tour de l’île d’Orléans, un parcours routier et vallonné de 67 km, dans l’espoir de battre le record féminin de la course.. Elle a complété le tour en 4 heures, 40 minutes et 31 secondes, avec une vitesse moyenne de 4 minutes et 13 secondes par kilomètre, établissant ainsi le nouveau FKT féminin.
Ce type de performance ne fait pas partie du programme d’entraînement d’une sportive qui maximise chaque kilomètre. Il s’agit du projet d’une athlète passionnée qui aime sincèrement son activité, quel que soit le format.
L’objectif 2026 : la Golden Trail World Series
Pour la saison qui s’amorce, elle vise la finale de la Golden Trail World Series en octobre. Pour y accéder, elle devra accumuler suffisamment de points à travers les huit courses de la série pour terminer dans le top 30 mondial. C’est ambitieux. Mais au rythme où elle progresse depuis deux ans, ce n’est pas une ambition déplacée.
Ce que souhaite démontrer Élisa Morin va au-delà de son propre parcours. Elle souhaite démontrer qu’il est possible d’être une athlète de haut niveau en trail sans forcément opter pour les ultra-distances. Si l’on s’y consacre avec une rigueur identique, le trail court, les 50K ou les formats montagne peuvent mener à un niveau d’élite.
Arrivée au Canada il y a six ans pour une opportunité professionnelle , elle est aujourd’hui l’une des traileuses les plus impressionnantes du pays.
Et elle vient à peine de commencer.
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Auteur : Jonathan Lessard, rédacteur et coureur de sentier





